Élections birmanes - La junte se dirige vers un succès électoral

Rangoon — Les partis fidèles à l'armée birmane semblaient assurés de la victoire hier, au lendemain des premières élections dans le pays depuis 20 ans, un scrutin critiqué en Occident et terni par des affrontements meurtriers entre la junte et des rebelles karens.

L'indignation occidentale contrastait avec la discrète auto-célébration à laquelle se livrait la presse locale, qui diffusait des photos de hauts-responsables, généralissime Than Shwe en tête, en train d'accomplir leur devoir civique.

«Les résultats dans tout le pays pourraient prendre une semaine», a indiqué une source birmane sous couvert de l'anonymat. «Le taux de participation est estimé à autour de 60 %», a-t-il ajouté alors qu'aucun chiffre officiel n'était encore publié et qu'observateurs et journalistes étrangers n'ont pas été autorisés à travailler.

Pendant que les responsables comptaient les bulletins, des combats entre la junte et des rebelles karens faisaient trois morts et plusieurs blessés dans la ville de Myawaddy et provoquaient l'exode de quelque 10 000 réfugiés en Thaïlande. Un signe supplémentaire des tensions entre le pouvoir central et les minorités ethniques qui font craindre depuis quelques semaines une reprise de foyers de guerre civile.

Le quotidien gouvernemental New Light of Myanmar a publié des listes de «vainqueurs» des élections dans 57 circonscriptions, dont 55 n'étaient disputées que par un seul candidat, le plus souvent pour le Parti de la solidarité et du développement de l'Union (USDP, pro-junte).

En Chine, la presse officielle a qualifié le scrutin d'«avancée». Mais Washington, Paris, Lon-dres, Bruxelles, Canberra et Tokyo ont dénoncé des élections ni justes ni équitables, après une campagne trop favorable aux militaires, sur fond d'accusations de fraude. Les élections ont été «insuffisamment transparentes, ouvertes et pluralistes», a également jugé le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.

L'USDP, créé de toute pièce par les militaires il y a quelques mois, semble assuré d'une victoire au parlement national bicaméral et dans les assemblées régionales, ne serait-ce qu'avec l'aide automatique des 25 % de sièges réservés aux militaires en activité. Et il devrait être secondé par le Parti de l'unité nationale (NUP), proche de l'ancien régime du général Ne Win (1962-1988), même si certains experts estiment qu'il pourrait ne pas s'aligner complètement sur la junte.

L'opposition continuait pour sa part à dénoncer des malversations. Le Dr Than Nyein, président de la Force démocratique nationale (NDF), a de nouveau évoqué des «tricheries», qu'il a promis de dénoncer devant la Commission électorale sur la base de «preuves».

«La stratégie générale était de tout verrouiller avant même d'organiser les élections», a estimé Donna Guest, d'Amnesty International, mais il «pourrait y avoir plus d'espace politique» à l'avenir. Le précédent scrutin en 1990 avait été remporté par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi sans jamais accéder au pouvoir.

Vingt ans plus tard, la junte n'a jamais semblé aussi forte. La LND a boycotté ce scrutin et a en conséquence été dissoute. Mme Suu Kyi, en résidence surveillée sans interruption depuis 2003 et pendant 15 des 21 dernières années, est complètement isolée. Sa dernière peine de résidence surveillée arrive à son terme le 13 novembre, suscitant de vifs espoirs pour sa libération.

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