Les nouveaux engagements climatiques de la Chine déçoivent

De l’avis de Greenpeace Chine, le pays communiste a manqué sa chance de faire preuve d’ambition environnementale en soumettant un plan à peine à la hausse par rapport au précédent. Pour rappel, les pays signataires de l’Accord de Paris doivent déposer tous les cinq ans un plan revu à la hausse.
Wang Zhao Agence France-Presse De l’avis de Greenpeace Chine, le pays communiste a manqué sa chance de faire preuve d’ambition environnementale en soumettant un plan à peine à la hausse par rapport au précédent. Pour rappel, les pays signataires de l’Accord de Paris doivent déposer tous les cinq ans un plan revu à la hausse.

À trois jours de l’ouverture de la COP26, la Chine, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) , a officiellement soumis jeudi de nouveaux engagements climatiques, accueillis froidement par les défenseurs du climat.

La nouvelle « contribution nationale » (NDC) de Pékin était très attendue, certains observateurs espérant qu’elle puisse donner un coup de fouet aux ambitions de ce sommet sur le climat crucial, alors que les effets dévastateurs du changement climatique se font de plus en plus sentir : mégafeux, canicules, inondations…

Elle reprend sans surprise les principaux engagements déjà formulés par le président chinois, Xi Jinping : atteindre le pic d’émissions « avant 2030 » et la neutralité carbone « avant 2060 ». Ces nouveaux engagements publiés parla Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) prévoient également une réduction de l’intensité carbone (émissions de CO2 rapportées au PIB) de plus de 65 % par rapport à 2005.

La précédente NDC chinoise s’engageait à une réduction de l’intensité carbone d’entre 60 et 65 % d’ici 2030 et à l’atteinte du pic d’émissions « autour de 2030 ».

Dans sa contribution, Pékin, responsable de plus d’un quart des émissions mondiales, rappelle que les pays développés doivent « assumer leurs responsabilités historiques et continuer à prendre résolument les devants en matière de réduction des émissions ».

La Chine s’engage également à augmenter la part des combustibles non fossiles dans sa consommation à 25 %, contre 20 % dans sa précédente NDC, notamment avec l’augmentation de « sa capacité installée d’énergie solaire et éolienne à 1,2 milliard de kilowatts d’ici 2030 », et à augmenter son « stock » forestier de 6 milliards de mètres cubes par rapport à 2005.

Manque d’ambition

Selon l’Accord de Paris, signé en 2015 et qui affiche l’ambition de contenir leréchauffement climatique nettement sous la barre des 2 °C et si possible 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, les pays signataires doivent déposer tous les cinq ans une NDC révisée à la hausse.

Mais pour nombre d’observateurs, la contribution de Pékin n’est pas assez ambitieuse. L’ONU a affirmé lundi que les engagements climat engrangés ces dernières semaines entraînaient toujours le monde vers un réchauffement « catastrophique » de +2,7 °C.

Pour Li Shuo, de Greenpeace Chine, « elle jette une ombre sur l’effort climatique mondial. […] Le pays semble hésiter à embrasser des objectifs à court terme plus forts et a manqué l’occasion de faire preuve d’ambition. Le monde ne peut se permettre que ce soit le dernier mot ».

Pour Lauri Myllyvirta, du Centre de recherche sur l’énergie et l’air pur, la Chine grave dans le marbre les engagements du président Xi, mais « n’éclaire pas la trajectoire de la décennie à venir en matière d’émissions ».

+2,7
C’est, en degrés Celsius, le niveau de réchauffement« catastrophique » vers lequel nous entraîneraient les engagements pour le climat engrangés ces dernières semaines, selon les calculs de l’ONU.

Helen Mountford, vice-présidente du World Resources Institute, y voit une « modeste amélioration », estimant que « si le monde doit avoir une chance de s’attaquer à la crise climatique, la Chine, comme les autres grands émetteurs, doit passer de la politique des petits pas aux bonds de géant ».

La patronne de la CNUCCC, PatriciaEspinosa, lors d’un point de presse en ligne jeudi soir, s’est refusé à commenter la nouvelle NDC chinoise, indiquant n’avoir pas eu le temps de l’étudier en détail. Elle a toutefois estimé qu’il était « clair depuis quelque temps » que la Chine entendait « traduire dans sa NDC les annonces politiques » du président Xi.

Si le monde doit avoir une chance de s’attaquer à la crise climatique, la Chine, comme les autres grands émetteurs, doit passer de la politique des petits pas aux bonds de géant

 

Elle a estimé qu’il fallait désormais œuvrer à atteindre son objectif de neutralité carbone « le plus vite possible ». Et dire à la Chine, « comme aux autres pays : “Tout ça est très bien, mais comment allez-vous procéder exactement ?” » Il faut également encourager les États à « constamment réviser leurs NDC » à la hausse, ajoute-t-elle.

De son côté, l’Australie, premier exportateur mondial de charbon, dont le premier ministre conservateur, Scott Morrison, affirme régulièrement son soutien à l’industrie minière et gazière, a elle aussi déposé jeudi une nouvelle NDC. Comme M. Morrison l’avait annoncé en début de semaine, le principal ajout est un objectif de zéro émission nette pour 2050. Mais le texte ne fournit aucun détail précis sur la façon d’y parvenir.

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