Les Myanmarais de nouveau dans la rue malgré le bain de sang de mercredi

Une foule très importante a participé jeudi à Mandalay aux funérailles d’une jeune femme de 19 ans, Kyal Sin, qui s’est éteinte la veille. «Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde», a scandé l’assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.
Photo: Associated Press Une foule très importante a participé jeudi à Mandalay aux funérailles d’une jeune femme de 19 ans, Kyal Sin, qui s’est éteinte la veille. «Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde», a scandé l’assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

Au lendemain de la journée la plus meurtrière au Myanmar depuis le coup d’État, les citoyens ont de nouveau manifesté jeudi pour rétablir la démocratie, sur fond d’appel des Nations unies à imposer « un embargo mondial » sur les livraisons d’armes.

« Même si l’avenir du Myanmar est déterminé par son peuple, la communauté internationale doit agir de manière urgente et décisive pour le soutenir », a souligné dans un rapport dévoilé jeudi le rapporteur spécial des Nations unies Thomas Andrews.

Il a ainsi recommandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’« imposer un embargo mondial sur les armes », comme le font déjà, selon lui, le Canada et les Européens. Il a aussi appelé à « des sanctions économiques ciblées » contre les généraux myanmarais.

Le Conseil de sécurité se réunit vendredi à huis clos pour discuter de la situation dans ce pays.

Selon les Nations unies, au moins 38 Myanmarais ont été tués mercredi par les forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles sur des rassemblements prodémocratie. Des voix se sont aussitôt élevées à l’international pour faire cesser ce bain de sang.

L’armée ne doit plus « assassiner et emprisonner les manifestants », a déclaré la haute-commissaire de l’ONU aux droits de la personne, Michelle Bachelet. Le président français, Emmanuel Macron, a aussi demandé « l’arrêt immédiat de la répression », tout comme le premier ministre britannique, Boris Johnson. « Horrifié et révulsé », le département d’État américain a quant à lui appelé la Chine à « user de son influence » auprès des généraux myanmarais.

Pékin et Moscou, des alliés traditionnels de l’armée myanmaraise aux Nations unies, n’ont pas officiellement condamné le coup d’État du 1er février, considérant la crise comme « une affaire intérieure ».

Répression sanglante

Malgré la crainte de représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu jeudi, notamment à Rangoun, la plus grande ville du pays. « Nous sommes unis ! » ont scandé des protestataires derrière des barricades de fortune.

Non loin de là, des commerçants se dépêchaient d’écouler leurs marchandises. « C’est dangereux de rester ici. La police et l’armée tirent aussi dans les rues. Il vaut mieux rentrer à la maison et revenir le soir », a confié un vendeur ambulant.

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de résistance qui souffle sur le Myanmar depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi. « Le recours à la force meurtrière […] montre à quel point les forces de sécurité craignent peu d’être tenues pour responsables de leurs actes », estime Richard Weir, de l’ONG Human Rights Watch.

Mercredi, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants couverts de sang et blessés par balle à la tête. Au moins 54 civils ont été tués depuis le coup d’État, selon l’ONU. Parmi eux, quatre mineurs. On compte aussi des dizaines de blessés.

L’armée a fait état pour sa part de la mort d’un policier. Sollicitée, elle n’a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP.

La télévision d’État, MRTV, a imputé « les émeutes » aux contestataires, assurant que les forces de sécurité n’utilisaient que « des armes destinées au contrôle des foules afin de minimiser les blessures ».

Or, les Myanmarais continuaient d’enterrer leurs morts jeudi. Une foule importante a participé à Mandalay aux funérailles de Kyal Sin, morte la veille. « Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde », a-t-elle scandé, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

La femme de 19 ans est rapidement devenue un symbole. Une photo où on la voit, peu de temps avant d’être visée par un tir mortel, portant un t-shirt sur lequel est écrit « Tout ira bien », est devenue virale sur les réseaux sociaux.

À Rangoun, un autel a été improvisé avec des cônes de signalisation autour de taches de sang pour que les habitants de la ville puissent déposer des fleurs en hommage aux morts. Le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a mis les drapeaux en berne dans ses bureaux.

 

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Photo: Agence France-Presse Certains rassemblements ont été dispersés avec du gaz lacrymogène.