Une foule accompagne Jayalalithaa à son dernier repos

Ministre en chef du Tamil Nadu par intermittence depuis le début des années 1990, Jayalalithaa Jayaram inspirait une adoration confinant au religieux.
Photo: Rafiq Maqbool Associated Press Ministre en chef du Tamil Nadu par intermittence depuis le début des années 1990, Jayalalithaa Jayaram inspirait une adoration confinant au religieux.

Des centaines de milliers d’Indiens ont rendu mardi un dernier hommage à Jayalalithaa Jayaram, chef de l’exécutif de l’État du Tamil Nadu (sud) disparue la veille, et qui faisait l’objet d’un impressionnant culte de la personnalité.

Extravagante ex-vedette de cinéma et figure dominante de la politique tamoule depuis des décennies, Jayalalithaa, appelée « Amma » (« Mère ») dans sa région natale, est décédée lundi soir à l’âge de 68 ans d’une longue maladie.

Enveloppée dans un drapeau indien, sa dépouille a été exposée dans un cercueil ouvert dans un bâtiment public de la capitale régionale Chennai. De longues files d’attente s’étiraient devant l’édifice pour lui rendre un ultime hommage.

De nombreuses femmes hurlaient et pleuraient. La sécurité avait été renforcée en amont de l’annonce de son décès mais les débordements tant redoutés ne s’étaient pas produits en l’état.

Le culte autour de sa personne est tel que par le passé des personnes étaient allées jusqu’à se mutiler, voire se suicider, pour lui manifester leur soutien.


Un «grand vide»

Jayalalithaa « a eu une vie très difficile dans une société dominée par les hommes mais elle a toujours été différente. Elle a toujours été incroyable. Elle avait une maîtrise parfaite de ses émotions », a déclaré à l’AFP Christina Paun, une professeur d’université de 34 ans qui s’était jointe à la foule en deuil.

« Elle laisse un grand vide et nous devrons voir qui pourra prendre sa place », a-t-elle ajouté.

Même le premier ministre indien, le nationaliste hindou Narendra Modi, a pris l’avion de New Delhi pour aller se recueillir devant la dépouille.

Après avoir été convoyé dans les rues d’une Chennai à l’arrêt, le cercueil de Jayalalithaa a été inhumé couvert de pétales de roses.

Bien que les hindous soient traditionnellement incinérés, Jayalalithaa avait demandé à être enterrée au côté de son mentor politique, M. G. Ramachandran, décédé il y a trente ans.


Adoration quasi-religieuse

Ministre en chef du Tamil Nadu par intermittence depuis le début des années 1990, Jayalalithaa inspirait une adoration confinant au religieux, nourrie par l’ubiquité de son portrait et de généreuses politiques populistes.

Les régulières accusations de corruption et d’autoritarisme n’avaient pas entamé sa popularité, malgré deux brèves incarcérations, le Tamil Nadu étant devenu sous sa férule l’un des États les plus prospères de l’Inde.

Dans une Inde du Sud où cinéma et politique sont historiquement poreux, Jayalalithaa s’était faite la championne d’un mouvement d’affirmation des communautés de basse caste.

Jouant habilement de l’aura conférée par sa célébrité cinématographique, elle avait rapidement grimpé les échelons du parti tamoul All India Anna Dravida Munnetra Kazhagam (AIADMK) sous la houlette de son protecteur, ex-acteur également, jusqu’à devenir la ministre en chef du Tamil Nadu en 1991. Elle occupera cette fonction à plusieurs reprises, régulièrement interrompues par des condamnations pour corruption.

S’étant assurée une domination sans partage dans les rangs de son parti, Jayalalithaa laisse derrière elle un énorme vide politique.