Uniterra a été fondé en 2004 - Des universitaires s'initient au respect de la différence

La lutte contre la propagation du VIH/sida est l’une des priorités d’Uniterra en Afrique.
Photo: Agence Reuters La lutte contre la propagation du VIH/sida est l’une des priorités d’Uniterra en Afrique.

L'Entraide universitaire mondiale du Canada est active dans les pays en développement depuis plus de 60 ans. Présente sur les campus d'un océan à l'autre, l'organisation s'est associée au Centre d'étude et de coopération internationale en 2004 pour fonder Uniterra, un programme unique de coopération volontaire. L'initiative vise non seulement à réduire la pauvreté dans le monde, mais aussi à rééquilibrer les relations Nord-Sud à travers des partenariats innovateurs.

Séverine Garnier préside le comité local de l'Entraide universitaire mondiale du Canada (EUMC) de l'université Laval, une importante agence canadienne de coopération volontaire implantée dans plus de 70 campus à travers le pays. Cette doctorante en psychologie communautaire s'est envolée l'été dernier pour le Burkina Faso, où elle a participé au 60e Séminaire international. Chaque année, cette activité permet à 20 étudiants de vivre une première expérience dans un pays en développement et d'y faire de la coopération volontaire.

«Je fais une thèse sur les femmes d'Amérique latine réfugiées au Québec. Je voulais donc me rendre à l'étranger afin de vivre et de comprendre le choc culturel que j'étudie», explique-t-elle. Jumelée à une étudiante de l'Université de Ouagadougou, Séverine Garnier a exploré la question du genre et du VIH/sida dans les communautés burkinabéennes, où le taux de séro-prévalence est estimé à 7 % selon l'Agence canadienne de développement international. «Nous observions les pratiques de prévention et émettions des recommandations et des suggestions, parfois toutes simples. Par exemple, nous avons encouragé les gens à faire la promotion de la porte arrière du centre de dépistage, dont l'entrée principale donnait sur un lieu passant, en face de l'église de la ville. Les habitants n'osaient pas s'y rendre pour passer des tests de peur d'être stigmatisés.»

La lutte contre la propagation du VIH/sida est l'une des sept problématiques auxquelles s'attaque Uniterra. Fondé il y a bientôt cinq ans par l'EUMC et le Centre d'étude et de coopération internationale (CECI), ce programme de coopération volontaire chapeaute le Séminaire international ainsi que plusieurs autres projets de développement. Cette initiative conjointe est l'un des principaux outils de l'EUMC et du CECI pour réduire de moitié la pauvreté dans le monde d'ici 2015. L'an dernier, quelque 400 volontaires ont donné un coup de main aux gens du Sud. Le quart d'entre eux sont des étudiants recrutés par l'entremise de l'EUMC. On y retrouve aussi des retraités et des travailleurs des secteurs privé et public. Les coopérants du programme sont actuellement actifs au Burkina Faso, au Malawi, au Niger, au Sénégal, au Botswana, au Mali, au Ghana, en Guinée, au Sri Lanka, au Népal, au Viêt Nam, en Bolivie et au Guatemala.

Halte au néocolonialisme

«Un programme de coopération volontaire comme celui d'Uniterra constitue une nouvelle approche du développement, déclare Gilles Marchildon, directeur des communications et du développement de l'EUMC. C'est une démarche de collaboration qui réunit des partenaires du Nord et du Sud. Il est hors de question de faire du néocolonialisme, c'est-à-dire d'arriver avec nos gros sabots dans les pays du Sud en imposant notre vision des choses et en croyant que nous avons la science infuse. Les partenaires sur le terrain nous indiquent quels sont leurs besoins et nous travaillons de concert avec eux pour définir les mandats des volontaires que nous envoyons.»

Uniterra permet ainsi un partage d'expertise unique et forge des liens durables entre les organisations des deux hémisphères. Par exemple, afin d'améliorer le réseau de santé communautaire au Mali, le programme a réuni des membres du Réseau québécois des intervenants en action communautaire et de la Fédération nationale des associations en santé communautaire du Mali. Chacun leur tour, ils ont traversé l'océan Atlantique afin de trouver des moyens «d'accroître l'accès de la population, et particulièrement des femmes maliennes, aux soins de santé, et d'appuyer la participation de ces dernières à la gestion des centres de santé communautaires».

La coopération volontaire ouvre la voie à un rééquilibrage des relations Nord-Sud, espèrent ses artisans. À preuve, Séverine Garnier affirme avoir autant appris des Burkinabéens qu'eux ont pu apprendre d'elle. «La lutte contre le VIH/sida comporte des enjeux de genre importants, raconte-t-elle. Je pense entre autres aux hommes qui fréquentent peu les centres de dépistage, car cela pourrait aller à l'encontre de l'honneur familial. Là-bas, on dit que les hommes ont leur honneur à garder, alors que les femmes doivent le gagner. Si, de mon côté, je leur apportais la conception égalitaire des rapports homme-femme, eux m'initiaient à cette sensibilité culturelle sans laquelle je n'aurais pu faire mon travail.»

La force du programme de coopération volontaire Uniterra réside également dans son approche sectorielle, une philosophie «novatrice» selon Gilles Marchildon. «Nous avons des cibles précises, ce qui favorise notre réussite», croit-il. En plus de la lutte contre le VIH/sida, Uniterra soutient des projets d'agriculture et de développement rural, assure des programmes d'éducation de base, renforce l'accès aux soins de santé et à la sécurité alimentaire, contribue à l'amélioration des infrastructures sanitaires, cherche à développer le secteur pour réduire efficacement la pauvreté, travaille à l'intégration de la jeunesse au marché du travail et fait la promotion de l'égalité et de l'équité entre les hommes et les femmes. «Notre action est structurelle, commente M. Marchildon. Nous voulons aider les gens du Sud à mieux faire leur travail. Dans le domaine de la coopération volontaire, les résultats ne se mesurent pas en quantité de sacs de riz distribués, mais bien en nombre d'objectifs de développement atteints.»

La coopération volontaire... au Canada

Au sein du programme Uniterra, le volontariat se prolonge bien au-delà du séjour à l'étranger. À leur retour au Canada, les coopérants sont invités à agir à titre de citoyens du monde. Ce faisant, ils ont pour mission de sensibiliser le public à la cause de l'aide internationale et du développement durable et de l'encourager à s'engager.

«Quand je suis revenue, j'ai compris que je pouvais être un agent de changement», déclare Séverine Garnier, qui organise présentement un colloque sur la situation de la femme autochtone dans le cadre de la Semaine du développement international.

«Bien sûr, certains peuvent se demander quel est l'intérêt d'apporter de l'aide ailleurs alors qu'il y a tant à faire ici. Je leur réponds qu'il revient à chacun de choisir ses batailles.

«Je ne dis pas qu'on peut changer l'Afrique en quelques semaines. Mais je suis persuadée que de petits gestes font toute la différence, surtout lorsque j'ai vu comment des femmes du Burkina Faso se démenaient pour faire fonctionner le centre de dépistage et pour contrer la malnutrition, et ce, malgré les embûches structurelles et politiques.»

La jeune femme affirme avoir gagné en humilité, en maturité et en créativité après son expérience, qu'elle souhaite revivre bientôt. «Dans la poursuite de ma thèse, j'aimerais bien aller au Mexique pour participer à un projet communautaire, histoire de développer ma sensibilité culturelle», annonce-t-elle.

Collaboratrice du Devoir

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1 commentaire
  • Garnier Séverine - Inscrite 17 mars 2008 18 h 17

    Merci

    Bonjour Mme Chan, je vous remercie pour ce bel article. Vous m'avez offert un beau cadeau : la chance de partager mon expérience. Vous m'avez citée bien fidèlement et l'article est merveilleusement écrit! Au plaisir de vous relire,

    Séverine Garnier