À Hong Kong, près de 50 militants pro-démocratie envoyés en prison

Les 47 personnes envoyées jeudi derrière les barreaux représentent un large spectre de l’opposition hongkongaise. Sur la photo, certains d’entre eux, lors de leur transfert en prison.
Photo: Kin Cheung Associated Press Les 47 personnes envoyées jeudi derrière les barreaux représentent un large spectre de l’opposition hongkongaise. Sur la photo, certains d’entre eux, lors de leur transfert en prison.

Près de 50 militants pro-démocratie ont pris le chemin de la prison jeudi à Hong Kong, signe que l’étau de la Chine se resserre sur le territoire semi-autonome au moment où une « réforme électorale » se prépare.

« Ce sont les voix de la justice dont les gens de Hong Kong ont besoin, mais ce régime criminel essaie de couvrir leurs bouches, de les réduire au silence et de les enfermer derrière des barreaux », a réagi devant la presse la belle-mère d’un des accusés, Hendrick Lui, à la sortie du tribunal.

Les 47 personnes envoyées jeudi derrière les barreaux représentent un large spectre de l’opposition hongkongaise. On y compte d’anciens députés, des universitaires, des avocats, des travailleurs sociaux et nombre de militants plus jeunes comme Joshua Wong, déjà détenu dans une autre affaire.

Ils ont été accusés dimanche dernier de « subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale de Pékin. L’audience, qui a débuté le lendemain et duré quatre jours, visait à statuer sur leur placement en détention provisoire. Tous devraient dorénavant rester des mois en prison en attendant leur procès.

En temps normal, ce type d’audience est une affaire de quelques heures.

Selon Bing Ling, un professeur de droit chinois à l’Université de Sydney, il s’agit du « plus important groupe de poursuites pour subversion depuis 1989 », après Tiananmen. Et la manière dont l’audience a été menée risque d’entacher la réputation de la justice hongkongaise et de la faire ressembler à un « instrument de la police », a renchéri de son côté le professeur à l’Université de New York, Jerome Cohen.

« Sédition »

Les militants sont poursuivis en lien avec les primaires de l’opposition, auxquelles 600 000 personnes ont participé en juillet dans l’optique de capitaliser sur l’immense popularité de la mobilisation de 2019 aux législatives de septembre — finalement reportées d’un an en raison de la pandémie.

La Chine avait qualifié ces primaires de « grave provocation » et prévenu que la campagne pouvait relever de la « subversion ». La plupart de ces candidats avaient ensuite été disqualifiés par les autorités.

La subversion est, avec la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères, un des quatre crimes visés par la nouvelle loi qui prévoit des peines allant jusqu’à la prison à vie. Entrée en vigueur en juin 2020, la pièce législative vise pour Pékin à asseoir sa domination dans l’ancienne colonie britannique.

Les 47 accusés représentent le plus gros groupe de dissidents poursuivi à ce jour au nom de cette loi controversée. Leur arrestation a rapidement suscité des condamnations à l’international, à commencer par Washington et Londres qui reprochent à Pékin de renier sa promesse de préserver les libertés hongkongaises faite au moment de la rétrocession par la Grande-Bretagne en 1997.

« Réforme électorale »

D’autant que le parlement chinois s’apprête à réformer le système électoral de Hong Kong. Les députés de l’Assemblée nationale populaire (ANP) étudieront une proposition en ce sens dès vendredi, a annoncé l’agence de presse Chine nouvelle.

Aucun détail n’a encore été apporté sur la nature de ce projet de réforme. L’ANP est entièrement contrôlée par le pouvoir communiste et son adoption par les députés chinois ne fait guère de doute.

Elle ouvre la voie à une marginalisation des candidats pro-démocratie d’opposition à Hong Kong. Dans le viseur de Pékin probablement : les conseillers de districts, très largement affiliés à l’opposition pro-démocratie, à la suite d’un scrutin perdu par le gouvernement local pro-Pékin fin 2019.

La réforme devrait porter sur la désignation du parlement local (Legco) — où un système alambiqué garantit déjà presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin. Ce parlement doit être renouvelé en septembre prochain.

Hong Kong, peuplé de quelque 7 millions d’habitants, n’a jamais bénéficié d’une démocratie étendue, que ce soit sous la colonisation britannique ou depuis la rétrocession à la Chine. Mais la ville permet à une opposition combative de gagner des sièges à certaines élections locales.

Ces dernières années toutefois, les autorités ont multiplié les procédures de disqualification des candidats ou des élus pro-démocratie du Legco, sur la base de leurs opinions politiques ou de serments mal prononcés.

La cheffe de l’exécutif hongkongais pro-Pékin, Carrie Lam, avait salué en février l’idée d’une réforme électorale et rejeté les critiques dénonçant une nouvelle « oppression » de l’opposition hongkongaise.

« S’il nous faut utiliser le mot oppression, alors oui, c’est l’oppression visant ceux qui prônent l’indépendance de Hong Kong, qui tentent de pousser Hong Kong dans l’abîme de la violence, qui oublient leurs origines, ne se considèrent pas comme Chinois, qui pactisent avec des organisations politiques étrangères pour détruire Hong Kong », avait-elle déclaré à la presse.

À voir en vidéo: