L’ex-président bolivien Evo Morales trouve asile au Mexique

En polo bleu ciel et en jeans, très souriant, Evo Morales a serré la main du chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, venu l’accueillir.
Photo: Pedro Pardo Agence France-Presse En polo bleu ciel et en jeans, très souriant, Evo Morales a serré la main du chef de la diplomatie mexicaine, Marcelo Ebrard, venu l’accueillir.

L’ancien président bolivien Evo Morales a promis mardi de poursuivre « la lutte », à son arrivée au Mexique, qui lui a accordé l’asile politique après sa démission à l’issue de trois semaines de contestation violente.

C’est dans ce contexte qu’à La Paz, la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, s’est proclamée présidente par intérim.

« Le coup d’État le plus astucieux et le plus odieux de l’histoire a eu lieu », a aussitôt réagi sur Twitter l’ex-chef de l’État socialiste depuis son exil au Mexique, dénonçant la proclamation de Mme Añez, « entourée d’un groupe de complices et dirigée par l’armée et la police qui répriment le peuple ».

Depuis Mexico, où il est arrivé dans l’après-midi en avion militaire après un périple rocambolesque de seize heures au gré des ordres et contre-ordres des pays latino-américains survolés, M. Morales a promis de poursuivre « la lutte », affirmant qu’il ne cesserait pas de « faire de la politique ».

« Tous les peuples ont le droit de se libérer », a dit celui qui a longtemps incarné un symbole d’émancipation pour les populations indigènes de son pays.

Il a aussi remercié Mexico de lui avoir « sauvé la vie ».

Il était notamment accompagné de l’ancien vice-président Alvaro Garcia Linera et de l’ancienne ministre de la Santé, Gabriela Montaño.

« Frères et soeurs, je pars pour le Mexique », avait twitté lundi soir Evo Morales, qui a démissionné dimanche après avoir été lâché par l’armée. « Ça me fait mal d’abandonner le pays pour des raisons politiques, mais […] je reviendrai bientôt avec plus de force et d’énergie ».

Le chef de l’État s’était retrouvé de plus en plus isolé tandis que la crise politique s’accélérait soudainement en Bolivie, où une grève générale et les manifestations paralysaient l’activité depuis une dizaine de jours.

Le ministre mexicain des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, avait assuré lundi que son gouvernement avait été sollicité par M. Morales : « Il nous a demandé verbalement et de façon officielle de lui accorder l’asile politique ».

Climat de violence

« Après avoir pillé et tenté d’incendier ma maison à Villa Victoria, des groupes de vandales des putschistes [Carlos] Mesa et [Luis Fernando] Camacho ont fait irruption chez moi dans le quartier de Magisterio à Cochabamba. Je suis très reconnaissant à mes voisins qui ont arrêté ces raids », a tweeté Evo Morales, 60 ans.

M. Mesa est le candidat d’opposition qui réclamait un second tour à la dernière élection présidentielle et M. Camacho le fer de lance de la révolte populaire contre le résultat du scrutin de fin octobre, jugé frauduleux.

Dans la foulée du président socialiste, ont également démissionné les successeurs prévus par la Constitution, à savoir le vice-président Alvaro Garcia Linera, la présidente et le vice-président du Sénat ainsi que le président de la Chambre des députés.

La deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, issue de l’opposition, a revendiqué la présidence par intérim, malgré l’absence de quorum au Parlement, arguant de « la nécessité de créer un climat de paix sociale ».

« Nous souhaitons convoquer des élections au plus vite », a ajouté la sénatrice de 52 ans. Une élection présidentielle doit être convoquée dans les 90 jours suivant la démission du chef de l’État, selon la Constitution.

« Nous ne pouvons pas être sans gouvernement », avait déclaré Mme Añez aux médias en arrivant au Parlement plus tôt dans la journée.

Dans les rues, un tel climat de violence s’est installé que la police, s’estimant « dépassée » par la situation, a demandé lundi l’aide de l’armée.

La police a également annoncé la mort du colonel Heybert Antelo, chef des forces du maintien de l’ordre de La Paz qui s’étaient mutinées samedi. L’officier a succombé à ses blessures après un accident de moto provoqué par une « embuscade » de partisans d’Evo Morales, selon son successeur, le colonel Rojas.

Les forces de l’ordre ont été déployées dans La Paz, tandis que des partisans d’Evo Morales se concentraient sur la place San Francisco, non loin du Parlement.