Colombie - La peur du « saut dans le vide »

Le lendemain de l’élection, une Colombienne vaquait à ses occupations hier à Bogotá.
Photo: Agence Reuters Eliana Aponte Le lendemain de l’élection, une Colombienne vaquait à ses occupations hier à Bogotá.

Grands perdants du premier tour de l'élection présidentielle qui s'est tenu dimanche en Colombie, les instituts de sondage vont devoir faire preuve d'une grande imagination pour justifier leur déroute. Alors que dans toutes les enquêtes Antanas Mockus, l'excentrique candidat du Partido verde (Parti vert), était censé talonner — voire dépasser — le candidat du régime, Juan Manuel Santos, ce dernier est arrivé largement en tête, avec 46,4 % des suffrages exprimés. À quelques points d'une victoire par KO dans un scrutin qui n'aura mobilisé qu'une petite moitié des 30 millions de Colombiens en âge de voter.

Dauphin désigné du chef de l'État sortant, ancien ministre de la Défense, descendant d'une riche famille de l'élite colombienne, Juan Manuel Santos a 25 points d'avance sur son rival Antanas Mockus, ex-maire de Bogotá (1995-1997 et 2001-2003). Les sondages donnaient pourtant les deux hommes au coude à coude au premier tour. Mais les études ont semble-t-il sous-estimé le soutien dont a bénéficié Juan Manuel Santos dans les campagnes, où les résultats de son action à la Défense sont les plus perceptibles et ont marqué la population.

La lutte acharnée contre les guérillas menée par Santos lorsqu'il était ministre de la Défense et la peur de l'inconnu face à cette menace expliquent la large avance que lui ont accordée les Colombiens, selon les analystes.

Les campagnes


Pour l'analyste et ancien ministre Eduardo Pizano, ce résultat «est un soutien évident à la politique de sécurité et de démocratie du président Alvaro Uribe dans les provinces, qui ont dû faire face à des violences marquées».

Pour les Colombiens qui ont vécu depuis le mois de mars une campagne électrique, marquée par l'ascension fulgurante de Mockus, mathématicien et philosophe qui a même dépassé l'ex-ministre dans les sondages fin avril, le choix était clair. Juan-Manuel Santos incarne la continuité de la politique de fermeté face à la guérilla menée par Alvaro Uribe, et Antanas Mockus, le «changement» vers une société débarrassée des excès du gouvernement sortant en matière de corruption et de droits de la personne.

Santos était en début de campagne le grand favori de l'élection. Mais il a vu Mockus, fils d'immigrés lituaniens de 58 ans, lui aussi ancien professeur d'université et candidat d'un parti écologiste ne comptant qu'une poignée de députés, s'envoler dans l'opinion en promettant un gouvernement propre et d'en finir avec la corruption.

La sécurité

Mais à l'approche du scrutin, la peur du «saut dans le vide», expression souvent employée par les partisans de Juan-Manuel Santos pour définir une éventuelle présidence de l'excentrique Antanas Mockus, a été plus forte.

La Colombie, peuplée de 46 millions d'habitants, «ne croit pas encore possible ni souhaitable un changement d'orientation drastique en matière de sécurité alors que les FARC sont bien vivantes et que [Hugo] Chavez montre les dents et exacerbe la fibre nationaliste», écrivait hier le politologue Jorge Ivan Cuervo dans le journal El Espectador.

Pour l'analyste Rafael Guarin aussi, le résultat du premier tour prouve que la lutte contre la guérilla reste prioritaire pour les Colombiens, et sur ce terrain, Antanas Mockus, avec ses symboles de campagne — le tournesol pour la vie, le crayon pour l'éducation— «n'a pas su créer la confiance».

Dimanche encore, des combats ont opposé, dans plusieurs départements, la guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) à l'armée.

Bien que Santos soit en position de force compte tenu de son avance, les alliances nouées en vue du second tour pourraient être décisives. L'ancien ministre devrait chercher le soutien des partis conservateur et du Cambio Radical. Mockus devrait se tourner, lui, vers les formations centristes.
1 commentaire
  • oscar Fortin - Inscrit 18 juin 2010 06 h 22

    le départ d'Uribe et l'élection Colombienne

    Pour ceux et celles que le sujet intéresse je propose un article qui permet de comprendre bien des choses qui se passent en Colombie. Sa lecture mérite le détour.

    http://www.michelcollon.info/index.php?option=com_