ONU: le pacte sur l’immigration critiqué au Forum social mondial des migrations

La caravane de quelque 4000 migrants provenant de l’Amérique centrale, surtout du Honduras, a fait un arrêt dimanche à Mexico, capitale du Mexique.
Photo: Alfredo Estrella Agence France-Presse La caravane de quelque 4000 migrants provenant de l’Amérique centrale, surtout du Honduras, a fait un arrêt dimanche à Mexico, capitale du Mexique.

Divers groupes réunis à Mexico dans le cadre du Forum social mondial des migrations ont sévèrement critiqué le pacte des Nations unies que les chefs d’État s’apprêtent à ratifier sur le sujet en décembre. Ces groupes de défense des droits des migrants ont soutenu que le pacte, en plus d’être non contraignant, s’apparente davantage à « un instrument au service des pays riches » plutôt qu’un outil censé protéger les droits des migrants.

« Il peut servir, d’une part, pour justifier des politiques d’exclusion et de criminalisation des migrants et, d’autre part, pour concrétiser les rêves des pays du Nord, à savoir l’immigration choisie (qui vide les pays du Sud de leurs compétences) et l’immigration jetable », peut-on lire dans la déclaration commune adoptée à la clôture du Forum dimanche.

Celle-ci a d’ailleurs pris tout son sens alors que la caravane de migrants d’Amérique centrale devait arriver à Mexico en soirée. Partis du Honduras le 13 octobre dernier, au moins 500 des quelque 7000 migrants sont arrivés dimanche en fin d’après-midi dans la capitale grâce à des autobus nolisés par le gouvernement du district fédéral et ont été logés dans un stade près de l’aéroport. Les autres étaient attendus plus tard.

« Il y a toute une mobilisation et une grande solidarité de groupes, d’Églises surtout, qui leur donnent à manger, des vêtements, des soins de santé », a expliqué Adrian Carrasco Zanini, un photojournaliste qui suit la caravane depuis qu’elle est au Mexique. Il semblerait que le gouvernement de la capitale mexicaine soit généreux, contrairement au gouvernement du pays, qui « tolère mais sans plus », et dont le président, Enrique Peña Nieto, sera bientôt remplacé par Andrés Manuel López Obrador, apparenté à la gauche.

Vers les États-Unis

Dimanche en fin de journée, la rumeur voulait que certains autobus mis à la disposition des migrants par le gouverneur de l’État de Veracruz, issu d’un parti de droite, allaient plutôt les renvoyer au sud, ce qui a fait peur à plusieurs et retardé toute l’opération de transport.

Une grande rencontre d’information doit avoir lieu lundi matin pour offrir aux migrants des permis de travail et une certaine « permanence », a expliqué M. Carrasco Zanini. « Mais la majorité des participants que j’ai interviewés, environ 80 %, vont continuer leur voyage jusqu’au nord », a-t-il affirmé.

Car rien ne semble vouloir arrêter ces migrants — dont beaucoup de femmes, d’enfants, de personnes âgées, mais surtout de jeunes — dans leur périple jusqu’à la frontière américaine. « Ils sont déterminés. J’ai parlé à un jeune père qui m’a dit qu’il allait continuer aux États-Unis parce qu’ici, il ne peut pas offrir une vie meilleure à son fils de 5 ans qui l’accompagne », a raconté le photojournaliste.

Envoyée comme déléguée par l’organisme québécois Alternatives, Marcela Escribano admet pour sa part que les déclarations du président américain, Donald Trump, voulant que son armée allait attendre ces migrants de pied ferme, n’ont rien de rassurant. « Ça fait très peur, mais on a entendu dire que le président [américain] ne peut pas décider de tout de manière unilatérale », a-t-elle souligné. « Et je ne pense pas que le nouveau gouvernement mexicain [de gauche, qui entrera en fonction le 1er décembre] va céder [au chantage] et les réprimer. »

Un bon « timing »

Ronald Cameron, du comité québécois qui a aidé une vingtaine de délégués québécois à se rendre au Forum social mondial sur les migrations, constate que la tenue de l’événement à Mexico, alors qu’une caravane de migrants d’Amérique centrale est en train d’y converger, est une belle « coïncidence ». « Et dans le contexte des élections américaines de mi-mandat, ça ajoute une énorme pression », croit-il.

Selon lui, il est important de rappeler que tous ces migrants, qui ont entrepris la traversée d’une partie des Amériques, sont des gens vulnérables qu’il faut protéger. « Certains pensent qu’il y a des bandits là-dedans. Mais ce sont surtout des femmes, des enfants. Les hommes sont déjà partis pour trouver du travail au nord et ce sont leurs familles qui vont les rejoindre », a insisté M. Cameron. « Et il y a une responsabilité de l’ONU pour assurer un minimum de protection humanitaire à ces gens-là. »