La moitié de la population sous le seuil de la pauvreté dès 2022 au Myanmar

L’effet conjugué de la pandémie et de la crise déclenchée par le coup d’État a engendré des manifestations vendredi à Rangoun.
Photo: STR / Agence France-Presse L’effet conjugué de la pandémie et de la crise déclenchée par le coup d’État a engendré des manifestations vendredi à Rangoun.

La pauvreté pourrait doubler dès l’année prochaine au Myanmar et toucher la moitié de la population sous l’effet conjugué de la pandémie et de la crise déclenchée par le coup d’État contre Aung San Suu Kyi, a indiqué vendredi l’ONU.

« 25 millions de Myanmarais […] pourraient tomber sous le seuil de pauvreté national d’ici début 2022 », un retour en arrière de 16 ans, d’après le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

De 2005 à 2017, la pauvreté avait reculé de 48 % à moins de 25 % dans le pays. Mais le Myanmar, déjà frappé de plein fouet par la crise du coronavirus, est en proie à des violences depuis le putsch militaire du 1er février.

Des manifestations quasi quotidiennes ont été réprimées dans le sang par les forces de sécurité et des milliers de travailleurs (banquiers, médecins, enseignants, ingénieurs…) se sont mis en grève, paralysant des secteurs entiers de l’économie.

Les chaînes d’approvisionnement sont très perturbées et le prix des médicaments, de denrées alimentaires ou de l’essence a flambé dans certaines parties du pays.

Le système bancaire est en partie à l’arrêt, entraînant des pénuries d’argent liquide et un accès très limité aux prestations sociales.

Affrontements en zones rebelles
 

« Sans institutions démocratiques fonctionnelles, le Myanmar est confronté à un retour tragique […] vers des niveaux de pauvreté jamais vus depuis une génération », a déploré Achim Steiner, administrateur du PNUD.

La répression sanglante des manifestations par les forces de sécurité suscite l’ire de plusieurs factions ethniques établies dans les régions frontalières du nord et de l’est du pays. Un grand nombre d’opposants à la junte qui ont fui les exactions ont trouvé refuge dans ces territoires.

Et des groupes rebelles ont repris les armes contre les militaires après des années de relative accalmie.

L’Union nationale karen (KNU), forte de plusieurs milliers d’hommes, se montre particulièrement virulente à cet égard.

Depuis fin mars, elle a attaqué dans l’est du pays, près de la frontière thaïlandaise, plusieurs bases de l’armée qui riposte avec des raids aériens, une première en plus de 20 ans dans cette région.

De nouvelles frappes ont eu lieu vendredi, d’après la KNU.

« Plus de 2200 Myanmarais » ont fui en Thaïlande dans la province de Mae Hong Son, qui abrite déjà de nombreux camps de réfugiés karens établis sous les précédentes dictatures militaires, a indiqué le porte-parole du ministère thaïlandais des Affaires étrangères, Tanee Sangrat.

Réfugiés en Thaïlande
 

Le responsable de la KNU chargé des affaires étrangères, Padoh Saw Taw Nee, a déclaré à l’Agence France-Presse que plus de cent personnes avaient franchi vendredi la frontière pour se réfugier en Thaïlande.

« Ils n’ont que deux options, s’enfoncer dans la jungle ou traverser [la frontière] pour se réfugier en Thaïlande », a-t-il dit. Les combats ont aussi fait plus de 30 000 déplacés dans cette région, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha).

Les affrontements se sont également poursuivis dans le nord du Myanmar entre les militaires et une autre faction ethnique, l’Armée pour l’indépendance kachin (KIA).

Un humanitaire a indiqué à l’AFP que l’armée a mené trois raids aériens vendredi dans le district de Momauk. Un habitant a été tué, selon cette source.

Manifestations quotidiennes
 

Les manifestations quotidiennes contre le putsch se sont poursuivies : vendredi des manifestants sont descendus dans les rues de Rangoun sous de torrentielles pluies de mousson.

En attendant, la junte poursuit sa répression sanglante.

Près de 760 civils sont tombés sous les balles de la police et de l’armée ces trois derniers mois, d’après l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

La junte, qui considère cette ONG comme une organisation illégale, fait état d’un bilan beaucoup moins lourd (258 morts au 15 avril), qualifiant les manifestants d’ « émeutiers » se livrant à « des actes de terrorisme ».

Une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sans déclaration commune

Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu vendredi une nouvelle réunion à huis clos sur le Myanmar sans réussir à se mettre d’accord sur une déclaration commune en raison d’une opposition de la Chine et de la Russie, selon des diplomates. La session avait été convoquée par le Vietnam afin de présenter les conclusions du récent sommet en Indonésie de l’Association des nations d’Asie du sud-est (ASEAN), qui doit nommer un émissaire pour aider à dénouer la crise consécutive au coup d’État du 1er février. Rédigé par le Royaume-Uni, un projet de déclaration n’a pas obtenu l’accord de Pékin et de Moscou. Obtenu par l’AFP, il prévoyait d’apporter un « plein soutien au rôle central de l’ASEAN » et d’encourager une visite au Myanmar de l’émissaire de l’ONU, Christine Schraner Burgener, « aussitôt que possible ».



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