La Colombie vote pour la continuité

Le candidat du parti social d’union nationale à la présidentielle, Juan-Manuel Santos, a obtenu  69 % des suffrages avec plus de 8,9 millions de voix.
Photo: Agence France-Presse (photo) Eitan Abramovich Le candidat du parti social d’union nationale à la présidentielle, Juan-Manuel Santos, a obtenu 69 % des suffrages avec plus de 8,9 millions de voix.

Bogotá — L’ex-ministre de la Défense colombienne Juan-Manuel Santos, connu à l’étranger pour ses succès face à la guérilla des FARC a emporté hier l’élection présidentielle, un scrutin démontrant la préférence des Colombiens pour la politique de fermeté à l’égard de celle-ci. Selon des résultats portant sur 99,3% des bulletins dépouillés, Juan-Manuel Santos, candidat du parti social d’union nationale (Partido de la U), a obtenu 69% des suffrages avec plus de 8,9 millions de voix.

Son rival, l’ex-maire de Bogota Antanas Mockus, âgé comme lui de 58 ans, a pour sa part obtenu 27,5 % des voix, avec quelque 3,5 millions de votes.

Quelque 13,2 millions d’électeurs ont participé au scrutin, où le taux de participation tournerait autour de 44 %.

Juan-Manuel Santos, déjà trois fois ministres (Commerce extérieur, Trésor et Défense) n’avait jamais auparavant eu de mandat électif.

Il était cependant auréolé de plusieurs victoires sur la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, marxistes), à commencer par le sauvetage le 2 juillet 2008 lors de l’opération militaire Jaque de 15 de ses plus précieux otages, dont la franco-colombienne Ingrid Betancourt, qui fut l’une de ses collaboratrices lorsqu’il était ministre du Commerce extérieur.

Dans une grande salle de spectacles de l’ouest de la capitale, des centaines de partisans du candidat étaient déjà rassemblés pour fêter sa victoire.

Hier, beaucoup avaient estimé que cette journée était «historique», tant les huit ans au pouvoir du président sortant ont marqué le pays.

Il va «terriblement» nous manquer, a ainsi déclaré Tulio A. un électeur de 82 ans.

Huit ans après l’élection d’Alvaro Uribe, les Forces armées révolutionnaires de Colombie sont encore actives sur près de 50 % de territoire, mais ne cernent plus les villes.

Les forces de l’ordre ont-elles vu leurs effectifs doubler, passant de 220 000 hommes à 425 000.

Cette politique a permis à Tulio A, comme à beaucoup de Colombiens, de pouvoir à nouveau sortir de Bogota sans craindre les enlèvements.

«Pendant deux ans, je n’ai plus pu aller [dans ma finca, ndlr]. Ils avaient la liste des propriétaires terriens et les enlevaient» sur la route, raconte-t-il.

Et, puis, ajoute cet électeur de Juan-Manuel Santos, «Uribe est arrivé»: «maintenant je peux y aller et il n’y a plus ni guérilla ni paramilitaires».

Antanas Mockus avait un temps suscité une vague d’adhésions auprès de Colombiens qui adhéraient à sa dénonciation des violations des droits de l’Homme, de la «culture du narcotrafic», la corruption et la violence à laquelle le pays est encore en proie.

Mais, la peur du «saut dans le vide», expression employée par les partisans de Juan-Manuel Santos pour définir une présidence du candidat du Parti vert, l’a emporté.

Aucun des deux candidats n’avait officiellement réagi vers 17h30, mais sur Twitter le deuxième a remercié ses électeurs.

«À tous les gens: félicitations et merci pour le chemin parcouru !», a-t-il dit, tandis que sur le site Facebook de Juan-Manuel Santos, on annonçait son intervention imminente. «Je n’ai qu’une chose à dire: Merci la Colombie. Merci, merci, mille mercis !».
La Commission européenne, dans un communiqué daté de Bruxelles, a félicité le futur président colombien.

«La Commission européenne souhaite travailler avec vous et votre gouvernement ces prochaines années pour renforcer les relations entre l’Union européenne et la Colombie», écrit Jose Manuel Durao Barroso, le président de la Commission, dans un message diffusé à Bogota où il se félicite de ces élections «sereines».

Le scrutin a cependant été entaché par une certaine violence, avec onze policiers et soldats tués dans différentes attaques dont les auteurs n’ont pas été identifiés.

Sept policiers ont notamment été tués dans le département Norte de Santander, situé à la frontière vénézuélienne, dans une embuscade menée à l’aide d’un engin explosif, selon la responsable de la sécurité de ce département, Margarita Silva.
4 commentaires
  • oscar Fortin - Inscrit 21 juin 2010 04 h 37

    Quelle continuité!

    Archibald Emorej nous trace quelque peu le type de continuité qui résultera inévitablement de cette élection. Au sujet du candidat Santos, maintenant élu à la Présidence il écrit ceci:

    « En tant que ministre de la défense du gouvernement Uribe (juillet 2006-mai 2009) Santos a en effet mis en place une politique de prime pour chaque tête de guérillero... de l’argent et des jours de permissions contre du sang. Légalisant et payant cette vieille coutume qui consiste à déguiser tout ce qui bouge en partisan de l’insurrection, on ne peut pas parler de cas isolés lorsque la « justice » colombienne enquête sur 1273 cas impliquant des membres de l’armée concernant 2 077 assassinats, dont 122 femmes et 59 mineurs. 481 officiers, dont 14 colonels, sont dans le collimateur de la « justice ».

    http://www.legrandsoir.info/Nouvel-acte-de-la-dict

    À lire également l'excellent article de Lionel Mesnard "La fin d'un mandat n'est pas la fin d'un système.

    http://lionel.mesnard.free.fr/le ...

  • Pierre Rousseau - Abonné 21 juin 2010 10 h 20

    Continuité?

    Même s'il est vrai que les grandes villes sont maintenant plus sécuritaires, il y a encore bien des zones rurales de Colombie où il n'y a pas d'autorité et où les groupes armés illégaux règnent en maîtres. C'est ça la continuité?

    En fait, la politique de la « main dure » d'Uribe a mené la Colombie dans des abus innomables aux droits de la personne. Par exemple, Uribe associait les défenseurs des droits de l'homme aux insurgés, ce qui donnait le message aux paramilitaires d'assassiner ces gens comme des « objectifs militaires ». Pas plus tard que la semaine dernière un de ces groupes d'ex-paramilitaires recyclés, les Aigles noirs, menaçait les défenseurs des droits de l'homme, qu'ils soient Colombiens ou membres d'ONG internationales, de mort en tant qu'objectif militaire. C'est ça la continuité?

    Les zones rurales sont dans l'anarchie la plus totale et ce sont des territoires revendiqués par les peuples autocthones qui y vivent mais qui se retrouvent aussi dans le feu croisé entre les forces publiques d'une part et les insurgés, paramilitaires et narco-trafiquants d'autre part. Leurs territoires sont convoités pour leurs richesses naturelles et pour la possibilité pour les narco d'y faire pousser la coca. On assiste régulièrement à des massacres de familles dans les petites collectivités autochtones de même que des menaces systématiques contre les leaders autochtones dont des centaines ont été assassinés dans les dernières années... C'est ça la continuité?

    Suite dans le prochain message...

  • Pierre Rousseau - Abonné 21 juin 2010 10 h 31

    Continuité 2

    Il y a aussi le fait que la plupart des peuples autochtones de Colombie sont menacés d'extinction selon un jugement de la Cour constitutionnelle de Colombie de janvier 2009. La Cour a ordonné au gouvernement de prendre les mesures nécessaires pour protéger les autochtones contre la violence et contre les risques d'extinction mais après 18 mois, le gouvernement n'a fait que parler.... De plus, récemment, le président sortant Uribe émettait un édit qui diluait au point de le rendre ineffectif le droit à la consultation des peuples autochtones que reconnaît non seulement le droit international mais aussi le droit national colombie quand des projets sont susceptibles d'affecter une nation autochtone. Encore ici, c'est ça la continuité?

    Et le Canada dans tout ça? C'est un allié fidèle de ce régime qui permet des abus massifs des droits de l'homme dans le pays. Les Conservateurs, avec la complicité honteuse des Libéraux, en particulier de Scott Brison, sont en voie de signer un accord de libre échange avec un pays qui ne respecte même pas la règle de droit. M. Brison a négocié une entente avec le gouvernement colombien à l'effet que les 2 pays produiraient un rapport sur les droits de l'homme dans leur pays respectifs... rien de plus, rien pour vérifier ces rapports, rien pour concrétiser la présence d'ONG pour aider les défenseurs des droits de l'homme, rien d'autre en fait. Les compagnies canadiennes vont bénificier de la politique « dure » envers les autochtones pour violer impunément leurs territoires pour en exploiter les richesses naturelles...

    C'est d'un pathétique incroyable car ce pays mérite beaucoup mieux. C'est un pays extraordinaire avec des gens tellement attachants mais dont la vie tient souvent à un fil. Quelle triste continuité...