Bangladesh: les rescapés manifestent

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	Les fouilles des décombres se poursuivent à Dacca.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Munir Uz Zaman
Les fouilles des décombres se poursuivent à Dacca.

Des centaines de rescapés du pire accident industriel au Bangladesh bloquaient mardi un accès routier central pour réclamer des arriérés de salaires et des dédommagements tandis que le bilan de l’effondrement de l’immeuble textile dépassait désormais les 700 morts.

Cet immeuble, le Rana Plaza, situé dans la banlieue de Dacca, abritait cinq ateliers de confection. Lorsqu’il s’est effondré comme un château de cartes le 24 avril, plus de 3000 ouvriers étaient au travail alors que des fissures avaient été constatées la veille sur le bâtiment.


La plupart des ouvriers travaillant pour des marques occidentales d’habillement étaient payés moins de 30 euros par mois, un niveau de rémunération dénoncé publiquement par les ONG et le pape François.


Le Bangladesh est le deuxième pays exportateur de textile au monde, après la Chine. Cette industrie occupe plus de 40 % de la main d’oeuvre du pays et représente 80 % de ses exportations.


Avec l’arrêt brutal de leur travail, les rescapés du drame demandent maintenant aux propriétaires des ateliers de confection de leur verser de l’argent, correspondant à la fois à leurs salaires et à des dommages et intérêts pour les blessures physiques subies lors de l’effondrement du Rana Plaza.


Selon la police, environ 400 survivants ont bloqué mardi un accès routier reliant Dacca au sud et sud-ouest du pays en organisant un sit-in.


Les ouvriers scandaient des slogans réclamant « les salaires impayés et des dédommagements », a indiqué un responsable de la police locale, M. Asaduzzaman.


Le vice-président de l’Association bangladaise des fabricants et exportateurs de textile (BGMEA), Shahidullah Azim, a assuré que le paiement de salaires n’était qu’une question d’heures.


« Nous allons payer environ 3400 ouvriers ou leurs bénéficiaires conformément à notre loi du travail », a-t-il dit, ajoutant que la BGMEA, qui représente les 4500 usines du pays, allait verser l’équivalent de trois mois de salaires. Elle prend aussi en charge les frais médicaux de plus de 1000 ouvriers blessés dans le drame et a promis de dédommager les familles des victimes.


Mohammed Ibrahim, un représentant syndical participant au sit-in, a affirmé que les ouvriers avaient été priés de fournir des détails sur leur emploi, mais qu’aucun d’entre eux n’avait encore reçu d’argent.

 

Sur le terrain


Sur les lieux du drame, l’armée continuait de déblayer les tonnes de béton et de gravats, qui faisaient penser aux conséquences d’un puissant séisme.


Selon un membre de l’armée chargée de coordonner les secours, le capitaine Shahid Ahsan Bhuiyan, « le bilan s’élève désormais à 715 morts », après un précédent bilan de 705 morts, disant craindre de nouvelles découvertes de corps écrasés. Selon les autorités, 2437 personnes ont été secourues saines et sauves.


Un responsable de l’enquête a assuré que des vibrations dues notamment à de gros générateurs sont à l’origine de l’effondrement du Rana Plaza, qui était déjà très fragilisé selon les témoignages de témoins.


Une douzaine de personnes ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête, dont le propriétaire de l’immeuble et les propriétaires des ateliers de confection.


Selon des responsables des secours, certains corps extraits des décombres n’ont plus tous leurs membres, d’autres ont été retrouvés dans un état de décomposition avancé, rendant leur identification difficile.


Les autorités ont toutefois pu identifier certaines victimes grâce à leurs téléphones portables retrouvés dans leurs poches ou à leurs badges de travail.