Des cérémonies contestées au Japon

«Le fait que le gouvernement paie ces manifestations religieuses signifie qu’il promeut une religion d’État», déclare Koichi Shin, l’un des plaignants qui ont déposé des recours en justice.
Photo: Jiji Press Agence France-Presse «Le fait que le gouvernement paie ces manifestations religieuses signifie qu’il promeut une religion d’État», déclare Koichi Shin, l’un des plaignants qui ont déposé des recours en justice.

Immensément respectée, la famille impériale japonaise est rarement critiquée, mais une poignée de citoyens s’élèvent contre le financement par l’État de deux rituels impériaux hautement symboliques liés à l’intronisation du nouvel empereur, Naruhito.

De nombreuses célébrations relatives aux croyances nippones shintoïstes accompagnent durant plusieurs mois la montée sur le trône du Chrysanthème de Naruhito, effective depuis le 1er mai au lendemain de l’abdication de son père Akihito pour des raisons de santé.

Le coût de toutes les cérémonies d’intronisation de cette année s’élève à 16 milliards de yens (195 millions de dollars canadiens).

Une partie de ce coûteux cérémonial se heurte à l’opposition d’une toute petite frange de la population.

C’est particulièrement le cas des festivités de mardi prochain, la proclamation de l’intronisation et la réception des félicitations en présence de quelque 2500 convives, dont près de 200 représentants de pays étrangers, ainsi que du rite appelé Daijosai prévu en novembre.

Pour des représentants d’autres obédiences, le financement avec les deniers publics de ces cérémonies viole le principe constitutionnel de la séparation de l’État et de la religion.

Procédures judiciaires

La question avait déjà été soulevée pour l’intronisation du précédent souverain, Akihito, après le décès de son père Hirohito en 1989. Les procédures engagées à l’époque avaient cependant été rejetées, la Cour suprême ayant conclu que ces festivités étaient des « conventions sociales » et non des activités religieuses, une position à laquelle le gouvernement se réfère aujourd’hui.

Les nouvelles actions intentées en justice ont peu de chance d’aboutir. Elles sont par ailleurs peu soutenues par l’opinion publique.

Le « shinto d’État », nom donné ultérieurement à l’idéologie moralisatrice et nationaliste promue à partir de l’ère Meiji (1868-1912) jusqu’en 1945, « a servi de socle de pensée à la montée du militarisme et à la colonisation au début du XXe siècle », conduisant à la guerre du Pacifique et à ses tragiques conséquences, rappelle Satoshi Ukai, professeur de littérature française moderne.

La Constitution japonaise de 1947, écrite par les Américains à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, a déchu l’empereur de son statut semi-divin et établi une séparation entre la politique et la religion. Mais, pour les opposants, le financement des rites impériaux de cette année contrevient à ces principes.

La Conférence des Évêques du Japon, des bouddhistes et des universitaires s’inquiètent aussi d’un mélange des genres.

« Le rituel du Daijosai n’est rien de plus qu’une cérémonie shintoïste », a insisté dans un communiqué l’Église unie du Christ au Japon, un groupe protestant, jugeant que le fait que le gouvernement utilise l’argent du contribuable à cette fin « porte atteinte à la liberté de croyance ».

« Le fait que le gouvernement paie ces manifestations religieuses signifie qu’il promeut une religion d’État », déclare à l’AFP Koichi Shin, l’un des plaignants qui ont déposé des recours en justice.

Et de préciser : « Avec une procédure judiciaire, nous voulons que le gouvernement réponde clairement à nos questions à ce sujet. »

Le prince Akishino, frère cadet du nouvel empereur, s’est lui aussi interrogé publiquement sur le fait d’utiliser autant d’argent public pour des rites impériaux. Lors d’une conférence de presse il y a un an, il s’était demandé s’il était « approprié de financer une cérémonie hautement religieuse comme le Daijosai avec des fonds publics ».

Mais l’offensive peine à convaincre quand on sait que l’ensemble des activités de la Maison impériale, dont certaines à caractère shintoïste, sont à longueur d’année financées par les deniers du contribuable sans que cela suscite de débat.