L’inquiétude pour Peng Shuai grandit, la pression s’accroît sur la Chine

La joueuse de 35 ans a disparu après avoir accusé sur les réseaux sociaux l’ancien vice-premier ministre Zhang Gaoli de l’avoir contrainte à une relation sexuelle il y a trois ans, avant d’en faire sa maîtresse. 
Photo: Greg Wood (Archives) Agence France-Presse La joueuse de 35 ans a disparu après avoir accusé sur les réseaux sociaux l’ancien vice-premier ministre Zhang Gaoli de l’avoir contrainte à une relation sexuelle il y a trois ans, avant d’en faire sa maîtresse. 

De l’ONU aux instances du tennis, les prises de position se multiplient pour demander à la Chine de faire la lumière sur la disparition de la joueuse de tennis chinoise Peng Shuai, qui n’a pas donné signe de vie depuis le début du mois de novembre.

La joueuse de 35 ans, ancienne numéro un mondiale du double et vedette dans son pays, a disparu après avoir accusé sur les réseaux sociaux l’ancien vice-premier ministre Zhang Gaoli — qui a été de 2013 à 2018 l’un des sept hommes politiques les plus puissants de Chine — de l’avoir contrainte à une relation sexuelle il y a trois ans, avant d’en faire sa maîtresse. Le message a ensuite été vite effacé.

Par la voix de la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, vendredi, les États-Unis se sont déclarés « très préoccupés » par le sort de la joueuse chinoise. Washington appelle Pékin à fournir une « preuve vérifiable » et « indépendante » concernant la sécurité de l’athlète et l’endroit où elle se trouve.

« Nous savons que [le gouvernement chinois] n’a aucune tolérance pour les personnes qui s’expriment, et [qu’il y a] des antécédents quand il s’agit de réduire au silence ceux qui s’expriment », a ajouté Mme Psaki.

Jeudi, le président américain, Joe Biden, avait par ailleurs déclaré « envisager » un boycott diplomatique des Jeux olympiques d’hiver prévus à Pékin en février, pour protester contre les violations des droits de la personne en Chine.

Vendredi, lors d’un point de presse à Genève, Liz Throssell, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, avait également jugé qu’il serait « important d’avoir des preuves sur le lieu où [Peng Shuai] se trouve et de savoir si elle va bien ».

« Et nous demandons instamment qu’une enquête soit menée en toute transparence sur ses allégations d’agression sexuelle », avait-elle insisté.

Le monde du tennis mobilisé

La disparition de la joueuse chinoise provoque un flot grandissant de réactions.

La WTA, l’instance qui régit le tennis féminin mondial, a également demandé une enquête « transparente et juste », allant jusqu’à menacer la Chine de ne plus figurer sur le circuit planétaire.

« Nous sommes tout à fait prêts à retirer [de Chine] nos activités et à faire face à toutes les complications qui en découlent », a prévenu jeudi Steve Simon, le p.-d.g. de la WTA. « Parce que c’est [ces accusations] plus important que les affaires », a-t-il poursuivi.

Les conséquences pourraient être notables pour l’organisation, dont la Chine était l’un des partenaires majeurs avant la pandémie et les strictes mesures sanitaires qui ont entraîné l’annulation des tournois dans ce pays.

L’inquiétude concernant la joueuse a été exprimée au cours des derniers jours par plusieurs grands noms du tennis réunis sur les réseaux sociaux sous le hashtag #WhereIsPengShuai.

Du numéro un mondial Novak Djokovic jugeant l’affaire « choquante » en début de semaine à Naomi Osaka affirmant elle aussi être « choquée par la situation », en passant par les stars Alexander Zverek, Stan Wawrinka ou Serena Williams, « dévastée », les plus grands noms du tennis ont réagi pour faire part de leurs craintes.

La France et Wimbledon inquiets

Elle avait publié ses accusations le 2 novembre sur son compte officiel Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, avant que toute référence à ce message ne soit bloquée par la Chine. L’AFP n’a pas été en mesure de confirmer s’il avait bien été écrit par Peng Shuai en personne.

Depuis cette date, la joueuse victorieuse en double de Wimbledon (2013) et Roland-Garros (2014) n’est plus apparue en public, malgré un courriel lui étant attribué par les médias officiels chinois et diffusé jeudi, dont l’authenticité a largement été remise en cause par Steve Simon.

Comme l’ONU et le monde du tennis, la diplomatie française s’est elle aussi dite « préoccupée par l’absence d’informations sur la situation de la joueuse de tennis Peng Shuai, qui inquiète la communauté internationale et les milieux sportifs », dans un communiqué publié vendredi par le ministère des Affaires étrangères.

Même son de cloche du côté de Tony Estanguet, le président du comité d’organisation des JO-2024 à Paris, qui a côtoyé la joueuse lors des Jeux de Pékin et Londres durant sa carrière sportive : « aujourd’hui, comme toute la communauté sportive, je suis inquiet pour Peng Shuai. Nous appelons à la plus grande transparence sur sa situation », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

De son côté, la Lawn Tennis Association, organisatrice de Wimbledon, a jugé vendredi la situation « préoccupante », affirmant dans un communiqué avoir « écrit à la WTA afin d’offrir [son] aide dans leurs efforts pour établir la sécurité et le bien-être de Peng Shuai ».

À voir en vidéo