Le président tunisien s’empare du pouvoir exécutif

Le pays est pris en étau entre un pic épidémique meurtrier et des luttes de pouvoir au sommet de l’État.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Le pays est pris en étau entre un pic épidémique meurtrier et des luttes de pouvoir au sommet de l’État.

Le président tunisien, Kaïs Saïed, engagé depuis des mois dans un bras de fer avec le principal parti parlementaire, Ennahdha, a gelé les travaux du Parlement et pris en main le pouvoir exécutif, après une journée de manifestations en pleine crise sanitaire.

Ce coup de théâtre ébranle la jeune démocratie tunisienne, qui fonctionne depuis l’adoption en 2014 d’une Constitution de compromis selon un système parlementaire mixte, dans lequel le président a comme prérogatives la diplomatie et la sécurité. Ennahdha a condamné dimanche soir un « coup d’État contre la révolution ».

« Selon la Constitution, j’ai pris des décisions que nécessite la situation afin de sauver la Tunisie, l’État et le peuple tunisien », a déclaré M. Saïed à l’issue d’une réunion d’urgence au palais de Carthage avec des responsables des forces de sécurité. « Nous traversons des moments très délicats dans l’histoire de la Tunisie », a-t-il ajouté.

Il a annoncé qu’il gelait les activités du Parlement et démettait de ses fonctions le chef du gouvernement, Hichem Mechichi. « Le président se chargera du pouvoir exécutif avec l’aide d’un gouvernement dont le président sera désigné par le chef de l’État », a-t-il ajouté.

Des klaxons ont retenti dans les rues de Tunis peu après cette annonce. Elle fait suite à des manifestations dans de nombreuses villes du pays dimanche, en dépit d’un important déploiement policier pour limiter les déplacements. Les milliers de protestataires ont notamment réclamé la « dissolution du Parlement ».

« La Constitution ne permet pas la dissolution du Parlement, mais elle permet le gel de ses activités », a déclaré M. Saïed, s’appuyant sur l’article 80 qui permet ce type de mesure en cas de « péril imminent ».

Le président a annoncé qu’il se chargeait du pouvoir exécutif, avec « l’aide du gouvernement » qui sera dirigé par un nouveau chef qu’il désignera. Il a en outre annoncé lever l’immunité parlementaire des députés.

L’opinion publique tunisienne est exaspérée par les conflits entre partis au Parlement, et par le bras de fer entre le chef du Parlement, Rached Ghannouchi — aussi chef de file d’Ennahdha — et le président Saïed, qui paralyse les pouvoirs publics.

Elle dénonce aussi le manque d’anticipation du gouvernement face à la crise sanitaire, laissant la Tunisie à court d’oxygène. Avec près de 18 000 morts pour 12 millions d’habitants, le pays a l’un des pires taux de mortalité au monde dans cette pandémie.

Plusieurs milliers de Tunisiens ont manifesté dimanche contre leurs dirigeants, notamment contre la formation islamiste Ennahdha. Ils ont crié des slogans hostiles à cette formation et au premier ministre qu’elle soutient, Hichem Mechichi, scandant « le peuple veut la dissolution du Parlement ». Des locaux et symboles d’Ennahdha ont été pris pour cible.

Des appels à manifester le 25 juillet, jour de la fête de la République, circulaient depuis plusieurs jours sur Facebook, émanant de groupes non identifiés. Ils réclamaient entre autres un changement de Constitution et une période transitoire laissant une large place à l’armée, tout en maintenant le président Saïed à la tête de l’État.

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