Le premier tour de la présidentielle est serré au Pérou

Le vote est obligatoire au Pérou sous peine d’amende. De nombreux Péruviens se sont rendus aux urnes à contrecœur, plus préoccupés par les chiffres alarmants de la pandémie, qui a déjà fait plus de 54 000 morts pour 33 millions d’habitants, que par l’élection.
Sharon Castellanos Associated Press Le vote est obligatoire au Pérou sous peine d’amende. De nombreux Péruviens se sont rendus aux urnes à contrecœur, plus préoccupés par les chiffres alarmants de la pandémie, qui a déjà fait plus de 54 000 morts pour 33 millions d’habitants, que par l’élection.

Les Péruviens attendaient dimanche soir à 21 h 30 le résultat du premier tourde l’élection présidentielle qui s’annonce serré après un scrutin qui s’est déroulé sans incident, mais en pleine envolée de l’épidémie de COVID-19. Les quelque 11 000 bureaux de vote ont fermé à 19 h, heure locale, selon l’autorité électorale. Les premiers résultats partiels étaient attendus vers 23 h 30 h. L’annonce des résultats officiels des législatives devrait prendre plusieurs jours.

Selon un premier sondage Ipsos réalisé à la sortie des urnes, l’enseignant Pedro Castillo (gauche) serait en tête avec quelque 16,1 % des voix, suivi à égalité (11,9 %) par Keiko Fujimori (droite populiste), la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000) qui se présentait pour la troisième fois, et l’économiste libéral Hernando Soto.

Juste derrière figurent l’ex-député Yohny Lescano (11 %, centre droit) et l’homme d’affaires Rafael Lopez Aliaga (10,5 %, extrême droite). Mais les tendances sont tellement serrées qu’elles pourraient facilement évoluer au fil du décompte officiel des voix.

Ce scrutin particulièrement incertain a eu lieu alors que le pays a connu sa semaine la plus meurtrière en 13 mois de pandémie, avec un record de 384 morts samedi, le double de la moyenne quotidienne des dix dernières semaines.

Au total, 18 candidats étaient en lice pour cette présidentielle où aucun favori n’avait émergé pendant la campagne. Le deuxième tour, auquel participeront les deux candidats ayant obtenu le plus de voix dimanche, aura lieu le 6 juin.

« Je ne voulais pas voter parce qu’il n’y a pas de candidat idéal, mais j’ai encore plus peur que des radicaux entrent au gouvernement », a déclaré à l’AFP Johnny Samaniego, 51 ans, au Stade national de Lima.

Le vote est obligatoire au Pérou sous peine d’amende. De nombreux Péruviens se sont rendus aux urnes à contrecœur, plus préoccupés par les chiffres alarmants de la pandémie qui a déjà fait plus de 54 000 morts pour 33 millions d’habitants, que par l’élection. Les pauvres en particulier ne peuvent pas se permettre de payer l’amende de 88 soles (24 dollars). « Nous avons peur d’être contaminés, car cette pandémie est terrible, mais je dois quand même voter », explique à l’AFP Nancy Retamozo, 58 ans, dans le quartier pauvre de Pampelune, à Lima.

Avant le vote, Keiko Fujimori, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), qui avait dû s’incliner au second tour en 2011 et 2016, avait exhorté les électeurs à « respecter avec beaucoup de prudence et de sérénité » les résultats du vote.

Outre leur président, les 25 millions d’électeurs sont appelés à élire les 130 députés du Parlement, à l’origine de nombreuses crises institutionnelles ces dernières années. La dernière, en novembre 2020, a conduit le Pérou à avoir trois présidents en une semaine.

Destitué par le Parlement pour « incapacité morale » sur fond d’accusation de pots-de-vin présumés, le populaire chef de l’État Martin Vizcarra a été remplacé par l’opposant Manuel Merino, le président du Parlement. Forcé cinq jours plus tard à la démission sous la pression de la rue, ce dernier est alors remplacé par le député modéré Francisco Sagasti.

En quête d’oxygène

Dimanche, outre les files d’électeurs, celles de Péruviens tentant d’obtenir des bouteilles d’oxygène pour des malades de la COVID-19 étaient également visibles à Lima.

« Alors que nous devrions être en train de patienter pour voter, nous avons dû nous lever à l’aube pour obtenir une bonbonne d’oxygène », explique à l’AFP Micaela Lizama, 38 ans, qui patiente devant un local de distribution à Villa El Salvador, un quartier de la capitale. « Trouver de l’oxygène, c’est le principal pour moi », renchérit Mario Tinoco, 52 ans, qui dit préférer payer l’amende prévue par la loi.

L’ancien président Vizcarra avait proposé en janvier de reporter les élections au 23 mai, mais sa proposition n’a reçu aucun soutien. Pendant la campagne électorale, six candidats à la présidence ont contracté la COVID-19.

La pandémie a frappé de plein fouet le Pérou, dont le système de santé souffre depuis des années d’un sous-investissement chronique. La pénurie récurrente d’oxygène force les gens à patienter des heures, voire des jours, pour tenter de sauver leurs proches.

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