Bolsonaro jette les bases de son pouvoir

Le nouveau chef de l’État ne prendra ses fonctions qu’en janvier, mais l’heure est déjà aux négociations avec les principales personnalités pressenties pour son gouvernement.
Photo: Silvia Izquierdo Associated Press Le nouveau chef de l’État ne prendra ses fonctions qu’en janvier, mais l’heure est déjà aux négociations avec les principales personnalités pressenties pour son gouvernement.

Au surlendemain de son élection à la présidence du Brésil, Jair Bolsonaro a réuni mardi son état-major pour choisir les membres de son futur gouvernement d’extrême droite, qui va innover avec une fusion controversée des ministères de l’Agriculture et de l’Environnement.

Il avait déjà donné le ton lundi soir, affichant lors de son premier entretien télévisé en tant que président élu toute sa détermination à libéraliser le port d’armes, ainsi que son intention de proposer le ministère de la Justice au juge Sergio Moro, figure emblématique de la lutte anticorruption.

Le nouveau chef de l’État ne prendra ses fonctions qu’en janvier, mais l’heure est déjà aux négociations avec les principales personnalités pressenties pour son gouvernement. Il s’est réuni mardi avec ses plus proches conseillers à Rio de Janeiro pour peaufiner la composition de son gouvernement, dont plusieurs noms circulent dans la presse depuis des semaines.

À l’issue de la réunion de Jair Bolsonaro avec ses proches conseillers à Rio de Janeiro, le député Onyx Lorenzoni, présenté comme le futur chef du gouvernement, a confirmé que le Brésil aurait à partir de janvier « 15 à 16 ministères », contre une trentaine actuellement. Cette réduction draconienne implique la fusion de plusieurs ministères. « L’Agriculture et l’Environnement feront partie du même ministère, comme prévu au départ », a précisé M. Lorenzoni.

Pourtant, Jair Bolsonaro avait indiqué mercredi, quatre jours avant le second tour, être « ouvert à la négociation » sur ce point très controversé de son programme.

Les écologistes considèrent que cette fusion reviendrait à sacrifier la protection de l’environnement aux intérêts du puissant lobby de l’agrobusiness, qui soutient ouvertement le président élu. Cette mesure inquiéterait même des représentants de ce lobby, qui craignent des sanctions commerciales de pays étrangers sur les exportations brésiliennes de viande ou de soja, deux productions à fort impact environnemental.

Autre fusion, autre rétropédalage : Paulo Guedes, gourou ultralibéral de Bolsonaro, a confirmé qu’il serait à la tête d’un super-ministère de l’Économie, qui réunira les ministères actuels des Finances, de la Planification, de l’Industrie et du Commerce extérieur. La semaine dernière, après une réunion avec des représentants des secteurs industriels et agricoles, il avait affirmé qu’il maintiendrait les ministères de l’Industrie et du Commerce extérieur séparés de celui de l’Économie.

Mardi à la mi-journée, la Bourse de São Paulo affichait une hausse de 3 %. Lundi, les marchés avaient accueilli avec prudence l’élection de Bolsonaro avec 55 % des suffrages, l’indice Ibovespa clôturant en baisse de 2,24 %, après avoir pris plus de 3 % à l’ouverture.

Le président élu a indiqué qu’il ira la semaine prochaine à Brasília pour y rencontrer le chef d’État actuel, Michel Temer. Onyx Lorenzoni a par ailleurs affirmé lundi que ses premiers voyages à l’étranger seront au Chili, en Israël et aux États-Unis, des pays « qui partagent notre vision du monde ».

Après une campagne au vitriol, le président élu a tenté depuis son élection de modérer son discours, promettant de défendre la Constitution et la démocratie, malgré sa nostalgie affichée de la dictature militaire (1964-1985).

Au-delà du discours conciliateur, le président élu a insisté sur ses promesses de campagne les plus radicales, notamment la libéralisation du port d’arme, dont il veut entre autres abaisser la limite d’âge de 25 à 21 ans. « Ça va diminuer la violence au Brésil, c’est sûr », avait-il lancé.

Ces déclarations très fortes ont suscité de nombreuses critiques, notamment de la part de l’écologiste Marina Silva, qui était arrivée en troisième position des deux dernières présidentielles mais n’a obtenu que 1 % des suffrages au premier tour, le 7 octobre.

« La majorité de la population brésilienne est contre le port d’armes et veut des solutions plus intelligentes » pour lutter contre l’insécurité. « Les armes à feu sont utilisées dans 71 % des homicides recensés au Brésil. C’est pourquoi je dis sans cesse : plus il y a d’armes, plus il y a de violence », a-t-elle affirmé sur Twitter.