Le Myanmar va libérer plus de 5000 manifestants emprisonnés depuis le coup d’État

Après l’annonce de la junte, des dizaines de personnes se sont rendues devant la prison d’Insein, espérant la libération de proches.
Photo: Agence France Presse Après l’annonce de la junte, des dizaines de personnes se sont rendues devant la prison d’Insein, espérant la libération de proches.

Le Myanmar va libérer plus de 5000 personnes emprisonnées pour avoir protesté contre le coup d’État de l’armée en février, a annoncé lundi le chef de la junte au pouvoir.

Au total, 5636 prisonniers seront graciés et libérés avant la fête bouddhiste de Thadingyut, qui débute mardi, a déclaré le général Min Aung Hlaing, quelques jours après avoir été exclu du prochain sommet de l’ASEAN (Association des nations du Sud-Est asiatique).

Le putsch militaire du 1er février dernier a mis fin à une parenthèse démocratique d’une décennie dans le pays.

Depuis, l’armée mène une répression sanglante avec plus de 1100 civils tués et quelque 8000 arrestations, selon une ONG locale, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), qui rapporte des cas de tortures, de viols et d’exécutions extrajudiciaires. Elle chiffre à plus de 7300 le nombre de personnes toujours en détention.

Le chef de la junte n’a donné aucun détail sur les personnes qui seront libérées et les autorités pénitentiaires n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de l’AFP.

Le site d’informations indépendant Democratic Voice of Burma (DVB) a indiqué que trois de ses journalistes, tous détenus depuis six mois environ, avaient été remis en liberté.

Fin juin, les autorités avaient libéré plus de 2000 opposants au coup d’État détenus dans différentes prisons, dont des journalistes locaux arrêtés pour avoir critiqué la répression sanglante de la junte.

Parmi ceux qui sont toujours détenus figure le rédacteur en chef du média Frontier Myanmar, l’Américain Danny Fenster, qui se trouve à la prison d’Insein, à Rangoun, depuis le 24 mai.

Une « technique de distraction », disent des ONG

Après l’annonce de la junte, des dizaines de personnes se sont rendues devant la prison d’Insein, espérant la libération de proches. Dans la foule, Mya Nu voudrait retrouver sa fille arrêtée en avril. « Je n’ai pas pu la voir depuis, confie-t-elle à l’AFP. Ce n’est que par son avocat que je sais qu’elle est en bonne santé. »

Plus de 1300 des personnes devant être libérées le seront à condition qu’elles signent un document promettant qu’elles ne récidiveront pas, a déclaré le général Min Aung Hlaing.

Il s’agit pour ces personnes « fondamentalement d’une forme de liberté conditionnelle qui implique une surveillance constante et menaçante », estime l’analyste David Mathieson, spécialiste du Myanmar. « Cela n’absout pas le Conseil d’administration de l’État (comme la junte se désigne elle-même) de neuf mois d’extrême violence. »

Pour sa part, l’AAPP a qualifié la mesure de « technique de distraction » destinée aux gouvernements étrangers, estimant dans un communiqué sur Twitter que « l’intention n’est pas de relâcher la répression ».

Le Myanmar mis de côté par l’ASEAN

Cette nouvelle décision de libérer des prisonniers intervient après que l’ASEAN a exclu vendredi Min Aung Hlaing de son prochain sommet en raison de la gestion de la crise par le gouvernement militaire. Les ministres des Affaires étrangères du bloc ont convenu qu’un « représentant non politique » myanmarais serait invité à sa place au sommet, prévu du 26 au 28 octobre.

L’organisation, qui regroupe dix pays d’Asie du Sud-Est (dont le Myanmar), a pris cette mesure exceptionnelle après que la junte a rejeté les demandes d’envoi d’un représentant spécial pour dialoguer « avec toutes les parties prenantes », dont l’ex-dirigeante civile Aung San Suu Kyi.

Renversée par l’armée en février, Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix et âgée de 76 ans, est visée par une multitude de procédures judiciaires qui pourraient lui valoir de longues années d’emprisonnement.

L’ASEAN a fait état de « progrès insuffisants » dans la mise en œuvre d’un plan en cinq points adopté en avril qui devait contribuer à rétablir le dialogue au Myanmar et faciliter l’arrivée de l’aide humanitaire. La junte myanmaraise avait critiqué cette décision, accusant l’ASEAN d’avoir enfreint la règle de non-ingérence dans la politique intérieure de ses États membres.

La semaine dernière, le principal avocat d’Aung San Suu Kyi avait déclaré que la junte lui avait interdit de parler aux journalistes, aux diplomates et aux organisations internationales.

L’équipe de défense de l’ex-dirigeante myanmaraise était l’unique source d’information sur son procès qui se tient à huis clos. Aung San Suu Kyi sera appelée à témoigner pour la première fois le 26 octobre.

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