Un fossé grandissant dans le parti du vice-président Machar

Riek Machar est le principal opposant au président Salva Kiir, opposition qui a mené à une sanglante guerre civile entre 2013 et 2018 et qui a fait près de 400 000 morts et des millions de déplacés.
Photo: Michael O'hagan Agence France-Presse Riek Machar est le principal opposant au président Salva Kiir, opposition qui a mené à une sanglante guerre civile entre 2013 et 2018 et qui a fait près de 400 000 morts et des millions de déplacés.

Les dissensions s’accentuent dans le parti du vice-président du Soudan du Sud, Riek Machar, avec les démissions jeudi de huit responsables partis se joindre à un groupe dissident. La position du mouvement, un acteur central de la stabilité du pays, s’en trouve fragilisée.

Rebelle historique, Riek Machar est le principal opposant au président Salva Kiir, opposition qui a mené à une sanglante guerre civile entre 2013 et 2018 et qui a fait près de 400 000 morts et des millions de déplacés. Selon un accord de paix, les deux hommes participent au pouvoir dans un gouvernement d’union nationale.

Depuis une semaine, Machar fait face à une vive fronde au sein de son mouvement. Le 4 août, plusieurs rivaux ont annoncé sa destitution de la direction du parti SPLM-IO et de son appareil militaire, le SPLA-IO. Estimant qu’il a « totalement échoué » à représenter leurs intérêts, ils ont proclamé Simon Gatwech, un des leaders du SPLA-IO, dirigeant par intérim.

Les partisans de M. Machar ont démenti cette annonce, dénonçant un « putsch raté ». Le 7 août, des affrontements entre combattants pro-Machar et pro-Gatwech ont fait au moins 32 morts dans l’État du Haut-Nil.

Jeudi, c’est Henry Odwar, vice-président du mouvement et ministre des Mines, qui a annoncé sa démission du SPLM-IO, en compagnie de sept autres dirigeants, après avoir quitté le gouvernement la veille. Ils ont annoncé se rallier à « la direction par intérim » de Gatwech.

Voie plus démocratique

Ces divisions inquiètent parce que le pays peine toujours à se remettre de la guerre civile. « Pour s’assurer que le Soudan du Sud s’éloigne des séquelles du conflit, l’entretien des divisions et des scissions doit […] cesser », ont déclaré jeudi dans un communiqué les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Norvège, la « Troïka » qui a parrainé l’indépendance du pays en 2011. Le chef de la mission de l’ONU dans le pays, Nicholas Haysom, a exhorté « toutes les parties signataires [de l’accord de paix de 2018] à travailler ensemble pour surmonter pacifiquement les différends ».

Depuis l’accord de 2018, Riek Machar fait face à une opposition grandissante au sein du SPLM-IO, où s’opposent de multiples factions et où certains cadres se plaignent d’avoir perdu au change dans le partage des pouvoirs conclu avec le parti présidentiel.

Henry Odwar et les autres démissionnaires l’accusent de gérer « tout seul » le parti. Leur démission est destinée à « guider le mouvement et à tracer une voie plus démocratique et centrée sur le peuple », affirment-ils.

Après des années de collaboration, les relations entre Odwar et Machar s’étaient distendues ces derniers temps. Ce départ affaiblira le soutien dont bénéficiait Machar dans la région de l’Equatoria, fief de son ancien adjoint.

Ces querelles menacent plus largement l’avenir du plus jeune pays du monde. Le gouvernement repose sur un équilibre politique précaire, dont Kiir et Machar sont les pierres angulaires, les violences intercommunautaires ayant explosé et une large partie de la population lutte contre la faim.

De nombreuses dispositions de l’accord de 2018 restent également inachevées, notamment l’unification en une seule armée des combattants autrefois ennemis. « En se divisant [le mouvement de Machar] devient un partenaire faible, et un partenaire faible n’est pas bon dans la mise en œuvre de l’accord de paix », estime à l’AFP James Okuk, chercheur au Centre d’études politiques et stratégiques de Juba, la capitale sud-soudanaise.

« Cela donnera au président Kiir un avantage maintenant pour contrôler la politique du pays », estime-t-il.

Le porte-parole de Machar, Puok Both Baluang, a jugé que ces craintes étaient exagérées et a accusé le camp de Kiir d’attiser les divisions.

L’impasse dans laquelle se trouve le pays dix ans après son indépendance exaspère la population. Au moins deux militants de premier plan ont été arrêtés la semaine dernière après avoir signé une déclaration d’une coalition d’organisations de la société civile appelant à la démission de Kiir et de Machar.

Dans son communiqué, la « Troïka » a appelé le gouvernement à répondre aux « demandes légitimes » : « Il est important que ces voix soient entendues et que la liberté d’expression soit protégée. »

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