L’ex-diplomate Fumio Kishida deviendra premier ministre du Japon

M. Kishida, chef de la diplomatie japonaise de 2012 à 2017 et héritier d’une famille d’hommes politiques, avait échoué à être élu en 2020 face à M. Suga et a été le premier à déclarer sa candidature à l’élection de cette année. 
Photo: STR / Jiji Press / Agence France-Presse M. Kishida, chef de la diplomatie japonaise de 2012 à 2017 et héritier d’une famille d’hommes politiques, avait échoué à être élu en 2020 face à M. Suga et a été le premier à déclarer sa candidature à l’élection de cette année. 

L’ancien ministre nippon des Affaires étrangères Fumio Kishida, 64 ans, a été élu mercredi à la tête du parti au pouvoir au Japon et deviendra premier ministre la semaine prochaine.

M. Kishida, considéré comme un modéré, a battu lors du duel final pour la présidence du Parti libéral démocrate (PLD, droite conservatrice) un adversaire disposant pourtant d’une plus grande notoriété : Taro Kono, 58 ans, le « Monsieur vaccination » contre la COVID-19 du gouvernement sortant.

L’actuel premier ministre, Yoshihide Suga, impopulaire dans l’opinion après un an à la tête d’un pays marqué comme ailleurs par la crise sanitaire, avait décidé de ne pas se présenter à ce scrutin du PLD, qui domine la vie politique japonaise depuis 1955.

M. Kishida, qui sera désigné premier ministre à l’issue d’un vote le 4 octobre au Parlement, contrôlé par le PLD, doit désormais mener son parti à la bataille des élections législatives devant avoir lieu d’ici novembre, pour laquelle il part favori.

« Nous devons montrer au public que le PLD est ressuscité et a besoin de son soutien » pour ces élections aux deux chambres du Parlement, a-t-il déclaré après sa victoire. « Allons à l’élection unis », a-t-il lancé.

Dans son discours, M. Kishida a promis de faire passer des plans de relance d’une valeur équivalente à plusieurs milliards de dollars canadiens, un engagement qui pourrait être décisif afin de recueillir le vote du public, mécontent de la gestion de la pandémie par le gouvernement.

« Écouter les gens »

M. Kishida, chef de la diplomatie japonaise de 2012 à 2017 et héritier d’une famille d’hommes politiques, avait échoué à être élu en 2020 face à M. Suga et a été le premier à déclarer sa candidature à l’élection de cette année.

« Ma qualité est de vraiment écouter les gens, a-t-il dit mercredi. Je suis déterminé à faire des efforts avec tout le monde pour avoir un PLD ouvert et un avenir radieux pour le Japon. »

Invitant les Japonais à lui faire part de leurs demandes et de leurs idées, il avait cherché pendant la campagne à tirer parti du mécontentement à l’égard du gouvernement Suga.

Cependant, le premier tour de cette élection interne au PLD s’est révélé extrêmement serré, M. Kishida ne devançant M. Kono que d’une voix et la candidate ultraconservatrice Sanae Takaichi, soutenue par le précédent premier ministre Shinzo Abe, réalisant également un bon score.

M. Kishida a en revanche largement dominé le second tour, où les voix des parlementaires du PLD avaient nettement plus de poids que celles des membres de base du parti, obtenant 257 voix contre 170 pour M. Kono, pourtant la figure préférée du grand public, selon des sondages.

« Flou sur ses convictions »

« Manifestement, la perspective d’une victoire de M. Kono a effrayé au sein du PLD », a déclaré à l’AFP Brad Glosserman, expert de la politique japonaise et professeur à l’Université de Tama. « Certains sont vraiment inquiets de certaines de ses positions à l’égard de la Chine et du fait qu’il est prêt à aller loin pour assurer son indépendance vis-à-vis des États-Unis », a-t-il ajouté.

La personnalité consensuelle de M. Kishida, perçue par certains comme peu charismatique, a ainsi au contraire rassuré les parlementaires du PLD, le jugeant « une valeur plus sûre pour la stabilité, la longévité, etc. Ils ont déjà fait ce pari par le passé », a souligné M. Glosserman.

Fumio Kishida ne devrait pas s’écarter de la ligne de ses prédécesseurs en matière de défense, de diplomatie et d’économie. Affirmant sa volonté de réduire les inégalités sociales et de mener une « politique de la générosité », il a cependant dit dans le même temps vouloir assainir les finances publiques.

« Un certain flou règne sur ses convictions profondes », a indiqué Corey Wallace, maître de conférences à l’Université de Kanagawa, près de Tokyo. « Il n’y a rien qui ressorte particulièrement sur ce qui sera son principal cheval de bataille. »

De nombreux défis attendent le futur premier ministre japonais, de la conduite d’une reprise économique post-pandémique aux menaces que représentent la Corée du Nord et la Chine.

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