Présidentielle colombienne - Duel entre un dauphin et un écolo

Les Colombiens se sont déplacés nombreux aux urnes, hier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Eitan Abramovich Les Colombiens se sont déplacés nombreux aux urnes, hier.

Les bureaux de vote ont été pris d'assaut hier pour le premier tour de la présidentielle en Colombie, après une campagne où Antanas Mockus, ancien maire de Bogotá qui veut redonner une «morale» à la société, a talonné le dauphin du président sortant Alvaro Uribe.

Bogotá — Les Colombiens ont voté hier pour une élection présidentielle se résumant, au premier tour, à un duel entre le dauphin du chef de l'État sortant Alvaro Uribe et un Vert iconoclaste, Antanas Mockus.

Le premier, Juan Manuel Santos, ancien ministre de la Défense d'Alvaro Uribe, a orchestré la guerre contre les maquisards des FARC; le second, ancien maire de Bogotá réputé pour son excentricité, a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille.

Les deux hommes se détachent nettement dans les sondages mais ni l'un ni l'autre ne devraient avoir suffisamment de voix pour éviter un second tour, le 20 juin.

Santos était largement en tête du premier tour, après le dépouillement des bulletins dans 52 % des bureaux de vote. Il recueillait 46,8 % des voix contre 21,3 8 % pour Mockus. En déposant son bulletin dans l'urne, Santos s'est refusé à prédire le résultat du scrutin mais a invité les électeurs à se rendre massivement dans les bureaux de vote, «la meilleure manière de répondre aux terroristes qui veulent attaquer la démocratie».

Les électeurs ont semblé entendre cet appel en se pressant nombreux dans les bureaux de vote au terme d'une des campagnes électorales les plus calmes qu'ait connu le pays dans son histoire récente.

Les sondages donnaient Alvaro Uribe vainqueur s'il se représentait, mais la cour constitutionnelle lui a fermement rappelé en février l'interdiction de briguer un troisième mandat.

Les sondages donnent aujourd'hui Santos au coude à coude au premier tour avec Antanas Mockus, 58 ans, candidat d'un parti écologiste ne comptant qu'une poignée de députés au Parlement. Ce fils d'immigrés lituaniens, ancien recteur d'université, s'est envolé dans les sondages ces dernières semaines en promettant de mettre en place un gouvernement «propre» et d'éradiquer la corruption, l'accumulation des scandales sous la présidence Uribe ayant fini par lasser la population.

«La Colombie a besoin d'un changement», martelait mercredi devant la presse celui qui, à la mairie de la capitale, avait su imposer une certaine discipline budgétaire.

«Contre toutes les illégalités»

En choisissant comme symboles la fleur de tournesol, la Constitution et un crayon emblématique de l'éducation, Mockus a attiré à lui les jeunes électeurs, les citadins et les classes moyennes. «Les Colombiens ayant retrouvé la sécurité, la priorité aujourd'hui est de lutter contre toutes illégalités», explique le candidat du Partido verde dans une tribune libre publiée hier dans El Tiempo.

De son côté, Santos a cherché à s'appuyer sur les classes défavorisées et les campagnes.

Le candidat écologiste défraye la chronique avec son collier de barbe lui donnant des airs de prédicateur, ses discours ponctués de références philosophiques et une réputation d'excentricité: lors d'un cours à l'université, il lui a un jour baissé son pantalon pour capter l'attention des étudiants distraits. Mais sa réputation va bien plus loin. Outre le fait qu'il a imposé une marque d'honnêteté durant ses deux mandats à la mairie, on le crédite d'avoir su faire reculer une criminalité qui battait des records.

Face à la montée en puissance de ce mathématicien et philosophe, diplômé de l'université de Dijon, Santos a dû revoir sa stratégie électorale et s'est concentré davantage sur les dossiers économiques comme l'emploi et la santé.

Formé dans les universités américaines et britanniques, Santos a commencé une carrière publique très jeune, autour de 25 ans. Depuis lors, il a occupé plusieurs hautes fonctions gouvernementales, dont celle de ministre des Finances. À ce poste, il a contribué à éviter à la Colombie une crise financière pendant les années 1990.

«Uribe nous a redonné la sécurité, et maintenant nous avons l'occasion de nous concentrer sur la création d'emplois, d'emplois et encore d'emplois», a-t-il martelé mardi au cours d'un débat télévisé.

«Les Colombiens savent où je vais et ils savent que j'obtiens des résultats», a dit celui qui, au ministère de la Défense, a porté certains des coups les plus durs à la rébellion des Forces armées révolutionnaires de Colombie. Quatre autres candidats étaient en lice hier.

Après le premier tour, les alliances qui se noueront seront capitales pour la suite des événements. Santos peut compter sur une machine politique bien rodée, qui a déjà servi par deux fois Uribe pendant ses campagnes. Mockus, quant à lui, peut attirer les électeurs du centre et rayonner bien au-delà de son petit Parti Vert.
1 commentaire
  • Pierre Rousseau - Abonné 31 mai 2010 16 h 28

    Dépassé!!!

    Cet article est nettement dépassé et les résultats finaux sont entrés depuis hier soir: Santos 46,56% et Mockus 21,5% alors que les sondages les mettaient au coude à coude. Que s'est-il passé? D'abord le taux de participation a été très bas, autour de 49%. Ensuite, il semble que les sondages étaient basés sur une distortion en négligeant les campagnes et en se concentrant sur les villes où Mockus était plus populaire. Enfin, selon la sénatrice Cordoba, Mockus n'était qu'une façade pour que le pays ait l'air d'avoir une vraie élection. En Colombie on ne voit pas Mockus comme un écologiste, loin de là, mais plutôt, comme l'ont dit certains de mes amis, la droite « civilisée ».

    C'est un pays beaucoup trop complexe pour avoir une analyse simpliste du genre de celle que vous offrez, surtout quand on considère que le pays est en état de conflit armé depuis plus de 45 ans, qu'il compte plus de 4 millions de personnes déplacées et qu'il souffre de violations massives des droits de l'homme, en particulier chez les peuples autochtones comme l'a énoncé en janvier 2009 la Cour constitutionnelle de Colombie dans sa décision « Auto 004-2009 ». Dans ce cas, Le Devoir n'est pas très sérieux, ni Reuters, source de l'information.