Les maoïstes menacent de boycotter le gouvernement - Le Népal élit son premier président

Le premier président du Népal Ram Baran Yadav hier après sa nomination.
Photo: Agence Reuters Le premier président du Népal Ram Baran Yadav hier après sa nomination.

Katmandou — Les parlementaires népalais ont élu hier le premier président de la jeune République et rejeté le candidat soutenu par les maoïstes, un choix porteur de tensions politiques.

Les élus de l'assemblée constituante ont désigné Ram Baran Yadav, le candidat du Parti du Congrès, qui est la deuxième formation politique derrière le parti des anciens rebelles. Il a recueilli en sa faveur 308 des 590 voix exprimées, battant Ramraja Prasad Singh, lequel avait le soutien des anciens insurgés, vainqueurs des élections d'avril dernier, avec 220 élus, ont rapporté des responsables. Peu après sa victoire, le président élu a eu un entretien avec son mentor en politique, le premier ministre népalais Girija Prasad Koirala, qui a 83 ans.

Il s'agissait du premier vote important de cette assemblée depuis que ses membres ont aboli, le 28 mai, la monarchie en place depuis 239 ans et proclamé la république, dans le cadre du processus de paix qui a mis fin à dix ans de guerre civile entre le pouvoir monarchique et l'insurrection maoïste. Les trois candidats à la présidence, un poste essentiellement honorifique, étaient originaires de la région du Madesh, pour contribuer sans doute à unifier un pays déchiré depuis des décennies entre les habitants des montagnes et les gens de ces plaines fertiles du sud du pays, qui revendiquent l'autonomie.

Âgé de 61 ans, Ram Baran Yadav a reçu le soutien du Parti communiste marxiste-léniniste unifié et du Forum Madeshi des droits du peuple, respectivement troisième et quatrième forces politiques à l'assemblée.

Mais sa désignation a déclenché la colère des maoïstes, qui laissent planer le doute sur la formation d'un gouvernement avec à sa tête leur chef de file, Prachanda.

Les maoïstes en colère

«C'est le résultat d'une alliance contre nature», a déclaré Matrika Yadav, un haut dirigeant maoïste. «Nous ne formerons pas le gouvernement. [...] Nous jouerons le rôle d'une opposition forte et nous aiderons à préparer la Constitution.»

Le porte-parole des maoïstes, Krishna Bahadur Mahara, a assuré qu'aucune décision n'avait encore été prise, ce qui reflète aux yeux des observateurs les divisions internes de l'ancien mouvement rebelle.

«Les maoïstes pensaient avoir un mandat pour obtenir à la fois la présidence et le poste de premier ministre. Les autres partis ont jugé que le pouvoir serait trop concentré aux mains des maoïstes», explique le rédacteur en chef du Nepali Times, Kunda Dixit. «Je m'attends à ce que, d'ici une semaine environ, les maoïstes commencent à former un gouvernement. Ils seront soumis à une forte pression en ce sens, à la fois de la part des électeurs et de la communauté internationale.»

Le candidat soutenu par les maoïstes, Singh, 73 ans, est un militant républicain qui avait organisé une série d'attentats à la bombe, dont des attaques contre le Parlement et le palais royal en 1985.

Cette incertitude politique survient dans une conjoncture économique heurtée, marquée par la forte hausse des prix pétroliers et alimentaires. Selon l'ONU, plus de six millions d'habitants du pays, sur un total de 26,4 millions, ont un besoin urgent d'aide alimentaire ou sont menacés de pénurie.