La Chine fait la promotion de ses camps de musulmans

Des agents de sécurité près de la mosquée Id Kah à Kachgar, dans le Xinjiang
Photo: Ng Han Guan Associated Press Des agents de sécurité près de la mosquée Id Kah à Kachgar, dans le Xinjiang

« On était ensemble depuis six mois quand il est entré en centre de formation. Son niveau de mandarin s’est élevé, sa manière de penser aussi. Quand je me suis rendu compte à quel point il s’était amélioré, je me suis décidée à l’épouser », explique cette infirmière à la caméra. « Centre de formation » est la dénomination choisie par Pékin pour qualifier les camps de détention de la région du Xinjiang dans lesquels sont emprisonnées environ un million de personnes issues de minorités musulmanes, forcées d’apprendre les valeurs du Parti communiste chinois.

Ce témoignage, ainsi que ceux de plusieurs prisonniers de la ville de Hotan, a été diffusé mardi dans un reportage de 14 minutes de CCTV 1, la première chaîne chinoise d’État. On y voit dans une salle de classe des étudiants ouïghours, l’ethnie majoritaire du Xinjiang, en train de réciter en choeur des manuels de mandarin, ou des ouvriers apprenant la couture dans une usine. « Mon cerveau est simple, ma pensée est pauvre, explique un de ces ouvriers en pointant sa tête. Tous les mois, j’envoie de l’argent à ma famille, notre niveau de vie s’est amélioré grâce à l’attention que nous portent nos leaders et nos professeurs. Merci ! »

Arrestations arbitraires

Quelques heures avant le reportage de CCTV 1, l’agence de presse d’État Xinhua publiait un long entretien de Shohrat Zakir. Dans cette interview, le numéro 2 du Parti communiste au Xinjiang justifie le programme de détention à grande échelle lancé en 2017 par la « lutte contre le terrorisme et le séparatisme » et affirme que ces « centres de formation » ont « entraîné des changements notables dans le Xinjiang, avec une atmosphère saine et le déclin de pratiques impropres ». La Chine mène depuis plusieurs années une politique de sinisation dans cette province située à 3000 km de Pékin, interdisant, entre autres, les prénoms musulmans pour les enfants ou le port de longues barbes.

Quelques jours après avoir inscrit dans la loi « anti-extrémisme » l’existence des camps de détention, Pékin passe à la contre-offensive pour répondre aux critiques de la communauté internationale. Après un long mutisme, les articles, reportages ou éditos vantant la pédagogie de ces camps pullulent désormais dans les médias d’État. En appui de l’entretien de Xinhua et du reportage de CCTV 1, Hu Xijin, éditorialiste en chef du quotidien nationaliste Global Times, a gazouillé depuis la Chine — où Twitter est pourtant interdit —, que ces « centres » n’étaient « pas la solution idéale », mais qu’ils aidaient à ramener la « stabilité » dans le Xinjiang en « empêchant les civils d’êtres tués par de jeunes Ouïghours dont le cerveau a été lavé par l’extrémisme ». L’éditorialiste apporte tout de même une nuance à la propagande gouvernementale en indiquant que ces « stagiaires » ne seraient pas forcément entrés dans les centres « volontairement ». Ce qui rejoint les multiples témoignages faisant état de disparitions et d’arrestations arbitraires qui toucheraient 10 % de la population musulmane du Xinjiang.