Le début d’une fin américaine sous très haute tension à Kaboul

Le départ des troupes américaines d’Afghanistan a amorcé le retour rapide des talibans au pouvoir, compliquant ainsi les programmes d’évacuation du pays lancés depuis le 14 août dernier. Sur la photo, une voiture endommagée par un tir de roquette à Kaboul, lundi.
Photo: Khwaja Tawfiq Sediqi Associated Press Le départ des troupes américaines d’Afghanistan a amorcé le retour rapide des talibans au pouvoir, compliquant ainsi les programmes d’évacuation du pays lancés depuis le 14 août dernier. Sur la photo, une voiture endommagée par un tir de roquette à Kaboul, lundi.

Les dernières heures de la présence américaine sur le territoire afghan se sont jouées sous très haute tension lundi, puisque le groupe terroriste État islamique au Khorasan (EI-K) a revendiqué le tir de six roquettes contre l’aéroport de Kaboul, où les évacuations se sont poursuivies dans la journée.

Selon un responsable taliban présent sur place, ces tirs ont été arrêtés par le système de défense antimissile de l’aéroport. Un aéroport frappé par un double attentat à la bombe la semaine dernière et où la menace terroriste était toujours très élevée lundi, 24 heures à peine avant le retrait définitif des forces américaines fixé par le président Joe Biden au 31 août.

« Nous sommes à un moment particulièrement dangereux », a déclaré le porte-parole du Pentagone, John Kirby. « Les menaces sont encore réelles, actuelles et souvent précises », a-t-il ajouté, après que l’armée américaine eut attaqué par drone une voiture se dirigeant vers l’aéroport afin de « supprimer une menace imminente », selon le Département de la Défense. « Nous prenons cela très au sérieux et nous le ferons jusqu’à la fin ».

Lundi après-midi, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenté de baliser l’après-31 août en adoptant une résolution qui vise à graver dans le marbre les « engagements » pris par les talibans afin d’assurer un départ « sûr » et « ordonné » des personnes qui veulent quitter l’Afghanistan après l’échéance de la présence américaine. Le texte ne fait toutefois pas mention de la « zone protégée » souhaitée par la France, notamment à Kaboul afin de pouvoir mener des opérations humanitaires.

Cette guerre n’est pas terminée. Nous sommes entrés dans un nouveau chapitre mortel.

 

Sur les 15 membres, 13 ont voté pour cette résolution rédigée par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, tandis que la Chine et la Russie se sont abstenues.

Lundi, Washington a réuni en vidéoconférence ses « partenaires clés » (France, Canada, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, Turquie, Qatar, Union européenne et OTAN), afin de discuter « d’une approche commune » sur l’avenir des relations avec l’Afghanistan et les talibans au-delà du 31 août.

Retour en force

Le départ des troupes américaines d’Afghanistan a amorcé le retour rapide des talibans au pouvoir, compliquant ainsi les programmes d’évacuation du pays lancés depuis le 14 août dernier. Jusqu’à maintenant, 122 000 personnes ont réussi à quitter le pays, mais des milliers d’Afghans ayant travaillé pour les Occidentaux et dont l’existence est désormais menacée par le nouveau régime islamiste radical restent toujours sur place. Le Canada a annoncé vendredi qu’il avait l’intention de leur venir en aide, y compris après le 31 août.

L’appel d’air créé par le départ planifié des Américains et le retour instantané des talibans a donné du carburant au groupe terroriste EI-K. C’est lui qui, jeudi, a perpétré deux attaques à la bombe au sein même des personnes massées près des portes de l’aéroport international Hamid Karzaï de Kaboul avec l’espoir de prendre le chemin de l’exil. Des dizaines de civils, des représentants des talibans et 13 militaires américains ont perdu la vie dans ces attentats, vertement dénoncés tant par le nouveau régime afghan que par la communauté internationale.

Rappelons que l’accord signé entre l’ex-président américain Donald Trump et les talibans sur le retrait des États-Unis a entraîné au début de 2020 la libération de plus de 5000 combattants du groupe État islamique et des talibans dans les geôles afghanes, une situation décriée à l’époque par les spécialistes de la sécurité internationale.

Après vingt ans d’occupation de l’Afghanistan, envahi par Washington pour déloger le régime taliban qui refusait alors de lui livrer Oussama ben Laden au lendemain des attentats du 11 Septembre, les États-Unis ont amorcé une sortie délicate du territoire. Sont inclus dans le bilan la mort de 2500 de ses militaires et une facture qui s’est élevée à plus de 2000 milliards de dollars américains. Le tout pour un résultat politique et social jugé désormais discutable.

Le principal porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a affirmé que les attaques du groupe EI devraient cesser après le départ des Américains, faute de quoi le nouveau régime « s’occupera d’eux ». Même s’ils relèvent tous deux de la même branche sunnite radicale, talibans et membres du groupe EI sont en concurrence sur le plan politique et idéologique, et s’opposent sur la nature etl’étendue du djihad. Entre autres.

En représailles à l’attaque de jeudi, les États-Unis ont effectué samedi une frappe de drone dans l’est de l’Afghanistan, tuant deux membres « de haut niveau » de la branche afghane du groupe EI et en blessant un troisième.

« Nouveau chapitre »

Dimanche, le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche de Donald Trump, a déploré que la crise afghane induite par le départ des troupes américaines soit en train de « faire exploser » les risques d’attaques terroristes comme celle du 11 septembre 2001.

« Nous n’avons pas mis fin à cette guerre, a-t-il dit sur les ondes de CBS. Le président Biden a déclaré qu’il voulait retirer l’Afghanistan de l’assiette des futurs présidents. C’est exactement le contraire qui va se produire. Pendant les vingt prochaines années, les présidents américains seront confrontés à cette catastrophe et à l’Afghanistan. Cette guerre n’est pas terminée. Nous sommes entrés dans un nouveau chapitre mortel. Les terroristes sont désormais aux commandes de l’Afghanistan », a-t-il déclaré.

M. Graham a été opposé au retrait complet des Américains de l’Afghanistan, appelant à maintenir une présence militaire et stratégique dans le pays, afin de faire pression sur les talibans et poursuivre la lutte contre le terrorisme, selon lui.

Avec l’Agence France-Presse 

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