Mali - L'ONU demande un cessez-le-feu

Des Maliens originaires du nord du pays se sont réunis hier à Bamako.
Photo: Agence Reuters Luc Gnago Des Maliens originaires du nord du pays se sont réunis hier à Bamako.

Bamako — Le Conseil de sécurité de l'ONU a demandé hier un cessez-le-feu immédiat dans le nord du Mali, où la composante laïque de la rébellion touareg, aujourd'hui supplantée par les groupes islamistes, a annoncé la fin de ses opérations militaires.

Dans une déclaration proposée par la France, les 15 membres du Conseil de sécurité ont aussi réclamé le retour à un gouvernement légitime à Bamako où une junte militaire a renversé le président Amadou Toumani Touré il y a deux semaines.

Profitant du putsch de Bamako, swa rebelles touaregs et des groupes islamistes ont pris en fin de semaine le contrôle des trois métropoles du nord du Mali, Kidal, Gao et Tombouctou, sans rencontrer de résistance de la part d'une armée malienne sous-équipée et désorganisée, coupant de fait le pays en deux.

Les islamistes d'Ansar Dine, dirigés par le chef touareg Iyad Ag Ghaly, et des éléments d'al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ont depuis lors pris le dessus sur le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA).

La montée en puissance de ces islamistes, qui ont annoncé leur intention d'imposer la charia dans leur zone, a suscité l'inquiétude au sein de la communauté internationale.

Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU se sont «inquiétés de la présence dans la région du groupe terroriste AQMI», ce qui pourrait «déstabiliser encore davantage la situation».

Depuis Bamako, la junte du capitaine Amadou Sanogo a dénoncé «de graves violations des droits de la personne» dans le nord, et plus particulièrement à Gao, depuis «l'invasion des combattants MNLA, Ansar Dine et AQMI».

Le nord du Mali est aujourd'hui un trou noir, devenu totalement inaccessible à la presse et aux organisations internationales. De nombreux habitants ont fait état de saccages et pillages à Gao et Tombouctou.

Trois groupes distincts se partagent le contrôle de Goa, selon un député local, Abdou Sidibé: les touareg du MNLA, les islamistes d'Ansar Dine et d'un groupe dissident d'AQMI, et enfin des trafiquants et groupes criminels.

À Tombouctou, les hommes d'Ansar Dine et les moudjahidines d'AQMI ont chassé le MNLA, dont seuls une vingtaine d'hommes sont cantonnés près de l'aéroport, et mis fin aux pillages au nom de leur nouvel ordre islamique, selon des habitants. Ansar Dine a renforcé sa position militaire dans la ville, en déployant des engins blindés.

Plus aucun service ne fonctionne, la ville n'a plus d'électricité depuis la mi-journée et l'eau pourrait bientôt être coupée, selon une source humanitaire malienne sur place. Les nouveaux maîtres de la ville ont demandé aux populations de faire des réserves d'eau. Les bureaux de la société nationale de téléphone (Sotelma) ont été incendiés, avec donc un risque de coupure du téléphone. Deux responsables d'AQMI ont par ailleurs remis à une association locale de nombreux exemplaires du Coran et des vêtements, selon un autre témoin.

Report

À Bamako, les putschistes ont annoncé hier soir le report de la convention nationale qui devait s'y ouvrir aujourd'hui, à leur initiative, première étape d'une «transition» voulue par les putschistes, mais dont ils n'ont pas précisé la durée. Ils affirment avoir consulté différentes parties qui ont souhaité «une meilleure préparation matérielle» et précisent que «la nouvelle date sera annoncée d'un commun accord avec l'ensemble des sensibilités concernées».

Un front antijunte, rassemblant une cinquantaine de partis politiques et une centaine d'associations et organisations syndicales, a rejeté toute participation à une telle convention. Une coalition pro-junte, le Mouvement populaire du 22 mars (MP22), a, elle, exhorté la junte «à demeurer fermes et à désormais rejeter entièrement les diktats des impérialistes français et occidentaux».

Soumise depuis lundi à un embargo diplomatique, économique et financier imposé par ses voisins, la junte s'est vu infliger mardi de nouvelles sanctions par l'Union africaine (UA) et les États-Unis. Elle reste également sous la menace d'une intervention militaire ouest-africaine, alors que les chefs d'état-major de la CEDEAO se retrouvent aujourd'hui à Abidjan pour activer une force régionale déjà en alerte.

Les négociations se poursuivent néanmoins, et le ministre burkinabé des Affaires étrangères, Djibrill Bassolè, se trouvait hier à Bamako pour y rencontrer le chef de la junte.

À voir en vidéo