Colombie - Uribe devant une chambre d'accusation

Alvaro Uribe<br />
Photo: Agence Reuters Alvaro Uribe

Bogotá — L'ex-président colombien Alvaro Uribe a témoigné hier sur une affaire d'espionnage illégal de magistrats et de journalistes susceptible de l'impliquer, alors que les scandales de corruption mettant en cause son gouvernement se multiplient et qu'une partie de ses alliés prend ses distances.

L'ex-chef de l'État (2002-2010), qui reste très populaire en Colombie pour sa politique de fermeté à l'égard de la guérilla des FARC, a été appelé début juin à témoigner devant la chambre d'accusation du parlement, seule habilitée à entendre des présidents mis en cause pour des faits commis pendant l'exercice de leurs fonctions.

Depuis octobre 2010, Uribe est visé par une enquête sur une affaire d'espionnage de magistrats, d'opposants et de journalistes impliquant les services de renseignement (département administratif de sécurité, DAS), qui dépendent directement de la présidence.

L'affaire a déjà poussé la justice à mettre en examen l'ex-secrétaire général de la présidence, Bernardo Moreno, un proche d'Uribe. Elle impliquerait non seulement des opérations de surveillance, mais aussi des stratagèmes destinés à faire taire les magistrats et les critiques du pouvoir.

Dans le cas de la journaliste Claudia Julieta Duque, les agents du DAS auraient même menacé de tuer sa fille. «Nous devons nous en prendre à ce que tu aimes le plus et c'est parce que tu es une chienne et tu te mêles de ce qui ne te regarde pas [...] ta fille va souffrir, nous allons la brûler vive», lui aurait dit l'un de ses agresseurs.

La procédure visant Uribe relève pour l'instant d'une simple enquête préliminaire. Si la commission d'accusation juge qu'elle mérite une instruction, celle-ci serait menée par le Sénat qui ensuite devrait transmettre à la Cour suprême les éléments d'informations susceptibles de constituer des délits pénaux.

Mais elle intervient alors que le bilan de l'ex-président et avocat, 58 ans, est de plus en plus contesté et que la coalition de centre droite dirigée par Juan Manuel Santos, son ex-ministre de la Défense (2006-2009) semble prendre ses distances.

Depuis qu'Uribe a quitté le pouvoir en août 2010, plusieurs ex-fonctionnaires de son administration ont été mis en cause par la justice dans divers scandales de corruption impliquant des détournements de fonds réservés aux paysans pauvres, l'accaparement de biens ayant appartenu à des trafiquants de drogue ou encore des contrats en matière de santé publique.

Uribe fait en outre l'objet de critiques croissantes en Colombie comme à l'étranger pour son bilan en matière de droits de la personne et notamment les centaines d'exécutions extrajudiciaires attribuées à l'armée durant son mandat.