L’ONU veut une enquête sur de possibles «crimes de guerre» au Tigré

Des femmes en deuil après un massacre perpétré dans le village de Dengolat, au nord de Mekele
Photo: Eduardo Soteras Agence France-Presse Des femmes en deuil après un massacre perpétré dans le village de Dengolat, au nord de Mekele

La Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Michelle Bachelet a appelé jeudi à une « enquête objective et indépendante » dans la région éthiopienne du Tigré (Nord), après avoir « corroboré de graves violations » susceptibles de constituer des « crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

Dans un communiqué publié à Genève, Mme Bachelet a annoncé que son bureau « a réussi à corroborer des informations sur certains incidents survenus en novembre de l’année dernière, indiquant des bombardements aveugles dans les villes de Mekele, Humera et Adigrat dans la région du Tigré », théâtre de plusieurs mois de combats.

Le bureau de l’organisation onusienne a également vérifié « des informations faisant état de graves violations et abus incluant des massacres à Aksoum et à Dengelat dans le centre du Tigré par les forces armées érythréennes », selon les termes du communiqué.

« De graves violations du droit international, pouvant être assimilées à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, peuvent avoir été commises », selon le communiqué.

Devant le Conseil de sécurité de l’ONU, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires, Mark Lowcock, a réclamé jeudi le retrait des troupes érythréennes du Tigré, dont la présence continue à ce jour d’être démentie par Addis Abeba et Asmara.

« Les forces de défense de l’Érythrée doivent quitter l’Éthiopie et elles ne doivent pas être autorisées à continuer leur campagne de destruction avant leur départ », a-t-il dit, selon son discours, obtenu par l’AFP, prononcé lors d’une réunion à huis clos du Conseil. C’est la première fois qu’un responsable de l’ONU demande explicitement le retrait des troupes érythréennes d’Éthiopie.

M. Lowcock a aussi demandé d’« intensifier considérablement l’action humanitaire » et évoqué les « atrocités » massives qui y auraient été commises par des militaires, dont des Érythréens.

Plusieurs massacres ont été documentés au Tigré, pour certains imputés par les survivants à des soldats érythréens.

« Multiples acteurs »

Les forces en présence depuis le lancement début novembre par le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed d’une opération contre les autorités régionales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), comprennent l’armée fédérale éthiopienne, l’armée érythréenne, les forces de la région Amhara et les milices affiliées, et le TPLF, selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme.

« Avec de multiples acteurs dans le conflit, des dénégations générales », il y a « clairement besoin d’avoir une évaluation objective et indépendante », a déclaré Mme Bachelet.

Elle a exhorté le gouvernement éthiopien à autoriser son bureau et d’autres enquêteurs des Nations unies à accéder à Tigré « en vue d’établir les faits et de contribuer à rendre des comptes, quelle que soit l’origine des auteurs ».

Mme Bachelet a souligné que son bureau continuait de recevoir des informations sur des combats en cours dans le centre du Tigré. Elle a déploré « des informations profondément angoissantes faisant état de violences sexuelles et sexistes, d’exécutions extrajudiciaires, de destructions et de pillages généralisés de biens publics et privés par toutes les parties ».

« Sans des enquêtes rapides, impartiales et transparentes et sans demander des comptes aux responsables, je crains que des violations (des droits de l’Homme) continuent d’être commises en toute impunité, et la situation restera instable pendant encore longtemps », a-t-elle déclaré.

Mme Bachelet a également exprimé son inquiétude face aux détentions cette semaine au Tigré de journalistes et de traducteurs travaillant pour des médias locaux et internationaux, dont l’AFP.

Alors qu’ils ont été libérés, elle a souligné les remarques inquiétantes d’un membre du gouvernement affirmant que des représentants des « médias internationaux trompeurs » seraient tenus pour responsables.

« Les victimes et les témoins de violations et d’abus des droits humains ne doivent pas être empêchés de partager leur témoignage par crainte de représailles », a souligné Mme Bachelet.

Fin novembre, le premier ministre éthiopien avait proclamé la fin de l’opération au Tigré avec la prise de Mekele, mais les autorités du TPLF en fuite ont promis de poursuivre la lutte et des combats ont été signalés depuis.