Le Sri Lanka s’enfonce dans une crise politique

Des gardes du corps du ministre du Pétrole et proche du premier ministre démis, Arjuna Ranatunga, ont tiré sur une foule hostile de partisans du président, Maithripala Sirisena, blessant trois personnes, selon les autorités locales.
Photo: Ishara S. Kodikara Agence France-Presse Des gardes du corps du ministre du Pétrole et proche du premier ministre démis, Arjuna Ranatunga, ont tiré sur une foule hostile de partisans du président, Maithripala Sirisena, blessant trois personnes, selon les autorités locales.

Un homme a été tué et deux autres blessés par balles dimanche au Sri Lanka dans la foulée d’une crise politique qui secoue le pays depuis le congédiement-surprise du premier ministre, Ranil Wickremesinghe, sur ordre du président.

Des gardes du corps du ministre du Pétrole et proche du premier ministre démis, Arjuna Ranatunga, ont tiré sur une foule hostile de partisans du président, Maithripala Sirisena, blessant trois personnes, selon les autorités locales. Un homme de 34 ans atteint par ces tirs est décédé peu après son admission à l’hôpital national de Colombo, a indiqué une porte-parole de l’établissement.

Une crise politique secoue cette île d’Asie du Sud depuis vendredi, lorsque le chef de l’État, Maithripala Sirisena, a congédié le premier ministre, Ranil Wickremesinghe. L’homme de 69 ans, qui juge son éviction illégale, refusait dimanche de quitter sa résidence officielle à Colombo, malgré un ultimatum fixé par le parti au pouvoir. Près d’un millier de ses partisans se sont rassemblés aux abords de celle-ci pour afficher leur solidarité.

Des responsables sri-lankais ont indiqué que la police allait désormais demander un mandat pour expulser le premier ministre limogé, ce qui risque d’aggraver une crise politique qui inquiète la communauté internationale.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a appelé « le gouvernement à respecter les valeurs démocratiques ainsi que les dispositions et procédures constitutionnelles, à faire respecter la loi et à garantir la sécurité de tous les Sri-Lankais », par voie de communiqué. Toutes les parties sont exhortées « à faire preuve de retenue et à régler la situation de manière pacifique », a-t-il ajouté.

M. Wickremesinghe a demandé une séance d’urgence du Parlement pour prouver qu’il était toujours fermement au pouvoir. Mais au lieu de cela, le président Sirinesa a suspendu jusqu’au 16 novembre le Parlement pour couper court à toute contestation parlementaire de sa décision.

Le président du Parlement, Karu Jayasuriya, a toutefois jugé dimanche légitime la demande du chef du gouvernement sortant de se maintenir en poste tant qu’un autre candidat ne pouvait se justifier d’une majorité parlementaire.

Karu Jayasuriya a aussi prévenu le président que la suspension du Parlement risquait d’entraîner des « conséquences graves et imprévisibles pour le pays ».

« N’essayez pas de créer une guerre civile », a lancé le député Karunarathna Paranawithana, depuis la résidence du premier ministre. « Si le président pense avoir une majorité, qu’il le démontre en réunissant le Parlement. »

Alors que le premier ministre démis faisait oeuvre de la résistance, le successeur désigné du premier ministre, Mahinda Rajapakse, est allé recueillir la bénédiction des moines avant de s’atteler à la formation de son gouvernement. Il n’a toutefois fait aucune déclaration publique. Le politicien âgé de 72 ans a dirigé le Sri Lanka d’une main de fer entre 2005 et 2015 et mis fin en 2009 aux combats entre la minorité tamoule et la majorité cinghalaise au prix d’un bain de sang.

Au moment d’écrire ces lignes, le président Sirinesa restait muet.