L'opposition birmane en désarroi - Le parti de la junte devrait remporter les élections

Des membres de la Ligue nationale pour la démocratie lisaient les journaux hier sous le regard d’anciens dirigeants du parti.
Photo: Agence Reuters Soe Zeya Des membres de la Ligue nationale pour la démocratie lisaient les journaux hier sous le regard d’anciens dirigeants du parti.

Rangoun — Appels au boycott, règles électorales draconiennes et démission de plusieurs figures de l'opposition: la junte au pouvoir en Birmanie semble garantie de remporter les élections législatives du 7 novembre.

L'opposition politique birmane apparaît plus que jamais désorientée à deux mois d'un scrutin largement considéré comme une manoeuvre visant à asseoir encore plus le pouvoir de l'armée, qui n'a nulle intention d'abandonner un pouvoir qu'elle détient depuis 48 ans.

Le responsable de la Force démocratique nationale (FDN), Khin Muang Swe, a annoncé hier qu'il ne se présenterait pas aux élections. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix en 1991, a appelé mardi les membres de son ancien parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), à boycotter le scrutin.

Ces décisions surviennent alors que les partis politiques sont confrontés à des règles électorales draconiennes et à des mesures d'intimidation de l'armée, et manquent manifestement de temps et de fonds pour recruter des candidats.

Selon des règles publiées la semaine dernière, les partis devront demander une semaine à l'avance l'autorisation d'organiser une manifestation. Discours et les articles critiques envers l'armée seront rigoureusement interdits et les autorités pourront interdire aux manifestants «de brandir des drapeaux et de crier des slogans».

«C'est exactement ce que veut le régime et ce qu'il avait calculé depuis le début», explique Aung Naing Oo, une universitaire birmane vivant en Thaïlande. «Le chef de la junte, Than Shwe, a pour seule stratégie de diviser et de règner, une opposition affaiblie est exactement ce dont il a besoin.»

La plupart des experts et l'opposition estiment que l'armée a formé son propre parti, l'Union de la solidarité et du développement (PUSD), pour s'assurer de remporter la plupart des sièges d'un parlement dont elle nomme les membres.

Le PUSD est impopulaire aux yeux des Birmans qui ont voté massivement pour le parti de Suu Kyi lors du scrutin de 1990 dont les résultats n'avaient pas été pris en compte.

Mais la victoire du PUSD semble néanmoins inéluctable face à une opposition moribonde qui n'a pas les moyens de faire campagne librement et manque de fonds pour présenter des candidats dans chaque circonscription.

L'opposition peine en outre à adopter une position commune face au scrutin. L'Union démocratique a fait savoir la semaine dernière qu'elle boycotterait l'élection si elle estimait que le scrutin ne sera ni libre ni juste. Son responsable, Phyo Min Thein, a démissionné de ses fonctions le 15 août jugeant impossible l'organisation d'élections justes.

Une position que ne partage pas Thu Wai, président du Parti démocratique et ancien prisonnier politique, qui estime qu'un boycott ferait le jeu de la junte militaire et lui offrirait une légitimité. Les lois électorales sont tellement strictes, dit-il, que le PUSD n'a même pas besoin de tricher pour gagner.

Les partis de l'opposition «sont divisés sur la question du pis-aller», explique Christopher Roberts, expert de la Birmanie à l'Université de Canberra en Australie. «Doivent-ils entériner un processus de moindre mal ou adopter une posture de principe et boycotter le scrutin pour prôner un meilleur modèle de démocratie? Dans un cas comme dans l'autre, l'opposition ne devrait pas donner de fil à retordre aux généraux et à leurs partisans.»

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