18 ans de prison pour un critique haut placé de Xi Jinping

Ren Zhiqiang était jusqu’à sa récente exclusion cet été un membre de longue date du Parti communiste chinois.
Photo: Archives China News Service/AFP Ren Zhiqiang était jusqu’à sa récente exclusion cet été un membre de longue date du Parti communiste chinois.

La Chine fait taire « le canon » : un ancien magnat immobilier chinois de 69 ans, connu pour ses diatribes contre le pouvoir et le président Xi Jinping, a été condamné mardi à 18 ans d’emprisonnement pour « corruption ».

Poil à gratter du gouvernement, le richissime Ren Zhiqiang, ancien dirigeant d’un groupe immobilier public, était jusqu’à sa récente exclusion cet été un membre de longue date du Parti communiste chinois (PCC).

Figure atypique dans un milieu économique généralement policé, il n’a jamais été homme politique. Mais il était très suivi sur les réseaux sociaux en raison de ses coups de gueule qui lui ont valu le surnom de « dapao » (« le canon »).

Ren Zhiqiang avait disparu des radars en mars, quelque temps après avoir publié sur Internet un énième article acerbe fustigeant la réponse des autorités à l’épidémie de COVID-19, apparue fin 2019 dans la métropole de Wuhan. Alors que toute critique frontale de Xi Jinping dans l’espace public est quasi taboue en Chine, il avait accusé le président d’être un « clown » et le gouvernement d’avoir tardé à réagir face au nouveau coronavirus.

Ren Zhiqiang faisait l’objet d’une enquête depuis avril pour « violation de la discipline », un euphémisme généralement utilisé pour désigner les malversations financières. Membre du PCC depuis 1974, il en avait été exclu en juillet.

« Pas d’appel »

Le coup de grâce est venu mardi : il a été condamné à 18 ans d’emprisonnement et à 4,2 millions de yuans (825 000 $ CAN) d’amende pour « corruption, acceptation de pots-de-vin, détournements de fonds publics et abus de pouvoir », a indiqué le Tribunal populaire intermédiaire numéro 2 de Pékin.

Selon le jugement mis en ligne, Ren Zhiqiang, ex-président du groupe immobilier public Beijing Huayuan, a touché entre 2003 et 2017 quelque 1,25 million de yuans (245 000 $ CAN) de dessous-de-table. Jadis personnalité célébrée du monde des affaires et de l’immobilier, il aurait par ailleurs utilisé à son profit personnel ou détourné environ 111 millions de yuans (21,8 millions de dollars canadiens) de fonds publics.

Selon le verdict, Ren Zhiqiang a reconnu « tous ses crimes » et « ne fera pas appel ».

Signe d’un certain embarras du pouvoir : le réseau social Weibo, l’équivalent chinois de Twitter, a rapidement censuré les commentaires critiques du pouvoir sous les publications mentionnant l’affaire.

Dans son pamphlet publié lors de l’épidémie de COVID-19 en Chine, Ren Zhiqiang s’était montré particulièrement critique envers le président chinois. « Le Parti protège ses intérêts, les hauts dirigeants protègent leurs intérêts et le monarque ne fait que défendre sa position centrale et ses intérêts », écrivait-il sans citer nommément Xi Jinping, qualifié alors de « clown ».

De véritables crimes ?

Ren Zhiqiang est-il réellement coupable de corruption ?

L’immobilier dans lequel il évoluait jusqu’à sa retraite en 2015 est un secteur propice aux malversations, dans une Chine qui depuis 40 ans connaît une frénésie de constructions. Et Xi Jinping mène depuis plusieurs années une vaste campagne anticorruption, très populaire auprès de l’opinion.

Mais l’opération est également soupçonnée de servir à faire tomber des personnalités opposées à sa ligne politique. Or Ren Zhiqiang était devenu influent avec des dizaines de millions d’abonnés sur Internet.

Le compte Weibo du magnat avait ainsi été désactivé dès 2016. Une décision intervenue après la publication d’un message critiquant un discours de Xi Jinping exhortant les médias officiels à « servir » le PCC.

La société civile est sous pression depuis son arrivée en 2013 au sommet de l’État : Internet davantage censuré, défenseurs des droits de la personne inquiétés, voire détenus, liberté universitaire en baisse, etc.

Ren Zhiqiang est toutefois un personnage controversé en Chine en raison de prises de position parfois très capitalistes et radicales, notamment sur l’immobilier. Alors que la flambée des prix des logements ces 20 dernières années empêche nombre de Chinois d’accéder à la propriété, il avait déclaré un jour que les personnes n’ayant pas investi à temps « méritent maintenant d’être pauvres ».