Hakainde Hichilema, éternel opposant, élu président

Debout derrière un pupitre, Hakainde Hichilema a été submergé par l’émotion au moment de prendre la parole, retirant son masque et s’essuyant les yeux.
Photo: Patrick Meinhardt Agence France-Presse Debout derrière un pupitre, Hakainde Hichilema a été submergé par l’émotion au moment de prendre la parole, retirant son masque et s’essuyant les yeux.

La Zambie s’est réveillée lundi avec un nouveau président, l’opposant de toujours Hakainde Hichilema, très largement élu avec près d’un million de voix d’avance et une forte participation, son prédécesseur promettant une « transition pacifique du pouvoir ».

M. Hichilema, infatigable homme d’affaires de 59 ans qui se présentait pour la sixième fois à la présidentielle, a salué « un moment historique que des millions de Zambiens attendaient ».

Surnommé « HH » mais aussi « Bally », terme affectueux pour désigner un père ou un aîné, le politicien s’est adressé au pays en direct depuis sa maison d’un quartier résidentiel de la capitale, Lusaka.

Il a salué la jeunesse, fortement mobilisée, les moins de 35 ans représentant la majorité des sept millions d’inscrits dans le pays d’Afrique australe qui compte une population de 17 millions : « Cette victoire n’appartient pas à HH, à Bally », mais « aux hommes et aux femmes de Zambie, en particulier aux jeunes. »

« Les attentes des gens sont fortes », a noté celui qui a promis de redresser l’économie du pays endetté et plombé par une forte inflation.

Debout derrière un pupitre, costume chic sur chemise à col ouvert, il a été submergé par l’émotion au moment de prendre la parole, retirant son masque et s’essuyant les yeux : « C’est avec honneur, humilité et gratitude que je me tiens devant vous pour dire que le changement est là. »

C’est avec honneur, humilité et gratitude que je me tiens devant vous pour dire que le changement est là.

 

Peu avant, le président sortant avait concédé sa défaite et salué la victoire de son rival historique. « Je veux féliciter mon frère, Hakainde Hichilema, président élu, qui devient le septième président de la République » de Zambie, a déclaré Edgar Lungu, à la tête du pays depuis six ans.

Une démocratie meilleure

À Lusaka, lundi matin, militants et simples citoyens ont grimpé sur des poteaux ou se sont garés sur le bord des avenues pour arracher des affiches de campagne du président sortant, à dominante verte, la couleur de son parti.

Après avoir suscité quelques inquiétudes, en contestant samedi soir les conditions inéquitables, selon lui, du scrutin dans trois provinces, M. Lungu a promis lundi de se conformer à la Constitution pour permettre « une transition pacifique du pouvoir ».

« HH », qui a promis d’être le président de tous les Zambiens, n’a pas manqué de dénoncer « le régime brutal » du gouvernement sortant et promis une « démocratie meilleure ».

Lungu, avocat de formation, s’était montré de plus en plus inflexible à l’égard de toute opposition ou voix critique, faisant fermer des médias indépendants et arrêter des figures d’opposition. Hichilema lui-même assure avoir été arrêté une quinzaine de fois depuis qu’il fait de la politique.

« HH » a reçu près d’un million de voix de plus que M. Lungu, avait annoncé dans la nuit la commission électorale, soulignant une forte participation à près de 71 %.

Lors du scrutin de jeudi, certains bureaux de vote avaient dû fermer leurs portes à 5 h le matin pour permettre à tous les électeurs, placés dans la queue avant l’heure limite de 18 h, de voter.

Arrivé au pouvoir en 2015, après la mort du président précédent, M. Lungu a affirmé avoir « cherché à servir mon pays du meilleur que j’ai pu », à l’issue d’une campagne très critique de sa gestion économique notamment.

Les difficultés économiques et l’inflation dans ce pays riche en cuivre, qui a été le premier du continent à avoir fait défaut sur sa dette depuis le début de la pandémie, avaient entaché la popularité de M. Lungu, avaient souligné les sondeurs ces derniers mois.

Lors de son dernier discours de campagne, Hakainde Hichilema avait affirmé que sa motivation politique lui venait du désir d’offrir aux Zambiens « une vie meilleure » : « Cela me peine de voir des citoyens se coucher sans avoir mangé. »

Il déplorait aussi le potentiel sous-exploité des ressources naturelles de la Zambie, deuxième producteur de cuivre en Afrique. « Des actifs valant des milliards de dollars ne rapportent rien […] pour améliorer nos vies. »

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