Les islamistes au pouvoir essuient un revers historique

Le taux de participation a atteint 50,35% au niveau national, selon le ministère de l’Intérieur.
Photo: Fadel Senna Agence France-Presse Le taux de participation a atteint 50,35% au niveau national, selon le ministère de l’Intérieur.

Le parti islamiste PJD, à la tête du gouvernement marocain depuis une décennie, a subi une spectaculaire déroute aux élections législatives, au profit de partis libéraux considérés comme proches du palais royal.

Le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste modéré) s’effondre, passant de 125 sièges dans l’assemblée sortante à 12, a indiqué jeudi le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit au lendemain du scrutin.

Selon les résultats provisoires, après dépouillement de 96 % des bulletins, le PJD arrive loin derrière ses principaux rivaux, le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti Authenticité et Modernité (PAM), tous deux de tendance libérale, et le Parti de l’Istiqlal (centre droit), avec respectivement 97, 82 et 78 (sur 395 députés).

Le RNI, qui appartient à la coalition gouvernementale, est dirigé par un homme d’affaires fortuné, Aziz Akhannouch, décrit comme proche du palais.

Et le PAM, principale formation de l’opposition, a été fondé par l’actuel conseiller royal, Fouad Ali El Himma, en 2008 avant qu’il n’en démissionne en 2011.

Plus ancien parti du Maroc, l’Istiqlal (Indépendance) fait un retour remarqué avec un gain de 32 sièges.

L’ampleur de la défaite des islamistes est inattendue. Malgré l’absence de sondages, médias et analystes pensaient que le PJD jouerait encore les premières places.

Longtemps cantonné dans l’opposition, le PJD espérait briguer un troisième mandat consécutif à la tête du gouvernement.

Participation en hausse

Il reviendra au roi Mohammed VI de nommer un chef du gouvernement, issu du parti arrivé en tête et qui succédera au secrétaire général du PJD, Saad-Eddine El Othmani.

Les résultats définitifs devraient être connus dans les prochaines heures.

Le taux de participation a atteint 50,35 % au niveau national, selon le ministre de l’Intérieur.

Il avait plafonné à 43 % lors des législatives de 2016 et à 53 % lors des dernières élections locales en 2015.

Mais c’est la première fois que les quelque 18 millions d’électeurs choisissaient leurs députés le même jour que leurs représentants communaux et régionaux. Ce qui a réduit l’abstention.

En 2011, le Maroc s’est doté d’une nouvelle Constitution accordant de larges prérogatives au Parlement et au gouvernement. Toutefois, les décisions dans des secteurs clés relèvent du roi.

Les islamistes ont fait état de « graves irrégularités » dans ce scrutin, citant « la distribution obscène d’argent » à proximité de bureaux de vote.

Les opérations de vote se sont déroulées « dans des circonstances normales », a assuré M. Laftit.

« Aveu d’échec »

La fin de la courte campagne électorale, marquée par l’absence de grands meetings pour cause de Covid-19, avait déjà été empoisonnée par des accusations d’achat de voix.

Une vive polémique a d’ailleurs opposé le PJD au RNI.

L’ancien chef du gouvernement et ex-secrétaire général du PJD Abdelilah Benkirane avait tiré à boulets rouges sur Aziz Akhannouch, jugeant qu’il fallait « une personnalité politique intègre » à la tête du gouvernement.

Ministre de l’Agriculture depuis 2007, M. Akhannouch avait rétorqué que les critiques des islamistes étaient « un aveu d’échec ».

Le ministre, à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, a déjà joué un rôle clé dans le précédent gouvernement, contrôlant des portefeuilles importants comme l’Economie et les Finances ou l’Industrie.

Jeudi, il a salué « une victoire pour la démocratie » et « une expression explicite de la volonté populaire pour le changement », dans un discours post-électoral.

De son côté, Abdelilah Benkirane a appelé M. El Othmani à démissionner.

« Après avoir appris la douloureuse défaite que notre parti a subie, le secrétaire général du parti doit en endosser la responsabilité et présenter sa démission », a-t-il écrit jeudi dans une lettre publiée sur Facebook.

Nouvelles réformes

C’est la première fois depuis les premières élections au Maroc (1960) que la répartition des sièges à la Chambre des représentants était calculée sur la base du nombre d’électeurs inscrits et non des votants.

Ce nouveau mode de calcul devait favoriser les petits partis au détriment des grandes formations. Mais seul le PJD s’y était opposé, s’estimant déjà « lésé ».

La compétition électorale a été caractérisée par l’absence de polarisation bien définie sur les choix politiques.

Après le scrutin, les partis politiques seront invités à adopter « un pacte » découlant d’un « nouveau modèle de développement », qui préfigure une « nouvelle génération de réformes et de projets », comme l’a promis récemment Mohammed VI.

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