Le président tchadien tué lors de combats contre des rebelles

Après avoir écarté par l’intimidation ou la violence quelques rares ténors d’une opposition divisée, le maréchal Déby avait été proclamé lundi soir — l’annonce de sa blessure n’avait pas encore été rendue publique — vainqueur de la présidentielle du 11 avril pour un sixième mandat, avec 79,32 % des voix, une annonce en avance sur le programme prévu.
Photo: Thomas Coex Agence France-Presse Après avoir écarté par l’intimidation ou la violence quelques rares ténors d’une opposition divisée, le maréchal Déby avait été proclamé lundi soir — l’annonce de sa blessure n’avait pas encore été rendue publique — vainqueur de la présidentielle du 11 avril pour un sixième mandat, avec 79,32 % des voix, une annonce en avance sur le programme prévu.

Le président tchadien, Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans et acteur clé dans la lutte contre les djihadistes au Sahel aux côtés des Occidentaux, est mort de blessures reçues au combat contre des rebelles qui ont promis de marcher sur N’Djamena. Un de ses fils lui a succédé mardi à la tête d’un conseil militaire de transition (CMT).

Ce conseil, présidé par le général quatre étoiles Mahamat Idriss Déby, 37 ans, qui était jusqu’alors chef de la redoutable garde présidentielle, unité d’élite et garde prétorienne du régime, a dissous le gouvernement et l’Assemblée nationale et a juré que de nouvelles institutions verraient le jour après des élections « libres et démocratiques » dans un an et demi.

Mahamat Idriss Déby a nommé les 15 généraux qui composent le CMT. Dans ce décret signé par le fils du défunt président, s’ensuivent, en plus du sien, les noms de 14 généraux connus pour être dans le cercle des plus fidèles du chef de l’État.

Les rebelles, qui mènent depuis neuf jours une offensive contre le régime tchadien, ont promis de marcher sur N’Djamena et rejeté « catégoriquement » ce conseil militaire. « Nous comptons poursuivre l’offensive », a assuré Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT).

Les obsèques nationales d’Idriss Déby Itno, mort lundi selon la présidence, auront lieu vendredi à N’Djamena avant son inhumation dans sa région natale dans l’extrême Est.

La France « perd un ami courageux », a annoncé l’Éysée dans un communiqué, soulignant l’importance d’une « transition pacifique » et son « ferme attachement à la stabilité et à l’intégrité territoriale » du Tchad. Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a appelé à une transition militaire d’une « durée limitée » qui conduise à un « gouvernement civil et inclusif ». La ministre française des Armées, Florence Parly, a de son côté affirmé que la France « perd un allié essentiel dans la lutte contre le terrorisme au Sahel ».

Dans un communiqué à New York, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a aussi salué l’engagement du Tchad sous Idriss Déby dans « la lutte contre le terrorisme ». Il a rendu hommage à « un partenaire essentiel pour les Nations unies » qui « a contribué de manière significative à la stabilité régionale, en particulier dans le cadre des efforts de lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et le crime organisé au Sahel ».

Récemment réélu

Après avoir écarté par l’intimidation ou la violence quelques rares ténors d’une opposition divisée, le maréchal Déby avait été proclamé lundi soir — l’annonce de sa blessure n’avait pas encore été rendue publique — vainqueur de la présidentielle du 11 avril pour un sixième mandat, avec 79,32 % des voix, une annonce en avance sur le programme prévu.

Ce militaire de carrière, puis rebelle qui s’était emparé par les armes du pouvoir en 1990, n’avait de cesse de se présenter comme un « guerrier ». Il a été grièvement blessé en allant diriger lui-même, à 68 ans, les combats de son armée contre une colonne de rebelles infiltrés, comme souvent, depuis la Libye, à plusieurs centaines de kilomètres de N’Djamena.

De nombreux membres de la garde présidentielle arpentent la ville en civil, reconnaissables à l’arme de poing glissée sous leurs vêtements et à leur talkie-walkie. Les policiers ont revêtu leur « tenue de combat », comme ils l’appellent : entièrement noire, cagoule ne laissant entrevoir que les yeux. La présence militaire n’est pas plus visible que depuis le début de l’offensive rebelle le 11 avril, jour de la présidentielle.

Le CMT, « présidé par le général de corps d’armée Mahamat Idriss Déby, garantit l’indépendance nationale, l’intégrité territoriale, l’unité nationale, le respect des traités et accords internationaux et assure la transition pour une durée de 18 mois », a précisé l’armée.

Un couvre-feu a été instauré et les frontières terrestres et aériennes ont été fermées.

M. Déby avait renversé Hissène Habré (au pouvoir de 1982 à 1990), dont il était l’ancien commandant de l’armée. Puis sa garde présidentielle avait, des années durant, réprimé sévèrement toute opposition avant qu’il n’assouplisse son régime et l’ouvre à un multipartisme « contrôlé », selon les experts.

Il avait été promu au rang de maréchal en août dernier, pour faits d’armes, après avoir, il y a un an, commandé en personne une offensive de son armée en profondeur au Nigeria voisin pour y poursuivre des jihadistes de Boko Haram qui venaient d’attaquer un camp militaire au Tchad.

Mort au combat

L’histoire du Tchad indépendant est ponctuée d’épisodes de rébellions armées venues du Nord, de la Libye ou du Soudan voisin. Idriss Déby était lui-même arrivé au pouvoir à la tête de forces rebelles ayant foncé sur N’Djamena. Durant le week-end, il avait rejoint son fils Mahamat pour diriger les combats dans le Nord contre la coalition rebelle du FACT.

Lundi, l’armée assurait les avoir écrasés, mais des rumeurs persistantes avaient filtré sur de violents combats laissant de nombreux morts et blessés de part et d’autre. L’armée n’avait reconnu que six tués dans ses rangs et affirmé avoir tué plus de 300 « ennemis ».

Le FACT avait donné lundi une liste des officiers supérieurs tués, portés disparus, blessés et en fuite, blessés parmi lesquels figurait un certain « colonel Idriss Déby Itno », le dernier grade que lui reconnaissaient ses détracteurs. L’information n’avait pas été confirmée de source officielle.

 

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