Bolsonaro accusé d’avoir laissé la COVID-19 tuer des Brésiliens

Selon un groupe de sénateurs, le président Jair Bolsonaro aurait délibérément favorisé la propagation du virus, qui a fait plus de 600 000 morts dans ce pays depuis le début de la crise sanitaire.
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse Selon un groupe de sénateurs, le président Jair Bolsonaro aurait délibérément favorisé la propagation du virus, qui a fait plus de 600 000 morts dans ce pays depuis le début de la crise sanitaire.

Après l’inaction, les sanctions. Au terme de six mois d’enquête et de 50 auditions de témoins, le comité du Sénat brésilien chargé de faire la lumière sur la gestion de la pandémie de COVID-19 dans ce pays se prépare à recommander de porter des accusations de meurtre de masse contre l’actuel président Jair Bolsonaro.

Selon ce groupe de sénateurs, le populiste aurait délibérément favorisé la propagation du virus qui a fait plus de 600 000 morts au Brésil depuis le début de la crise sanitaire, soit le bilan mondial le plus lourd au monde après les États-Unis, où la pandémie s’est répandue à très grande vitesse en 2020 sous la présidence d’un autre populiste, Donald Trump.

« Le président de la République, Jair Messias Bolsonaro, n’a pas respecté son obligation légale d’empêcher la mort de milliers de Brésiliens pendant la pandémie de COVID-19, a commis, par sa conduite […] un homicide volontaire, et ce, compte tenu de sa décision délibérée de ne pas acquérir des vaccins disponibles contre le SRAS-CoV-2 entre juillet 2020 et janvier 2021 », peut-on lire dans le rapport cité mardi par le journal brésilien O Globo.

En 1200 pages, le document, qui doit être rendu public mercredi, appelle également à la mise en accusation de 69 autres personnes, dont les trois fils du président, ainsi que des membres actuels et passés du gouvernement et de la fonction publique.

Tout en tenant Bolsonaro responsable directement de 300 000 décès, soit la moitié du bilan total, le comité sénatorial exhorte les autorités judiciaires à arrêter et emprisonner l’actuel président pour un total de neuf chefs d’accusation, dont « crime contre l’humanité » et « falsification de documents ».

« Beaucoup de ces décès étaient évitables », a indiqué Renan Calheiros, sénateur centriste brésilien et auteur principal du rapport, dans une entrevue au New York Times, qui a pris connaissance en amont du rapport sénatorial. « Je suis personnellement convaincu qu’il est responsable de l’aggravation de ce massacre. »

Soupçons de corruption

Dans les grandes lignes, le rapport écrit par 11 sénateurs, dont sept sont des opposants au populiste, accuse Jair Bolsonaro de « génocide » contre les communautés autochtones de l’Amazonie où le virus a décimé des milliers de personnes l’an dernier en raison de graves problèmes d’approvisionnement en oxygène dans les hôpitaux de la région.

Le populiste est également pointé du doigt pour avoir fait la promotion de traitements fantaisistes, comme l’hydroxychloroquine, et ce, bien après qu’ils se sont révélés inefficaces pour traiter la COVID-19, mais aussi pour avoir ignoré plus de 100 appels de Pfizer pour l’approvisionnement du pays en vaccin.

Le pays avait alors préféré un autre fournisseur, l’indien Bharat Biotech et son Covaxin, pourtant non approuvé par l’OMS. Le contrat a été annulé par la suite en raison de forts soupçons de corruption et de versement de pots-de-vin.

À l’image de Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro est entré dans la pandémie de COVID-19 avec un fort sentiment de défiance envers les institutions scientifiques, médicales et politiques de son pays, mais aussi en minimisant les conséquences létales de la maladie, qu’il a qualifiée dès le départ de « petite grippe ».

Le président n’a jamais cessé de s’opposer aux mesures sanitaires visant à réduire la propagation du virus, et ce, même après avoir contracté lui-même la maladie en juillet 2020. Encore la semaine dernière, il a indiqué qu’il allait être le dernier Brésilien à être vacciné, refusant cette protection sous prétexte d’avoir « plus d’anticorps que ceux qui sont vaccinés », selon lui.

« Nous continuons de vivre avec ce discours officiel de Bolsonaro, qui ne croit pas à la vaccination », a dit en entrevue au Devoir la pneumologue Margareth Dalcolmo, professeure à l’École nationale de santé publique de la Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz). « Le Brésil est capable de vacciner deux millions de personnes par jour, mais nous n’avons pas atteint ce niveau, car le réseau de la santé a été démantelé par le régime en place qui, en plus, nous a fait entrer dans cette pandémie sans coordination centrale. »

Actuellement, près de 50 % des Brésiliens sont correctement vaccinés contre la COVID-19, un niveau toujours insuffisant pour sortir de la crise sanitaire.

La semaine dernière, Jair Bolsonaro s’est vu refuser l’entrée dans un stade de soccer de São Paulo, incapable de présenter un passeport vaccinal, comme imposé par l’équipe du Santos qui y rencontrait celle du Grêmio, ont rapporté plusieurs médias brésiliens.

Division politique

Le rapport du comité sénatorial doit être soumis au vote des sénateurs la semaine prochaine. S’il est approuvé, le procureur général du Brésil aura alors 30 jours pour décider de poursuivre ou non le président, une issue plus qu’improbable toutefois, puisque le titulaire de cette fonction est un proche de Bolsonaro et que la chambre basse est majoritairement contrôlée par ses partisans.

Mardi, le populiste a d’ailleurs raillé les conclusions de ce comité en qualifiant son auteur principal de « sale » devant un groupe d’admirateurs et en s’amusant d’avoir été « inculpé de meurtre aujourd’hui », a rapporté CNN Brazil. Le comité sénatorial pourrait également se tourner devant la Cour suprême du Brésil et la Cour pénale internationale de La Haye pour faire condamner l’actuel président.

À près d’un an du prochain scrutin présidentiel, Jair Bolsonaro entretient les divisions dans son pays, et ce, alors que sa cote de popularité est en chute libre et que sa gestion de la pandémie est sévèrement jugée par une très grande majorité de Brésiliens, hypothéquant ainsi ses ambitions de décrocher un second mandat.

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