Le peuple soudanais maintient la pression

Les manifestants réclament la condamnation des responsables du président Béchir durant ses quelque 30 ans au pouvoir.
Photo: Ozan Kose Agence France-Presse Les manifestants réclament la condamnation des responsables du président Béchir durant ses quelque 30 ans au pouvoir.

Une foule immense a déferlé jeudi à Khartoum, la capitale du Soudan, à l’appel des leaders de la contestation pour exhorter l’armée à céder le pouvoir à une autorité civile.

« Nous voulons le départ du Conseil militaire, nous voulons un gouvernement civil », lance Adam Ahmed, un étudiant en médecine qui, comme de nombreux Soudanais, a convergé jeudi devant le siège de l’armée, où a lieu une occupationpermanente depuis le 6 avril.

Un Conseil militaire de transition dirige le pays de quelque 40 millions de personnes depuis le renversement par les forces militaires du président Omar el-Béchir le 11 avril après des mois de contestation populaire.

Les manifestants réclament la condamnation des responsables du président Béchir durant ses quelque 30 ans au pouvoir. La veille, trois généraux contestés sur les 10 membres du Conseil militaire ont démissionné.

Des manifestants venus des États de Jazira (centre) et du Nil bleu (sud-est), ainsi que du village natal du président déchu, étaient également présents à Khartoum.

Des rassemblements ont été signalés dans cinq autres États du pays, dont un dans la région en conflit du Darfour (ouest), chacun répondant à sa façon à l’appel à participer à la « marche du million » lancé par l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales formations du mouvement de protestation.

Face à une contestation qui va en s’intensifiant, le Conseil militaire a annoncé mercredi avoir conclu un « accord » avec l’ALC « sur la plupart des exigences présentées » par cette coalition, sans donner plus de détails ni de calendrier pour le transfert du pouvoir à une autorité civile.

Plusieurs pays africains réunis mardi chez le voisin égyptien sous la houlette de son président, Abdel Fattah al-Sissi, ont décidé d’accorder trois mois au Conseil militaire pour assurer une « transition pacifique et démocratique ».

L’Union africaine avait menacé le 15 avril de suspendre Khartoum si l’armée ne quittait pas le pouvoir d’ici 15 jours au profit d’une « autorité politique civile ».

Réagissant à la déclaration du Caire, des Soudanais ont protesté jeudi devant le consulat et l’ambassade d’Égypte à Khartoum, arborant des banderoles sur lesquelles était écrit : « Sissi […] pas d’ingérence dans nos affaires ».

Arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1989, M. Béchir a dirigé d’une main de fer un pays miné par une situation économique désastreuse et par des rébellions dans plusieurs régions. La Cour pénale internationale (CPI) a lancé des mandats d’arrêt contre lui pour « crimes de guerre » et « génocide » dans la région du Darfour.

La contestation populaire, déclenchée le 19 décembre par la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, avait rapidement mué en dénonciation du président Béchir et du système en place. Le mouvement a reçu cette semaine le soutien de Washington, qui a dit appuyer « la demande légitime » des Soudanais d’un gouvernement dirigé par des civils.