Népal: les accords de paix tiennent à un fil

Jeunes maoïstes lors d’un rassemblement à Katmandou, la capitale du Népal.
Photo: Agence Reuters Gophal Chitrakar Jeunes maoïstes lors d’un rassemblement à Katmandou, la capitale du Népal.

Katmandou — Le Népal était politiquement au bord du précipice, une entente de la onzième heure a sauvé le pays d'une crise qui aurait pu porter un coup fatal aux accords de paix de 2006, déjà bien chancelants. Gagnants immédiats du bras de fer: les maoïstes. Avec la promesse que le premier ministre, Madhav Kumar Nepal, démissionnera à brève échéance, démission dont les maoïstes avaient fait une condition sine qua non, l'entente ouvre la voie à leur retour au pouvoir à la tête d'un gouvernement d'unité nationale.

En l'absence d'un compromis, arraché dans la nuit de vendredi à samedi, le Népal s'exposait à un vide béant de l'autorité. Les élections de 2008, auxquelles participaient pour la première fois les maoïstes après dix ans de guérilla et 12 000 morts, avaient élu une assemblée constituante (AC) d'une durée de vie de deux ans avec pour mandat celui de rédiger une nouvelle constitution démocratique. Or, l'échéance, qui expirait vendredi soir dernier à minuit, n'a pas été respectée, les trois principales forces du pays — les communistes et le Congrès népalais, d'une part, les maoïstes, de l'autre — ayant passé le plus clair des deux dernières années à se disputer le pouvoir. Querelles d'autant plus navrantes que les accords de 2006 étaient considérés, au moment de leur signature, comme un modèle de résolution des conflits.

L'impasse angoissait la rue népalaise depuis plusieurs jours. L'AC ayant épuisé sa durée de vie constitutionnelle aurait été dissoute et le gouvernement actuel aurait perdu toute légitimité. Qui prendrait le relais? L'armée? Signe d'affolement général, certains sont allés jusqu'à évoquer la possibilité que l'Inde — dont l'influence tutélaire agace profondément une grande partie des Népalais — décide aussi de s'en mêler militairement. Et comment réagiraient les maoïstes, qui ont de loin l'organisation la plus militante? Allaient-ils reprendre les armes?

En position de force, les dirigeants maoïstes n'ont pas bougé d'un iota pendant ces tractations: au final, ils ont accepté, contre la démission du premier ministre Kumar Nepal et la formation d'un gouvernement d'unité nationale qu'ils comptent bien diriger, que la vie de l'AC — où ils sont le premier parti avec 40 % des sièges — soit prolongée d'un an.

«Les maoïstes étaient tout à fait prêts à laisser mourir le parlement s'ils n'obtenaient pas ce qu'ils voulaient, dit Dhruba Adhikary, analyste et correspondant de l'Asia Times Online. Il faut comprendre qu'ils sont extrêmement sûrs d'eux: d'obscur groupuscule de l'ouest du pays, ils sont devenus en dix ans à peine un phénomène national. Convaincus de pouvoir remporter la guerre, d'une manière ou d'une autre, ils étaient prêts à perdre une bataille.»

Croisé samedi matin à son domicile de Katmandou, le ministre de l'Énergie, Prakash Sharan Mahat, membre du Congrès népalais et de la coalition sortante, ne cachait pas son antipathie pour les maoïstes — qui le lui rendent bien: «C'est de la terreur psychologique. Tout ce qu'ils veulent, c'est le pouvoir.»

Alors, quoi? C'est sous surveillance monarchiste que le multipartisme est né en 1991 au Népal sous pression populaire. La monarchie, elle, n'a définitivement été abolie qu'en 2008. Près de vingt ans d'expérimentation démocratique marquée au sceau d'une instabilité politique chronique. «Ça ne sera pas facile», dit le ministre Mahat sans s'étendre sur le sujet. L'entente de dernière heure a sauvé les meubles. Comment, maintenant, les trois principales forces vont-elles appliquer l'entente — hier déjà, des divergences apparaissaient au sujet des modalités de son application —, se partager le pouvoir et former un gouvernement de consensus capable de fonctionner? Comment, ensuite, la même AC va-t-elle réussir dans les douze prochains mois à rédiger une constitution là où elle a échoué au cours des deux dernières années? Les maoïstes ont formé une première fois le gouvernement à partir d'août 2008, après leur victoire aux élections, avant d'en claquer la porte en mai 2009 sur fond de désaccord avec l'armée népalaise au sujet de l'intégration des rebelles maoïstes. Aux dernières nouvelles, cette question clé des accords de paix n'était pas résolue.