La Chine sort les griffes contre Donald Trump

La presse chinoise s’alarme des positions de Donald Trump et l’accuse d’en sous-estimer les conséquences.
Photo: Andy Wong Associated Press La presse chinoise s’alarme des positions de Donald Trump et l’accuse d’en sous-estimer les conséquences.

Donald Trump fait fausse route s’il entend soumettre la Chine à sa vision « fantasmée », avertit la presse chinoise mardi, sortant les griffes à l’heure où les « gaffes » du futur président américain apparaissent comme les prémisses d’un éventuel changement stratégique.

« Les tweets de Trump camouflent sa véritable intention : traiter la Chine comme si c’était une pièce de mouton et en trancher une portion […] Il veut piller d’autres pays pour assurer la prospérité des États-Unis », s’énerve le journal Global Times, proche du Parti communiste.

Après avoir accepté vendredi un appel de la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, le bouillant milliardaire avait accusé dimanche Pékin de « dévaluer » sa monnaie pour doper ses exportations, et de « bâtir un vaste complexe militaire en mer de Chine méridionale ».

Le gouvernement et les médias officiels chinois ont, dans un premier temps, largement ménagé Donald Trump, mettant ses sorties sur le compte de la simple « inexpérience » de celui dont Pékin avait semblé saluer la victoire.

Changement de ton mardi, où des avertissements très sévères sont adressés au magnat de l’immobilier : la presse s’alarme désormais de ses positions et l’accuse d’en sous-estimer les conséquences.

Un éditorial du Quotidien du peuple, porte-voix du Parti communiste, conseille de ne pas voir seulement dans les tweets incriminés « inexpérience » ou naïveté.

« Certains disent que Trump n’a pas d’expérience en diplomatie ou en affaires militaires […] mais en réalité, il a ses propres positions », et le souci, c’est qu’elles « ne sont pas compatibles avec la logique fondamentale des relations sino-américaines », insiste-t-il.

Préparation intensive

L’appel avec Tsai Ing-wen a été le fruit de « longs mois de préparations et de délibérations » au sein de l’équipe du futur 45e président, assurait dès dimanche le Washington Post, citant différents conseillers proches du milliardaire.

La présidente de Taïwan « figurait très tôt dans la liste » des dirigeants étrangers à contacter, expliquait ainsi Stephen Yates, ex-responsable de la sécurité nationale, assurant que le prévisible courroux de Pékin avait été pris en compte et que Donald Trump était déterminé à tenir tête à la Chine.

Le président élu est entouré de plusieurs fervents défenseurs de Taïwan soucieux d’intensifier la relation avec l’île, dont le futur secrétaire général de la Maison-Blanche, Reince Priebus.

Si le Global Times continue de s’insurger, dans sa version chinoise, contre les « provocations » d’un dirigeant « incapable de fermer sa bouche », il dénonce surtout dans un éditorial au vitriol les « intentions » cachées du président élu. Pékin « répliquera si les décisions de Trump affectent les intérêts chinois », avertit le quotidien au ton nationaliste, tout en pointant que les répercussions économiques d’une crise diplomatique « n’aideraient guère à “rendre sa grandeur à l’Amérique” ». De son côté, le quotidien étatique China Daily enjoint à ce « bleu en diplomatie » de prendre un cours accéléré en realpolitik.

« Trump peut bien mépriser le personnel diplomatique traditionnel de Washington, mais il devrait d’abord maîtriser la réalité des relations internationales, non pas seulement une vision fantasmée, avant de manier le scalpel », souligne-t-il.


«Air Force One»: annulez la commande!

Donald Trump veut un meilleur prix pour le futur super-avion présidentiel, le mythique Air Force One, et il a demandé mardi l’annulation pure et simple du contrat avec le constructeur américain Boeing. « Boeing construit un Air Force One 747 tout neuf pour les futurs présidents, mais les coûts s’envolent, plus de quatre milliards de dollars. Annulez la commande ! », a-t-il écrit sur Twitter. « […] Je pense que c’est totalement ridicule. Boeing nous fait un petit tour de passe-passe », a-t-il lancé en point de presse.