La junte tue trois autres manifestants pro-démocratie au Myanmar

Comme depuis plusieurs semaines, des Myanmarais sont descendus dans les rues de Rangoun, maintenant équipés pour certains de boucliers et de masques à gaz.
Photo: Agence France-Presse Comme depuis plusieurs semaines, des Myanmarais sont descendus dans les rues de Rangoun, maintenant équipés pour certains de boucliers et de masques à gaz.

Des centaines de manifestants myanmarais étaient toujours encerclés à Rangoun par la police et l’armée au moment où ces lignes étaient écrites. Trois manifestants pro-démocratie ont été tués dans les heures qui ont précédé.

Vers 22 h (10 h 30 du matin, heure de Montréal), la police a commencé à tirer et à procéder à des arrestations, a déploré sur Twitter le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Des détonations ont été entendues à plusieurs reprises, ont rapporté de leur côté des journalistes de l’Agence France-Presse.

Les contestataires étaient acculés dans le quartier de Sanchaung, où de nombreux rassemblements contre la junte ont eu lieu ces derniers jours. « Je viens juste de m’échapper de Sanchaung. De nombreux jeunes sont toujours bloqués par la police et l’armée », a raconté Maung Saungkha, l’une des têtes d’affiche de la contestation, appelant « à l’aide » la communauté internationale.

Selon les informations dont dispose le HCDH, des habitants de Rangoun étaient en train de se diriger vers le quartier de Sanchaung pour faire pression sur la police et la forcer à laisser tout le monde quitter l’endroit. Ils ont défié le couvre-feu et scandé : « Libérez les étudiants de Sanchaung ! » ont confirmé des reporters de l’AFP.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a exhorté à « la retenue maximale » et à « la libération » des « centaines de manifestants barricadés dans des complexes d’habitation », « sans violences ni arrestations », selon un porte-parole. Parmi eux figurent de nombreuses Myanmaraises qui « entendaient manifester pacifiquement pour célébrer la Journée internationale des femmes », a-t-il aussi relevé.

La représentation de l’Union européenne au Myanmar a également demandé aux forces de sécurité d’autoriser les manifestants à « rentrer chez eux en sécurité », tout comme les ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni, l’ancienne puissance coloniale.

Trois manifestants tués

Plus tôt dans la journée, trois manifestants ont été tués et plusieurs blessés. Des images filmées à Myitkyina puis, diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des contestataires inanimés et couverts de sang, l’un d’entre eux gisant face contre terre, une partie du crâne arrachée. Une religieuse catholique en habit blanc s’est mise à genoux dans la rue, suppliant la police de ne pas tirer.

Les médias sont en outre de plus en plus ciblés. Les forces de sécurité ont effectué un raid contre l’agence de presse Myanmar Now, emportant des ordinateurs, des serveurs de données et une imprimante, a déclaré à l’AFP son rédacteur en chef, Swe Win.

« Nous sommes la première salle de rédaction attaquée par le régime. Nous travaillons dans la peur, mais la descente dans notre bureau confirme que la junte n’aura aucune tolérance pour les reportages sur ses crimes », a-t-il soutenu.

La licence de publication de ce média a ensuite été révoquée sur ordre du ministère de l’Information, qui a fait de même pour d’autres organes de presse indépendants (Mizzima, DVB, Khit Thit et 7 Day).

Par ailleurs, fonctionnaires, agriculteurs et salariés du privé sont descendus en nombre lundi dans les rues, en réponse à l’appel des principaux syndicats à intensifier la grève générale pour paralyser le Myanmar. Des usines de textile, des magasins et les banques sont restés fermés.

Des appels à la grève ont été lancés dès les premières heures suivant le putsch du 1er février. Et ils ont depuis eu un effet important sur l’économie avec des bureaux gouvernementaux vides et des institutions financières dans l’incapacité de fonctionner.

La junte a d’ailleurs récemment mis en garde les fonctionnaires : ceux qui n’auront pas repris le travail à partir de lundi seront congédiés.

Hôpitaux assiégés

Les forces de sécurité sont déployées depuis dimanche soir dans Rangoun. Elles ont notamment mené des opérations pour prendre le contrôle de plusieurs hôpitaux publics de la ville.

L’organisme Physicians for Human Rights (Médecins pour les droits de la personne) a condamné l’occupation de ces établissements, se disant « consternée par cette dernière vague de violences ».

Plus de 50 manifestants ont été tués depuis le coup d’État qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi, a fait savoir l’ONU la semaine dernière. Politiciens locaux, journalistes, militants, artistes : des centaines de personnes ont par ailleurs été interpellées depuis le putsch.

Les généraux myanmarais font la sourde oreille face au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter. Pour rappel, le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi vendredi à se mettre d’accord sur une déclaration commune, et des négociations doivent se poursuivre cette semaine.

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