L'armée se réorganise en prévision des élections - La junte birmane veut consolider son pouvoir politique

Le chef de la junte birmane, Than Shwe (à gauche), et ses adjoints Maung Aye (au centre) et Thura Shwe Mann, ont quitté l’armée et pourraient se retrouver au gouvernement.
Photo: Agence Reuters Le chef de la junte birmane, Than Shwe (à gauche), et ses adjoints Maung Aye (au centre) et Thura Shwe Mann, ont quitté l’armée et pourraient se retrouver au gouvernement.

Rangoun — La grande refonte à la tête de la junte birmane, qui voit les dirigeants du pays retourner à la vie civile pour se maintenir au pouvoir à la faveur des élections de novembre, a surpris jusqu'aux soldats eux-mêmes.

Plusieurs dizaines de généraux ont été promus ou ont pris leur retraite. Selon les analystes, l'objectif est de consolider la mainmise de la junte sur le pouvoir, aussi bien politique qu'auprès des forces armées.

«Peu importe qui va où et pour faire quoi, tout le monde sait dans quelle direction va ce remaniement», résume Aung Zaw, éditeur du magazine Irrawady, basé en Thaïlande. «Le régime se prépare pour préserver l'armée et le prochain gouvernement et pour s'assurer que ses hommes détiennent les positions clés pour garantir une retraite paisible à ceux qui quitteront le pouvoir.»

Selon des sources au sein de l'armée, ceux qui prennent leur retraite, souvent avant l'âge réglementaire, se présenteront aux élections législatives du 7 novembre sous l'étiquette d'un parti créé par la junte pour s'assurer le contrôle du parlement. Quant à ceux qui ont été promus à de prestigieux postes à la tête de l'armée, leur rôle sera de protéger les institutions du pays et d'encadrer le nouveau gouvernement, qui sera selon toute vraisemblance composé d'anciens militaires. Ni l'armée ni les médias officiels qui relaient les déclarations de la junte n'ont commenté ces changements.

«Il est encore un peu tôt pour savoir avec certitude ce qui arrive à chacun», a déclaré une source militaire. «Bien sûr, ceux qui viennent d'être promus sont ravis, mais pour l'instant, d'après ce que je sais, la plupart de ceux qui quittent l'armée ont été pris au dépourvu quand on leur a dit qu'ils devaient partir.»

Les élections, les premières depuis celle de 1990 qui avaient été largement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi, mais ignorées par la junte, sont jugées peu crédibles par les pays occidentaux.

Ces derniers considèrent que le processus électoral a été soigneusement conçu pour empêcher toute candidature qui n'aurait pas été approuvée par l'armée.

Les habitants de Rangoun semblent également nombreux à n'anticiper aucun changement. «Les gens n'attendent aucun changement significatif. Tout cela consiste à verser le même vin dans une bouteille neuve», dit un fonctionnaire à la retraite.

De source militaire, on indiquait la semaine dernière que le chef de la junte, Than Shwe, et ses adjoints Maung Aye et Thura Shwe Mann étaient au nombre des militaires ayant quitté l'armée, ce qui laisse penser qu'ils visent les postes de président et vice-présidents.

Les partis d'opposition sont officiellement encouragés à participer au scrutin, mais ils se plaignent de n'avoir que peu de moyens et de temps pour faire campagne.

La date limite de présentation des candidats a expiré lundi soir et la Force démocratique nationale, principal parti pro-démocratie, ne pourra briguer que 166 sièges, ce qui représente 14 % des 1163 circonscriptions du pays. Par contraste, l'USDP soutenu par la junte devrait se présenter dans chaque circonscription, a déclaré un responsable du parti. Le Parti de l'union nationale, formation alliée aux militaires, a présenté 994 candidats.

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