Attentats de Pâques: le Sri Lanka admet une «défaillance» de communication

La gestion des autorités dans les jours ayant précédé ces attentats-suicides, revendiqués par le groupe État islamique, fait l’objet de critiques grandissantes.
Photo: Mohd Rasfan Agence France-Presse La gestion des autorités dans les jours ayant précédé ces attentats-suicides, revendiqués par le groupe État islamique, fait l’objet de critiques grandissantes.

Le Sri Lanka a reconnu mercredi une « défaillance » de l’État en matière de sécurité, incapable d’empêcher les attentats djihadistes du dimanche de Pâques qui ont tué au moins 359 personnes, malgré des informations préalables de la communauté du renseignement.

La gestion des autorités dans les jours ayant précédé ces attentats-suicides, revendiqués par le groupe État islamique (EI), fait l’objet de critiques grandissantes dans un contexte politique de lutte de pouvoir acharnée entre le président et le premier ministre.

Des kamikazes ont provoqué un carnage dimanche matin dans trois hôtels de luxe et trois églises, en pleine messe de Pâques, à Colombo et ailleurs dans ce pays de 21 millions d’habitants. Un projet d’attentat contre un quatrième hôtel de luxe de la capitale a échoué.

Une note prophétique d’avertissement, il y a quinze jours, prévenant que le mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ) préparait des attentats, n’a pas été communiquée au chef de gouvernement et à des ministres de haut rang. L’alerte se basait sur des éléments transmis par « une agence de renseignement étrangère » et avait été diffusée aux services de police.

« Il y a manifestement eu une défaillance de la communication de renseignements. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, car si l’information avait été transmise aux bonnes personnes, cela aurait pu permettre d’éviter ou de minimiser » ces attentats, a reconnu mercredi le vice-ministre de la Défense, Ruwan Wijewardene.

Tandis que les cimetières sri-lankais voyaient un défilé ininterrompu de funérailles de victimes de ces attentats, parmi les plus meurtriers au monde depuis le 11 septembre 2001, l’île d’Asie du Sud poursuivait sa gigantesque traque de suspects.

Lors de raids nocturnes, les forces de sécurité ont arrêté 18 personnes supplémentaires, qui s’ajoutent aux 40 interpellées depuis dimanche. Le bilan humain s’est par ailleurs encore alourdi, passant de 320 à 359 morts, avec quelque 500 blessés.

Les autorités ont attribué le bain de sang au groupe NTJ, qui ne l’a pas revendiqué, et n’ont pas encore confirmé officiellement l’implication du groupe EI.

Dans une conférence de presse mercredi, le vice-ministre de la Défense a déclaré que les attaques auraient été perpétrées par une « faction dissidente » du NTJ, sans autres détails. « Le leader de [ce groupe], la personne qui menait l’attaque, est l’un des kamikazes et est mort », a-t-il déclaré, précisant que celui-ci s’était fait exploser à l’hôtel Shangri-La de Colombo.

Le groupe EI a revendiqué mardi ces attentats via son agence de propagande Amaq.

« La plupart » des kamikazes « sont éduqués et viennent de la classe moyenne ou la classe moyenne supérieure, donc ils sont assez indépendants financièrement et leurs familles sont assez stables, ce qui est un facteur inquiétant », a rapporté M. Wijewardene. L’un des assaillants a étudié en Grande-Bretagne et a fait des études universitaires supérieures en Australie, a-t-il indiqué.

Crise interne

Le manque de transmission d’informations cruciales au sein de l’État sri-lankais pourrait relancer la crise à la tête du pays. La police est en effet du ressort du président Maithripala Sirisena, qui est en conflit ouvert avec le chef de gouvernement, Ranil Wickremesinghe.

Le premier avait limogé le second à l’automne, mais avait été forcé de le réinvestir après sept semaines de chaos politique. Les deux hommes, aux personnalités antagonistes, se vouent une animosité réciproque et se mettent l’un l’autre des bâtons dans les roues.

Le président Sirisena a convoqué jeudi une réunion de représentants de « tous les partis » politiques. Il s’entretiendra également avec des responsables religieux.