Les rebelles du Tigré posent des conditions au cessez-le-feu

Des soldats éthiopiens captifs se dirigent vers le centre de réadaptation de Mekele, à Mekele, la capitale de la région du Tigré, en Éthiopie, le 2 juillet dernier.
Photo: Yasuyoshi Chiba Agence France-Presse Des soldats éthiopiens captifs se dirigent vers le centre de réadaptation de Mekele, à Mekele, la capitale de la région du Tigré, en Éthiopie, le 2 juillet dernier.

Les autorités rebelles du Tigré ont affirmé dimanche accepter « un cessez-le-feu de principe » dans cette région du nord de l’Éthiopie, dont ils ont largement repris le contrôle, tout en posant des conditions qui rendent un accord formel difficile avec le gouvernement.

Parmi ces conditions figurent notamment le retrait des forces érythréennes et amhara, qui soutiennent l’armée éthiopienne dans l’opération militaire qu’elle mène depuis huit mois contre l’ancien gouvernement régional, ainsi que la réinstauration de ces autorités considérées comme dissidentes par Addis Abeba.

Le Tigré est le théâtre de combats depuis que le premier ministre, Abiy Ahmed, a envoyé, début novembre, l’armée pour renverser le gouvernement local, issu du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Le prix Nobel de la paix 2019 accusait ces dirigeants d’avoir orchestré des attaques sur des bases militaires.

Les forces pro-TPLF (Forces de Défense du Tigré, TDF) ont repris le 28 juin la capitale régionale, Mekele. Le gouvernement fédéral a décrété un « cessez-le-feu unilatéral ». Mais les TDF ont poursuivi leur progression et repris le contrôle d’une grande partie du territoire tigréen, à l’exception de zones de l’ouest et du sud de la région, annexées par les forces des autorités régionales voisines de l’Amhara.

« Sous réserve que nous ayons une garantie à toute épreuve que la sécurité de notre peuple ne sera pas compromise par une deuxième série d’invasions, nous acceptons un cessez-le-feu de principe », affirmait dimanche un communiqué signé du « gouvernement du Tigré ». « Néanmoins, avant qu’un accord de cessez-le-feu ne soit formalisé, les problèmes épineux suivants doivent être résolus », poursuit le texte, avant d’énumérer des conditions.

Retour du gouvernement dissident

La première est le retour des « forces d’invasion » érythréennes et amharas « à leurs territoires d’avant-guerre ». L’Érythrée, frontalière du Tigré au Nord, est intervenue dès les premiers mois du conflit. Le régime d’Asmara est l’ennemi juré du TPLF depuis une sanglante guerre frontalière l’ayant opposé à l’Éthiopie entre 1998 et 2000, alors que le TPLF était au pouvoir à Addis Abeba. Son armée est accusée d’atrocités sur les civils tigréens (exécutions sommaires, viols…), et les États-Unis et l’UE ont appelé de manière répétée à leur départ.

Cette semaine, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU a indiqué que les Érythréens se sont largement « retirés du Tigré », se déplaçant vers leur frontière. Les forces de l’Amhara, région éthiopienne qui borde le Sud du Tigré, ont, elles, profité du conflit pour annexer des zones fertiles de l’ouest tigréen. Les Amharas estiment que le TPLF s’en est emparé illégalement au début des années 1990.

Le communiqué demande aussi la reprise des activités « du gouvernement démocratiquement élu du Tigré, avec tous ses pouvoirs et ses responsabilités constitutionnelles ».

Le gouvernement fédéral n’a pas répondu immédiatement aux sollicitations de l’AFP. Mais le pouvoir d’Addis Abeba a toujours rejeté tout dialogue avec les dirigeants du TPLF, classé organisation terroriste par le Parlement en mai.

Vendredi, lors d’une réunion à huis clos avec des diplomates, des dirigeants éthiopiens ont affirmé que le gouvernement se préparait à un « dialogue inclusif pour résoudre la crise du Tigré », tout en répétant qu’il ne se ferait pas avec les dirigeants du TPLF.

Les autorités rebelles demandent de leur côté dimanche « des procédures pour qu’Abiy Ahmed et Issaias Aferworki (le président érythréen) rendent des comptes (sur) les dommages qu’ils ont causés ». Elles souhaitent aussi la création par l’ONU d’un « organe d’enquête indépendant » sur les « crimes horribles » commis sur les civils durant le conflit. Elles ont également réaffirmé leur « soutien sans réserve à ceux qui s’engagent dans la livraison de l’aide humanitaire », se disant prêtes à garantir et à assurer leur sécurité.

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