Un million de cas de COVID-19 en Russie, le quart sont hospitalisés

Avec un record quotidien de 1023 décès et 34 000 infections recensé mercredi, la présente vague russe a atteint un seuil inégalé depuis le début de la pandémie.
Photo: Kirill Kudryavtsev Agence France-Presse Avec un record quotidien de 1023 décès et 34 000 infections recensé mercredi, la présente vague russe a atteint un seuil inégalé depuis le début de la pandémie.

Acculée à une quatrième vague meurtrière, la fédération russe subit le plus important assaut du coronavirus depuis le début de la pandémie. Échos de Moscou.

Un quart de million de patients hospitalisés, des records de mortalité, des hôpitaux débordés : une flambée de cas de COVID-19 déferle sur le pays, où le président Vladimir Poutine s’apprête à mettre en congé forcé des millions de travailleurs pour juguler cette quatrième vague. La Dre Guzel Ulumbekova, directrice de l’École supérieure d’organisation et de gestion de la santé de Russie, jointe à Moscou, trace un portrait de la situation.

« Aujourd’hui, nous avons plus d’un million de personnes infectées par le coronavirus à travers le pays, dont plus de 250 000 sont hospitalisées. Au total, plus de 600 000 médecins et infirmières travaillent avec ces patients (selon les données du ministère de la Santé de la Russie). Avant cette vague, l’incidence ne dépassait pas 23 000 cas par jour (novembre 2020), mais aujourd’hui nous avons plus de 34 000 cas par jour », a-t-elle expliqué au Devoir. À titre comparatif, les États-Unis, qui comptent 186 millions d’habitants de plus, ont franchi un sommet de 98 000 hospitalisations à la mi-septembre.

Selon la Dre Ulumbekova, la situation actuelle exerce une pression énorme sur le système de santé russe et retarde le traitement des patients atteints d’autres maladies chroniques.

Avec un record quotidien de 1023 décès et 34 000 infections recensés mercredi, la présente vague a atteint un seuil inégalé depuis le début de la pandémie. Selon le Moscow Times, le système de santé se rapproche de son point de saturation, avec 87 % des lits disponibles consacrés à la COVID-19 occupés. Dans la région de Saratov, à plus de 700 km au sud-est de Moscou, plusieurs hôpitaux débordés ont dû refouler des patients dans les corridors, a expliqué mercredi Oleg Kostin, ministre de la Santé de la région.

La sévérité de la présente vague est étroitement liée au fait que moins du tiers de la population russe est adéquatement vaccinée. Et ce, malgré le fait que le pays dispose de quatre vaccins russes efficaces. La Dre Ulumbekova dit d’ailleurs trouver la situation actuelle en matière de vaccination « complètement incompréhensible » !

« Les gens prennent ce virus au sérieux, mais je ne comprends pas qu’ils ne se fassent pas vacciner. Pour moi, ça n’a aucun sens », déplore-t-elle.

En queue de peloton

Premier pays à avoir développé un vaccin contre la COVID — le Spoutnik V —,la Russie en compte trois autres : le CoviVax et l’EpiVacCorona, ainsi que le « Spoutnik Light », qui nécessite une seule injection, explique Guzel Ulumbekova.

Malgré tout, la fédération russe demeure en queue de peloton en ce qui a trait à la vaccination et fait moins bien que de tout petits pays, comme le Belize (dont 36 % de la population totale est adéquatement vaccinée), la Colombie (38 %) et la Thaïlande (36 %).

Les efforts déployés dans des campagnes de vaccination ont été trop timides et trop peu nombreux, affirme la directrice de l’École supérieure d’organisation et de gestion de la santé de Russie. « Malheureusement, les gens sont encore hésitants face au vaccin. Il n’y a pas eu assez de campagnes convaincantes et de propagande systémique. »

Pour renverser la tendance actuelle, il faudrait rapidement hausser le taux de vaccination, implanter des mesures sanitaires strictes, comme l’exigence d’un code QR pour accéder à plusieurs lieux publics, exiger le port du masque de façon stricte, interdire des événements publics et imposer le télétravail à certaines catégories de travailleurs, pense-t-elle. « Mais il s’agit d’une opinion purement personnelle », affirme-t-elle.

Le président russe, Vladimir Poutine, est allé dans cette direction mercredi en décrétant une semaine nationale de congé du 30 octobre au 7 novembre, qui coïncide avec le congé scolaire, pour inciter les 144 millions de Russes à rester au bercail. Le leader russe a déjà recouru par le passé aux « congés payés » pour ralentir le rythme des infections.

À ce jour, 39 régions russes sur 85 ont imposé la vaccination pour certains travailleurs, ou instauré une forme de passeport sanitaire pour accéder à certains lieux publics. Mardi, le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, s’est résolu à hausser à 80 % le nombre d’employés de la fonction publique devant être vaccinés, un seuil d’abord fixé à 60 %.

Lourd tribut

Toujours méfiants à l’égard des vaccins, les Russes sont les premiers à en payer le prix. Selon la Dre Ulumbekova, 90 % des malades de la COVID hospitalisés à l’heure actuelle ne sont pas vaccinés, et 30 % sont des jeunes. « Il n’y a pas de pénurie d’équipements, mais certainement une de personnel », ajoute la médecin moscovite.

Le site OurWorldindata.org indique que le taux de décès liés à la COVID-19 en Russie depuis une semaine est de 6,7 par million d’habitants, soit trois fois plus que celui du Royaume-Uni et environ dix fois celui rapporté dans des pays comme l’Allemagne, la France, l’Italie ou l’Espagne. Fortement touchés, les États-Unis accusent quant à eux un taux de décès par COVID d’environ 5 par million d’habitants.

Le tribut payé à la pandémie pèse déjà très lourd en Russie, avec plus 230 000 morts officiellement recensées depuis mars 2020, ce qui en fait le pays le plus endeuillé d’Europe. Plus de 1100 travailleurs de la santé y sont décédés au cours des 6 premiers mois de 2021. L’Institut Rosstat, qui calcule différemment la mortalité liée au coronavirus, établit quant à lui à près de 420 000 les décès attribuables à la pandémie

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