Miguel Diaz-Canel élu à la tête du Parti communiste cubain

Miguel Diaz-Canel (à gauche) a été élu, lundi, au poste de premier secrétaire du parti par les délégués de la formation politique en remplacement de Raul Castro.
Photo: Ariel Ley Royero Associated Press Miguel Diaz-Canel (à gauche) a été élu, lundi, au poste de premier secrétaire du parti par les délégués de la formation politique en remplacement de Raul Castro.

Cuba a tourné la page lundi des frères Castro avec le départ à la retraite de Raul, à l’âge de 89 ans. Un symbole fort, mais qui ne change en rien la suprématie du Parti communiste comme parti unique.

« Le camarade Raul […], par sa légitimité et parce que Cuba a besoin de lui, sera consulté sur les décisions stratégiques de plus grande importance pour le destin de la nation », a indiqué le président Miguel Diaz-Canel, qui a été élu au poste de premier secrétaire du parti par les délégués de la formation politique en remplacement de Castro.

« Le général continuera à être présent, car il est une référence pour tout communiste et pour tout révolutionnaire cubain », a-t-il insisté, soulignant que le frère du líder máximo est « prêt à affronter l’impérialisme en première ligne avec son fusil » en cas « d’erreur ou de manquement ».

Moi, depuis que je suis né, je ne connais qu’un seul parti. Et personne ne meurt de faim, c’est vrai.

 

Le changement de garde a eu lieu 60 ans jour pour jour après la victoire cubaine contre l’attaque de la baie des cochons pilotée par les États-Unis. Il survient également à un moment critique pour l’île, plongée dans sa pire crise économique en 30 ans sous l’effet de la pandémie de COVID-19 et du renforcement de l’embargo américain imposé depuis 1962.

Pour l’immense majorité des 11,2 millions de Cubains, il n’y a jamais eu qu’un Castro — Fidel, puis son frère Raul — aux manettes. « Depuis que je suis né, je ne connais qu’un seul parti », confie Miguel Gainza, un artisan croisé dans le quartier historique de La Havane. « Et personne ne meurt de faim, c’est vrai. »

Mais aujourd’hui, « on est un peu coincés, et c’est dommage que Fidel soit mort, car lui réglait tous les problèmes », ajoute l’homme de 58 ans.

Rêver

Pendant que les 300 délégués du parti — qui compte 700 000 membres officiellement — étaient réunis à La Havane, dans un quartier aux accès fermés par la police, les Cubains, eux, avaient l’esprit ailleurs. La plupart se disent fatigués des pénuries et des interminables files d’attente, dans un pays obligé d’importer 80 % de ce que sa population consomme.

Et les jeunes, nombreux chaque année à s’exiler faute de débouchés, expriment de plus en plus leurs frustrations sur les réseaux sociaux, dopés par l’arrivée de l’Internet sans fil fin 2018.

Mais pour le gouvernement, échauffé par quatre années de sanctions du gouvernement Trump, la guerre idéologique reste primordiale. « L’existence à Cuba d’un parti unique a été et sera toujours la cible des campagnes [des États-Unis] déterminé [s] à fragmenter et à diviser les Cubains avec les chants des sirènes de la sacro-sainte démocratie bourgeoise », a clamé Raul Castro, appelant les nouvelles générations à « protéger avec zèle » le dogme du parti unique.

Dans la pizzeria où il travaille avec du rap en musique de fond, Luis Enrique Oramas, 30 ans, se prend à rêver qu’un jour les autorités laisseront « les gens penser ce qu’ils veulent ». « La majorité des gens voudraient ça, plutôt que ce qu’on a maintenant, un parti où tout le monde pense pareil », soutient-il.

Grogne

Et un parti vieillissant, aussi. Certes, la génération historique — ceux qui ont fait la révolution de 1959 — est sortie du Bureau politique, le cœur du pouvoir à Cuba. Mais sa nouvelle composition montre une moyenne d’âge de près de 62 ans et seulement 3 femmes sur 14. Dans le parti, 42,6 % des militants ont plus de 55 ans.

« Face à l’immobilisme du gouvernement Biden qui a laissé intacte la politique de Trump, et au défi d’un Cuba plus connecté et internationalisé, les élites cubaines serrent les rangs en repoussant tout débat interne », regrette Arturo Lopez-Levy, chercheur cubain à l’Université Holy Names en Californie.

Pendant le congrès, des dizaines de militants, journalistes indépendants et artistes ont dénoncé sur Twitter le fait d’être empêchés par la police de sortir de chez eux, une technique utilisée par les autorités pour bloquer tout rassemblement. D’autres ont dit avoir subi des coupures de téléphone et d’Internet.

« Que craignent les assistants au congrès ? Que l’on ruine leur fête de faux-semblants. Pendant qu’ils se donnent des tapes sur l’épaule pour maintenir leur régime autoritaire, ils harcèlent et emprisonnent chez eux des activistes et journalistes », a gazouillé Erika Guevara-Rosas, directrice d’Amnesty International pour les Amériques.

Ces derniers mois, le Web a été le moteur d’une grogne sociale inédite, dans ce pays où les manifestations sont rarissimes. Grâce à lui, artistes, dissidents et défenseurs des animaux se sont mobilisés dans les rues.

En réponse, le parti a adopté une résolution pour renforcer « l’activisme révolutionnaire sur les réseaux sociaux » et lutter contre leur « subversion ».

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