Horreur et incompréhension

Un proche d’une victime des attentats en sanglots à l’extérieur de l’hôpital Batticaloa, à l’est du Sri Lanka
Photo: Lakruwan Wanniarachchi Agence France-Presse Un proche d’une victime des attentats en sanglots à l’extérieur de l’hôpital Batticaloa, à l’est du Sri Lanka

Le gouvernement sri-lankais a incriminé lundi un mouvement islamiste local, le National Thowheeth Jama’ath (NTJ), pour la vague d’attentats suicides de la veille, dont le bilan s’est alourdi mardi à 310 morts. Alors que les attaques n’avaient toujours pas été revendiquées, la présidence a déclaré l’état d’urgence à partir de lundi minuit (14 h 30 dimanche au Québec) au nom de la « sécurité publique ».

En quelques heures le dimanche de Pâques, des attentats à la bombe coordonnés ont semé la mort dans des hôtels et des églises célébrant la messe à plusieurs endroits de l’île d’Asie du Sud, qui n’avait pas connu un tel déchaînement de violence depuis la fin de la guerre civile il y a dix ans.

« Nous enquêtons sur une éventuelle aide étrangère et leurs autres liens, comment ils forment des kamikazes, comment ils ont produit ces bombes », a indiqué un porte-parole du gouvernement. Le NJT s’était fait connaître l’an passé en lien avec des actes de vandalisme contre des statues bouddhiques.

Il avait aussi fait, il y a dix jours, l’objet d’une alerte diffusée aux services de police, selon laquelle il préparait des attentats suicides contre des églises et l’ambassade indienne à Colombo.

Les autorités sri-lankaises ont annoncé l’arrestation de 40 personnes, sans donner de détail sur les suspects.

Le président Maithripala Sirisena a présidé lundi un conseil de sécurité à son retour dans le pays de 21 millions d’habitants.

Scènes de désolation

Le bilan officiel s’est alourdi lundi matin à 310 morts et 500 blessés.

Le nombre exact d’étrangers tués « est difficile à déterminer. Autour de 37 sont morts, sur lesquels 11 ont été identifiés » ; ont indiqué les autorités. Des Indiens, Portugais, Turcs, Britanniques et Américains figurent parmi les nationalités touchées.

Lundi matin, la morgue de Colombo était le théâtre de scènes de désolation. « La situation est sans précédent », notait un responsable sous couvert de l’anonymat. « Nous demandons aux proches de fournir de l’ADN pour aider à identifier certains corps » trop mutilés.

Une femme, dont le frère aîné a été tué avec ses trois enfants, s’est effondrée en larmes en les identifiant un à un sur un écran. Le plus jeune de ses neveux était « un bébé si mignon, il n’avait que huit mois […]. Qu’a-t-il fait pour mériter ça ? »

À Negombo, ville à une trentaine de kilomètres au nord de Colombo, Dilip Fernando était revenu devant l’église Saint-Sébastien, où sa famille et lui ont échappé de peu au carnage provoqué par l’une des attaques suicides visant la minorité chrétienne.

« Si l’église avait été ouverte ce matin, je serais allé à l’intérieur. Nous n’avons pas peur. Nous ne laisserons pas les terroristes gagner. Jamais ! Je continuerai à aller à l’église », a-t-il déclaré à l’AFP.

Des dizaines de paires de chaussures appartenant aux victimes étaient rassemblées sur le terrain devant l’édifice. À l’intérieur, des tuiles tombées du toit se mélangeaient aux débris sur le sol. Les murs et statues religieuses étaient criblés d’éclats.

Dans les rues du pays, la vie semblait toutefois reprendre un cours normal. Des gens se rendaient au bureau en voiture ou à moto, des tuk-tuk sillonnaient les rues.

Attaques quasi simultanées

Six explosions très rapprochées sont survenues dimanche matin et deux plusieurs heures après, dans ce pays prisé des touristes pour ses plages idylliques et sa nature verdoyante.

Dans la capitale, trois hôtels de luxe en front de mer — le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury — ainsi que l’église Saint-Antoine ont été frappés. Des bombes ont aussi explosé dans l’église Saint-Sébastien à Negombo et dans une autre à Batticaloa, ville située de l’autre côté du Sri Lanka, sur la côte orientale.

Quelques heures plus tard, deux nouvelles déflagrations sont survenues. L’une dans un hôtel de Dehiwala, banlieue sud de Colombo, l’autre à Orugodawatta, dans le nord de la ville, où un kamikaze s’est fait exploser lors d’une opération policière. Dimanche soir, une « bombe artisanale » a été désamorcée sur une route menant au principal terminal de l’aéroport de Colombo qui reste ouvert sous haute sécurité.

Du Vatican aux États-Unis en passant par l’Inde, les condamnations internationales ont été unanimes.

Environ 1,2 million de catholiques vivent au Sri Lanka, où les chrétiens représentent 7 % de la population, majoritairement bouddhiste (70 %). Le pays compte également 12 % d’hindous et 10 % de musulmans.

Les ambassades étrangères au Sri Lanka ont recommandé à leurs ressortissants d’éviter tout déplacement non impératif. Les États-Unis ont estimé que « des groupes terroristes continuent à préparer de possibles attaques » au Sri Lanka, dans leurs conseils aux voyageurs.

Les médias sociaux bloqués au pays

Les autorités sri-lankaises ont bloqué la plupart des médias sociaux dans la foulée des attentats du dimanche de Pâques, une décision qui témoigne de la méfiance à l’égard de la capacité des entreprises Internet américaines à contrôler les contenus préjudiciables. Le blocage, qui touche notamment Facebook et ses services WhatsApp et Instagram, a été annoncé sur le portail officiel du gouvernement, qui évoque la diffusion en ligne de « fausses nouvelles ». Twitter ne semblait pas être touché. Les autorités gouvernementales craignent probablement que la propagation de contenu incendiaire entraîne de nouvelles effusions de sang au Sri Lanka, un pays insulaire à majorité bouddhiste qui compte d’importantes minorités hindoues, musulmanes et chrétiennes et qui connaît depuis longtemps des conflits ethniques et confessionnels. La Presse canadienne