Au Chili, la mobilisation reste forte

Un rassemblement contre le gouvernement chilien à Santiago, mardi
Photo: Javier Torres Agence France-Presse Un rassemblement contre le gouvernement chilien à Santiago, mardi

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont une nouvelle fois descendus dans les rues mardi au Chili pour réclamer au gouvernement de profondes réformes sociales, une persistance de la crise sociale qui commence à peser sur l’économie du pays.

Plus de 80 000 personnes ont défilé dans le centre de Santiago à l’appel de plusieurs organisations sociales, a annoncé le sous-secrétaire à l’Intérieur, Rodrigo Ubilla, qui a également évoqué « quelques incidents violents isolés ».

Les manifestants, brandissant des drapeaux chiliens et des banderoles syndicales, se sont rassemblés sur l’emblématique Plaza Italia, dans le centre de la capitale, pour se rendre ensuite au siège de la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), plus puissant syndicat du pays, a constaté l’AFP.

« Il y a beaucoup de mécontentement sur de nombreux sujets […] l’éducation, la santé, l’exploitation des ressources naturelles. Tout ce qu’a proposé le président [Sebastian Piñera] est insuffisant, c’est une farce ! », a dénoncé Karen Delgado, une manifestante de 29 ans.

La manifestation s’est déroulée dans le calme, à l’exception de quelques incidents en fin de cortège lorsque les forces de l’ordre ont brièvement fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants près du palais présidentiel de La Moneda.

L’appel à une « grève générale » dans les secteurs publics avait été lancé par une centaine d’organisations sociales, dont la CUT et de nombreux syndicats des secteurs de l’éducation, de la santé, des services portuaires et douaniers.

De nombreuses écoles étaient fermées et les cours dans les universités n’ont pas repris depuis l’éclatement de la crise sociale le 18 octobre, déclenchée par une hausse du prix du billet de métro dans la capitale.

Des barricades ont été érigées sur plusieurs artères de la ville, gênant la circulation. Les transports publics fonctionnaient toutefois quasi normalement et aucune perturbation n’était constatée à l’aéroport international de Santiago.

La mobilisation restait également forte dans le reste du pays, dans les villes d’Arica, Antofagasta (nord), Puenta Arenas (sud), Concepcion (centre), Rancagua et Valparaiso, où siège le Parlement qui a suspendu ses activités pour la journée.

La monnaie chute

Conséquence de la persistance de cette vague de contestation sans précédent dans un pays loué jusque-là pour sa stabilité, la monnaie chilienne a chuté à la mi-journée mardi à un plus bas historique (-5,3 %), un dollar s’échangeant à 800 pesos.

Le précédent record à la baisse remontait au 10 octobre 2002, 761 pesos étant alors nécessaires pour obtenir un billet vert. La Bourse de Santiago était également en baisse, de 3,38 % à la mi-journée.

« C’est un signe d’inquiétude que nous suivons avec beaucoup d’attention », a réagi le ministre des Finances, Ignacio Briones. La Banque centrale a indiqué de son côté qu’une telle baisse était « attendue dans un contexte de plus grande incertitude » en raison notamment de la persistance de la crise.

Près d’un mois après le début de la fronde sociale, la mobilisation ne faiblit pas, malgré plusieurs concessions du gouvernement, impensables encore il y a quelques semaines.

Le président conservateur Sebastian Piñera a notamment accepté une modification de la Constitution, héritée de la période de la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), une forte revendication des manifestants.

Le gouvernement a également conclu deux accords avec l’opposition sur le budget 2020 et pour une réforme fiscale destinés à financer les mesures sociales annoncées pour tenter d’apaiser la colère sociale.

Mais les syndicats réclament des réformes plus profondes, notamment du système de retraite, totalement privatisé, une hausse du budget de la santé publique et une augmentation du salaire minimum.

Pour tenter de trouver une sortie de crise consensuelle, le chef de l’État a également rencontré les ex-présidents de centre gauche Eduardo Frei (1994-2000) et Ricardo Lagos (2000-2006).

Il s’est aussi entretenu par téléphone avec l’ex-présidente socialiste Michelle Bachelet (2006-2010 et 2014-2018), désormais Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.

Parmi les secteurs économiques les plus touchés figurent notamment le commerce et le tourisme. Selon la Chambre de commerce de Santiago, les ventes ont chuté en moyenne de 50 % dans la capitale depuis le début de la contestation.

Le gouvernement indique que la baisse du PIB en octobre devrait atteindre 0,5 %.