Salve de critiques après l’arrestation de plusieurs figures prodémocratie à Hong Kong

La militante pro-démocratie Agnes Chow a été arrêtée lundi pour «incitation à la sécession».
Photo: Daniel Suen Agence France-Presse La militante pro-démocratie Agnes Chow a été arrêtée lundi pour «incitation à la sécession».

Le magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai et une autre figure de proue du mouvement pour la démocratie, Agnes Chow, ont été arrêtés lundi au nom de la loi controversée sur la sécurité nationale imposée par Pékin. Une nouvelle étape critiquée dans la reprise en main musclée de l’ex-colonie britannique.

Le richissime septuagénaire a été interpellé pour des soupçons de collusion avec des forces étrangères, une des infractions visées par la nouvelle législation sécuritaire entrée en vigueur fin juin, et de fraudes.

La Chine a officiellement salué cette arrestation. « Ces agitateurs antichinois de concert avec des forces étrangères ont gravement mis en danger la sécurité nationale », « Jimmy Lai est l’un de leurs représentants », a déclaré dans un communiqué le bureau chinois chargé de suivre la situation à Hong Kong et à Macao.

Agnes Chow a été appréhendée en application de cette même loi sur la sécurité nationale, a annoncé une source policière. « Il est maintenant confirmé qu’Agnes Chow a été arrêtée pour “incitation à la sécession” en vertu de la loi sur la sécurité nationale », peut-on aussi lire sur le compte Facebook de cette militante connue.

Au total, selon cette source policière, dix personnes ont été interpellées lundi. Parmi elles figurent également deux des fils de M. Lai et Wilson Li, qui affirme être un vidéaste indépendant travaillant pour la chaîne de télévision britannique ITV News.

Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, s’est dit sur Twitter « profondément préoccupé » par l’arrestation de M. Lai en vertu de ce qu’il considère être une « loi draconienne ».

Cette arrestation est une « preuve supplémentaire que le Parti communiste chinois a éviscéré les libertés de Hong Kong et les droits de son peuple », a ajouté M. Pompeo.

Le vice-président américain, Mike Pence, a lui évoqué sur Twitter « un affront aux gens épris de liberté à travers le monde ».

Chris Patten, l’ultime gouverneur britannique de ce territoire, a accusé les autorités de mener « l’assaut le plus scandaleux qui soit sur ce qui reste de la presse libre à Hong Kong », tandis que l’Union européenne a dénoncé lundi le recours à la nouvelle loi sur la sécurité pour « étouffer la liberté d’expression ».

Une loi « liberticide »

Considérée comme une réponse de Pékin aux mois de manifestations en faveur de la démocratie qui avaient ébranlé Hong Kong en 2019, la législation récemment introduite donne aux autorités locales de nouveaux pouvoirs pour réprimer quatre types de crimes contre la sécurité de l’État : la subversion, le séparatisme, le terrorisme et la collusion avec des forces extérieures.

Nombre de militants pour la démocratie dénoncent un texte liberticide qui vient en finir selon eux avec le principe « Un pays, deux systèmes » ayant présidé à la rétrocession en 1997 et garantissant théoriquement jusqu’en 2047 aux Hongkongais des libertés inconnues dans le reste de la Chine.

Jimmy Lai est le patron de Next Digital, propriétaire de deux titres critiques du régime chinois, le quotidien Apple Daily et le magazine Next.

En fin de matinée, environ 200 policiers se sont présentés au siège du groupe, dans une zone industrielle du quartier de Lohas Park, dans le sud-est de la ville. Des journalistes d’Apple Daily ont diffusé en direct sur Facebook les images de cette perquisition : le rédacteur en chef du quotidien, Law Wai-kwong, y apparaît en train de demander leur mandat aux policiers.

Ces derniers ont ordonné aux journalistes de se lever et de s’aligner pour des vérifications d’identité, tandis que d’autres ont fouillé la salle de rédaction. Et M. Lai a été amené sur les lieux, menotté.

Pour beaucoup de Hongkongais engagés dans la mouvance en faveur de la démocratie, M. Lai est l’unique magnat hongkongais qui tienne tête au pouvoir central.

Rares sont les habitants de l’ex-colonie britannique à s’attirer autant la haine de Pékin que cet homme aujourd’hui âgé de 71 ans, régulièrement qualifié de « traître » par les médias d’État chinois qui voient en lui l’instigateur de la contestation de 2019.

À voir en vidéo