Variant B.1.617 (indien): des inquiétudes et beaucoup d’inconnues

Les gens retournent vers leur domicile quelques heures avant l'entrée en vigueur d'un confinement ordonné à New Delhi le 19 avril dernier.
Photo: Jalees Andrabi Agence France-Presse Les gens retournent vers leur domicile quelques heures avant l'entrée en vigueur d'un confinement ordonné à New Delhi le 19 avril dernier.

Après le variant « brésilien » du coronavirus, le variant « indien » suscite à son tour l’inquiétude, au vu de ses caractéristiques et de la rapide dégradation de la situation sanitaire en Inde. Mais rien ne prouve pour l’instant qu’il soit plus contagieux ou qu’il rende les vaccins moins efficaces.

Ce variant, appelé par le nom de sa lignée, B.1.617, a été détecté dans l’ouest de l’Inde en octobre. Il est qualifié de « double mutant » parce qu’il est notamment porteur de deux mutations préoccupantes au niveau de la protéine de pointe ( « spike » ) du virus Sars-CoV-2.

La première, E484Q, est proche de celle déjà observée sur les variants sud-africain et brésilien (E484K), soupçonnée d’entraîner une moindre efficacité de la vaccination et un risque accru de réinfection. La seconde, L452R, est également présente dans un variant repéré en Californie, et pourrait être capable d’entraîner une augmentation de la transmission. C’est la première fois qu’on les repère ensemble sur un variant ayant une diffusion importante.

Ces caractéristiques font craindre qu’il soit plus « résistant » face aux vaccins actuels contre la COVID-19, développés pour reconnaître la protéine spike des souches précédentes du coronavirus. Mais cela n’est pas prouvé pour le moment.

« La mutation 484 peut être en partie responsable d’un échec immunitaire, mais en sachant qu’elle seule n’est pas suffisante. Il faut qu’elle soit éventuellement associée à d’autres mutations que l’on ne voit pas dans ce variant indien », a souligné mercredi le virologue Bruno Lina sur la radio France Inter.

« Je pense que dans une semaine ou deux, nous aurons une estimation plus quantitative de la réaction du (virus) variant au vaccin », a déclaré à l’AFP Rakesh Mishra, du Centre de biologie cellulaire et moléculaire de la ville de Hyderabad en Inde.

L’autre inquiétude est qu’il s’agisse d’un variant plus contagieux, qui facilite donc une augmentation du nombre de contaminations, à l’heure où de nombreux pays tentent de juguler une deuxième ou une troisième vague de l’épidémie.

La situation de l’Inde, confrontée à une explosion des contaminations et des décès alors qu’elle avait jusqu’à récemment réussi à minimiser l’impact de la pandémie, inquiète de nombreux pays.

Le Royaume-Uni a restreint lundi les vols en provenance de ce pays à ses seuls résidents, après la confirmation de 103 cas de variant « indien » sur son territoire, et la France a ajouté mercredi l’Inde à la liste de pays dont les voyageurs sont soumis à une quarantaine obligatoire.

Mais là non plus, la plus grande contagiosité de ce variant n’est pas établie scientifiquement.

« À ce stade, […] aucun lien n’est établi entre l’émergence de ce variant et la dégradation récente de la situation épidémiologique » en Inde, souligne ainsi l’agence de santé publique française Santé publique France, dans sa dernière analyse des risques liée aux variants émergents, mise en ligne le 8 avril.

« Il est vraisemblable que cette dégradation de la situation sanitaire soit au moins en grande partie due aux nombreux grands rassemblements qui ont eu lieu récemment partout dans le pays et à une faible adoption des mesures de prévention par la population générale », ajoute-t-elle.

D’autant que, plusieurs mois après sa découverte, ce variant est loin de s’imposer par rapport aux autres, notamment le variant britannique. Même dans l’État où il a émergé (Maharastra), il ne représentait courant mars que 15 % à 20 % des échantillons séquencés, selon le ministère de la santé Indien. Et il est encore plus minoritaire dans le reste du pays.

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