À Hong Kong, des centaines de personnes réunies en soutien à 47 militants prodémocratie inculpés

«Libérez les prisonniers politiques», «Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps», scandaient des protestataires, un slogan qui est désormais illégal en vertu de la loi sur la sécurité nationale.
Photo: Peter Parks Agence France-Presse «Libérez les prisonniers politiques», «Libérez Hong Kong, la révolution de notre temps», scandaient des protestataires, un slogan qui est désormais illégal en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

Des centaines de manifestants se sont rassemblés lundi à Hong Kong pour protester contre la mise en accusation la veille de 47 figures du camp pro-démocratie, traduits en justice pour « subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale de Pékin.

« Libérez les prisonniers politiques », « libérez Hong Kong, la révolution de notre temps », ont scandé les protestataires aux abords du tribunal de Kowloon, où un important dispositif policier avait été déployé très tôt en matinée.

L’événement a donné lieu à un rassemblement de protestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs mois dans la ville. Les interdictions de rassemblement quasi permanentes ordonnées pour lutter contre la pandémie de COVID-19 avaient en effet permis aux autorités hongkongaises d’empêcher presque toutes les velléités de manifestation jusqu’ici.

Pendant la journée, la tension n’a pas cessé de fluctuer. La police a brandi des pancartes avertissant que ce rassemblement ainsi que les chants entonnés étaient illégaux. Parmi les manifestants, certains faisaient le salut à trois doigts, symbole de résistance dans plusieurs pays asiatiques, comme la Thaïlande ou le Myanmar.

Devant le tribunal, les forces de l’ordre ont dispersé les manifestants, invoquant les restrictions liées à la COVID-19. La foule a largement accepté de se plier à cette injonction. Certains, en quittant les lieux, n’ont pas manqué de bousculer des policiers et d’entonner des chants.

Kwan Chun-sang, un conseiller local, a passé la nuit dans la rue, près du tribunal, pour être sûr de figurer parmi les premiers dans la file d’attente permettant d’accéder aux bancs du public, dans la salle d’audience. « Peu après que les poursuites ont été lancées hier, j’ai décidé de venir et de passer la nuit ici, a-t-il confié à l’AFP. Je veux montrer mon soutien aux militants pro-démocratie. »

Un petit groupe de partisans du gouvernement était également aux abords du tribunal pour crier leur soutien aux autorités. « Punissez sévèrement les traîtres, appliquez la loi sur la sécurité et jetez-les derrière les barreaux », pouvait-on lire sur une banderole.

Les personnes accusées dimanche représentent un spectre très large de l’opposition locale, avec d’anciens députés comme Claudia Mo, des universitaires comme Benny Tai, des avocats, des travailleurs sociaux et nombre de militants plus jeunes comme Joshua Wong, déjà détenu dans une autre affaire.

Opposition illégale

Les accusés étaient si nombreux que trois salles d’audience avaient été réservées. Après une brève comparution, l’audience a été déplacée à la fin de l’après-midi.

Ils sont poursuivis en lien avec les primaires de l’opposition, auxquelles 600 000 personnes ont participé en juillet, dans l’optique de capitaliser sur l’immense popularité de la mobilisation de 2019 aux législatives de septembre — finalement reportées d’un an au prétexte du coronavirus.

Ces primaires avaient déclenché les foudres de la Chine qui les a présentées comme une « grave provocation », une tentative de paralyser le gouvernement de la ville, et a prévenu que la campagne pouvait relever de la « subversion » en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

La plupart de ces candidats avaient par la suite été disqualifiés par les autorités. Mais les détracteurs de Pékin estiment que son rejet des primaires signifie au final que toute forme d’opposition est désormais illégale à Hong Kong.

Les 47 militants avaient été arrêtés début janvier lors d’un vaste coup de filet et inculpés dimanche pour « complot en vue de commettre un acte de subversion ». La subversion est avec la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères, un des quatre crimes visés par la loi sur la sécurité nationale que Pékin a imposée fin juin 2020 et qui prévoit des peines de prison à vie.

« Toutes les voix importantes du mouvement pro-démocratie à Hong Kong sont désormais soit emprisonnées, soit en exil, soit inculpées pour subversion », a dénoncé dans un tweet la militante Sophie Mak.

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