New Delhi, théâtre d’affrontements entre hindous et musulmans

Une loi sur la citoyenneté, jugée discriminatoire pour les musulmans, a amené certains à manifester, mais a surtout cristallisé les tensions intercommunautaires.
Photo: Dibyangshu Sarkar Agence France-Presse Une loi sur la citoyenneté, jugée discriminatoire pour les musulmans, a amené certains à manifester, mais a surtout cristallisé les tensions intercommunautaires.

Le bilan des violences intercommunautaires à New Delhi s’est aggravé mercredi, passant à vingt morts, a annoncé à l’AFP un responsable du principal hôpital de la zone touchée, plusieurs quartiers de la capitale indienne étant depuis dimanche le théâtre de scènes de guérilla urbaine.

«189 personnes sont hospitalisées. Une soixantaine sont blessées par balles», a ajouté Sunil Kumar, responsable médical de l’hôpital GTB. 

Des émeutiers armés de pierres, de sabres et parfois même de pistolets sèment le chaos et la terreur dans des zones périphériques à majorité musulmane du nord-est de la mégapole, éloignées d’une dizaine de kilomètres du centre. 
 

« La plupart des décès ont été causés par des armes à feu », a déclaré le docteur Rajesh Kalra de l’hôpital GTB, situé dans le nord-ouest de la mégapole, précisant que huit de ces morts sont survenues mardi. Des heurts entre partisans et opposants d’une loi controversée sur la citoyenneté, jugée discriminatoire pour les musulmans par ses détracteurs, ont dégénéré en affrontements communautaires entre hindous et musulmans. Des bâtiments, commerces et véhicules ont été brûlés. Plusieurs journalistes ont été agressés. Des pierres jonchaient les rues.

Cette folie doit s’arrêter

Dans la soirée, un reporter de l’AFP ne pouvait accéder aux zones touchées : les forces de l’ordre avaient dressé des barrages à plusieurs centaines de mètres de là et interdisaient toute entrée. Des policiers en tenue antiémeute étaient déployés en nombre. Les habitants se barricadaient dans leur maison, lumières éteintes.

« J’appelle tout le monde à arrêter la violence. Cette folie doit s’arrêter », a lancé le ministre en chef de Delhi, Arvind Kejriwal, selon des propos rapportés par l’agence Press Trust of India.

En une heure mardi soir à l’hôpital GTB, des journalistes de l’AFP ont vu plusieurs blessés amenés aux urgences, dont certains inconscients. « Depuis hier, nous appelons la police à mettre en place un couvre-feu, à envoyer des renforts. Mais personne n’est venu », a déclaré à l’AFP Saurabh Sharma, un étudiant d’un quartier touché par les violences qui amenait un ami touché. « Il y a deux jours, des pierres ont été lancées dans ma rue et des personnes ont été blessées », a-t-il ajouté.

Cette flambée de violence survient au moment de la visite d’État en Inde du président Donald Trump, qui s’est achevée sur des entretiens avec le premier ministre indien, Narendra Modi, mardi à New Delhi. Le dirigeant nationaliste hindou est confronté depuis décembre à un vaste mouvement de contestation contre une nouvelle législation qui facilite l’attribution de la citoyenneté indienne à des réfugiés, à condition qu’ils ne soient pas musulmans. Ce texte a cristallisé les craintes de la minorité musulmane d’être reléguée au rang de citoyens de seconde classe, dans cette nation où les hindous représentent 80 % de la population. La loi a provoqué les plus importantes manifestations dans le pays d’Asie du Sud depuis l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014.