Arrestation d’un député et d’un journaliste critiques du président en Tunisie

Le président Saied a annoncé par surprise le 25 juillet qu’il limogeait le premier ministre, suspendait les activités du Parlement et reprenait en main le pouvoir judiciaire.
Photo: Hassene Dridi Associated Press

Le président Saied a annoncé par surprise le 25 juillet qu’il limogeait le premier ministre, suspendait les activités du Parlement et reprenait en main le pouvoir judiciaire.

Un journaliste de télévision et un député qui participait à son émission ont été arrêtés dimanche en Tunisie pour avoir critiqué sur le plateau le coup de force du président Kais Saied, a déclaré leur avocat Samir Ben Omar.

« Aujourd’hui, le député Abdellatif al-Aloui et le présentateur de la chaîne Zitouna TV Amer Ayad ont été arrêtés après la diffusion de l’émission Hassad 24 », a déclaré Me Ben Omar.

Le motif de l’arrestation, intervenue à la demande de la justice militaire, est « l’expression de leurs propres opinions au cours de cette émission », a-t-il précisé, ajoutant que les deux hommes étaient poursuivis pour « complot contre la sûreté de l’État ».

Au début de l’émission, le présentateur Amer Ayad commente de façon critique la nomination de Najla Bouden, première femme à la tête d’un gouvernement tunisien.

« Elle ne sera qu’un serviteur du Sultan et un exécutant de ses ordres », a-t-il lancé, estimant que le « populiste » Saied n’avait pas réussi à trouver un homme pour ce poste.

Abdellatif Al-Aloui, membre de la formation islamo-conservatrice Al-Karama, alliée du parti Ennahdha qui disposait du plus grand nombre de sièges dans le Parlement gelé fin juillet, figurait parmi les invités de l’émission.

Le président Saied a annoncé par surprise le 25 juillet qu’il limogeait le premier ministre, suspendait les activités du Parlement et reprenait en main le pouvoir judiciaire.

Il a assuré vouloir « sauver » le pays d’un « péril imminent », caractérisé par les blocages parlementaires et la crise socio-économique aggravée par l’épidémie de COVID-19.

La chaîne Zitouna TV est considérée par les observateurs comme proche de Al-Karama et Ennahdha, partis qui sont les bêtes noires de M. Saied.

Dans l’émission, le député a affirmé avoir « le courage de dire » que les mesures décidées par M. Saied étaient « un coup d’État ». Il a aussi jugé que c’était « une honte pour la condition féminine » d’« utiliser [la nomination de Mme] Bouden comme alibi » pour dissimuler la réalité, selon lui.

Le parti Ennahda a vivement condamné les arrestations et fait part, dans un communiqué, de son refus que des civils soient jugés devant des tribunaux militaires.

« Cela viole leur droit à un procès équitable donnant toutes les garanties constitutionnelles nécessaires », a estimé la formation.

Le 22 septembre, la justice militaire a procédé à l’arrestation de Seifeddine Makhlouf, chef d’Al-Karama connu pour ses critiques acerbes du président Saied, et qui a été accusé dans deux dossiers différents d’avoir insulté des juges militaires.

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